‹ Œuvres. Édition critique avec notices et glossaireChapitre 177 sur 269 · V. 19. — Je congnois Bietris et Belet · texte numérisé non relu

V. 19. — Je congnois Bietris et Belet

« Je connais toute femme, quelle qu'elle soit. » — Bietris (Test. 347), forme ancienne de Bèatrix. — Belet, abréviation à'Ysahelet, diminutif à'Ysahel.

V. 22-23. — Jecongnois la faulte des Boesmes, Je congnois le povoir de Romnie.

Je connais l'hérésie des Hussites, dit Villon, grâce sans doute à Guillaume de Villon qui, en sa qualité de décrétiste, de prêtre et de gallican, avait dû suivre avec une ardente curiosité les péripéties du Grand Schisme. Peut-être Guillaume en tenait-il certains détails de Gilles Carlier lui-même (f 1472), le savant théologien qui avait été envojé comme député au Concile de Bâle, lequel l'avait désigné pour se rendre à Prague avec l'ambassade accréditée auprès des Bohémiens et des Moraves pour chercher à les faire rentrer dans le giron de l'Église. Carlier a laissé une relation très circonstanciée de son ambassade qui est consignée dans le latin 1503 sous ce titre : Carkriiis : de legationibus Concilii Basiliensis (i^r feuillet de garde). Elle a été publiée d'après ce ms. par Er. Birk dans les Monumeiita Concih'orum generaliutn saeculi decimi quinti (Yiunne, 1857, in-fol.), t. I, p. 3 59etsuiv. — Quant au vers : Je congnois le povoir de Romme, venant immédiatement après l'hérésie des « Boemes >- qui, avec la réforme de l'Église, étaient la cause de la réunion du concile Je Bâle, on pourrait y voir, chez Villon, une intention ironique. Le povoir Je Romme, c'est-à-dire le manque d'autorité d'Eugène IV qui avait toujours été tenu en échec par les pères du Concile, lesquels, à la fin, l'avaient déposé. En France le gouvernement n'avait pas souscrit à la suppression d'obédience, mais de l'Assemblée de Bourges (1438) était sortie la Pragmatique Sanction qui réduisait considérablement le pouvoir de Rome au bénéfice du pouvoir royal. Il est toutefois très possible que le vers de Villon soit indépendant du précédent, et qu'il exprime purement et simplement, sans arrière-pensée, « le povoir de Romme ». — Povoir est le mot propre : c'est dans le même sens que Renan l'emploie : « On ignorait complètement dans ces contrées séparées du reste de la chrétienté le pouvoir de Rome... » Souvenirs d'enfance, dans Revue des Deux Mondes, t. XIV (1876), p. 241.

v. 28. — Je congnois tout fors que moy mesmes.

Ce refrain rappelle cette pensée de la Complainte de Jehan Dupin, à la fin du Livre de bonne vie : « Oncques ne me suis entremis de congnoistre quel homme je suis, et si cuidoye autruy congnoistre ! » N. acq. fr. 1159, fol. 248 (ms. du xve s.). « J'ay sceu maintes choses, et je ne me suis pas cogneu ! » Belle meditacion pour penser a la mort, n. acq. fr. 10032, fol. 90 vo. Toutes pensées qui dérivent, y compris le vers de Villon, de ce passage d'une traduction anonyme du Traité de l'ame par Hugues de Saint-Victor (?) : « Moult de gens scevent moult de choses, mais ilz ne scevent pas eulx mesmes. Il regardent les autres, et ilz ne se vuellent congnoistre... » Fr. 1851, fol. 153 (xv^ s.). C'est

le cas de reproduire cette remarque de Jean Bourdeau dans son analyse des Médications psychologiques de Pierre Janet, professeur au Collège de France (3 vol. in-80, Paris, 1920) : « La science psychologique sort à peine de ses premiers bégaiements. Le précepte antique : Connais-toi toi-même, n'est encore qu'un vain mot. La plus précieuse des découvertes, celle de l'homme par l'homme, reste à accomplir. Notre école française, avec les Charcot, les Th. Ribot, pour ne citer que ces maîtres, a ouvert la voie. Grâce à la psychologie morbide, on finira par se rendre compte du jeu normal des fonctions psychiques. » Feuilleton du Journal des Débats du 20 avril 1920.

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