V. 25-27. — Ari^ent ne pens a gippou na sainture
Beaux sire Dieux ! je in'esbahis que c'est. Que devant vioy croix ne se comparoisl...
= « Je ne porte pas d'argent suspendu dans mon gippon ni dans ma ceinture ; Beau sire Dieu ! je n'en suis pas surpris, puisque devant moi ne se montre croix — sinon de bois ou de pierre — à vrai dire. »
— Que devant moy. — Que, bonne leçon, avec le sens de « puisque >;, = « vu que » qu'il a souvent ; aussi faut-il une virgule après c'est du vers 26, ainsi que l'ont fait La Monnoye, Longnon dans sa ire édition, et Schneegans (fc et 2^ édit ). — Le texte copié sur le ms. du cardinal de Rohan (Bibl. nat. Rés. Ye 129) donne car qui a d'ailleurs à peu près le même sens. « C'est bien repondu, que ceste response que vous avez faite estescripte en cest livre.» Joinville, Vie de saint Louis (édit. N. de Wailly), p. 9. — « Benoit soient li pouvre d'esperite, que li roiaumes
des ciax est lor... » N. acq. fr. 4510, fol. 121 v. « Beati pauperes spiritu, qtioniam ipsi possidebunt terram. » Matth. V, 3. L'exemplaire du Jardin de Plaisance de la Bibl. nat. est suivi de trente-cinq feuillets manuscrits comprenant des notes extraites d'un ms. de la bibliothèque du cardinal de Rohan. Le texte de la Requête de Villon à Mgr de Bourbon se trouve au fol. 2 vo et r" de ces notes, et présente quelques variantes, en général, sans importance. Toutefois cette correction de car est intéressante ; elle montre comment le passage était alors compris. En supprimant, ainsi que l'ont fait des éditeurs modernes, la virgule après c'est du vers 26, on aboutit à un contresens, puisque la signification de la phrase devient telle : « Beau sire Dieu ! je m'étonne que cela puisse ctre que devant moi croix ne se montre à mes yeux sinon de bois ou de pierre, sans mentir. » C'est le contraire qui est vrai. Il faut donc prendre je m'esbaïs par antiphrase, mettre une virgule après c'est, et traduire : « dans ces conditions, je ne m'en étonne pas ; je n'en suis pas surpris; rien d'étonnant à cela (que je ne porte aucun argent dans mon gippon ou dans ma ceinture), vu que, puisque... »