‹ Œuvres. Édition critique avec notices et glossaireChapitre 221 sur 269 · V. 25. — Jeûner luy fault diincnches et nierdis · texte numérisé non relu

V. 25. — Jeûner luy fault diincnches et nierdis

^c'est-à-dire toute la semaine; car, pour les gens très pieux, le dimanche et le mardi étaient seuls réputés jours gras. « Mardy... est jour de char. »(Z.e Menagierde Paris, é'dit. de la Soc. des Bibliophiles fr., t. II, p. 108.) Les lundi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi étaient jours de jeûne ou d'abstinence. Cf. Du Cange s. v. jejunii dies, et Louis de Héricourt, Les Lois ecclésiastiques de France (Paris, 1743, in-fol.), t. II, p. 141 . C'est ce que Rustebeuf exprime par les vers suivants :

Tos les sept jors de la semaine

Est vendrediz ou quarantaine (carême)

Leenz... (p. 162, v. 813-815).

— dimenches et nierdis. Graphie suivant la prononciation du parler de Paris au w^ siècle et dans la première moitié du xvie. — Divieiiche est le diemenche de l'ancien français, dies dominica, qu'on relève dans l'Opus iripartitum de Gerson, dans ce catéchisme élémentaire à l'usage des enfants, et que — très vraisemblablement — Villon avait dû étudier chez maître Guillaume. « Tu garderas les diemenches et festes ». Fr. 13258, fol. 12, 17, 47 vo (ms. de 1404).

v. 27-28. — Après pain sec, non pas après gasteaux.

En ses boyaulx, verse eatie a gros bouillon.

Ces vers sont à rapprocher de ceux du Testament : Peu ni a d'une petite miche Et de froide eaiie tout ung esté (v. 13-14). Villon suppléait à

l'insuffisance de sa ration de pain (une petite miche) en buvant beaucoup d'eau : c'est ce qu'il entend sans doute par : verse eaiie a gros hotiillon; et cela, pour calmer à la fois et k faim, et la fièvre qui lui brûlait le sang. On sait, par des observations médicales répétées, que l'homme privé de nourriture S')lide, mais buvant à volonté, peut vivre pendant des semaines sans paraître trop pâtir ; à plus forte raison s'il absorbe en plus quelque aliment solide. Lacroix prétend que Villon « veut parler certainement de la question ordinaire qu'on infligeait aux prisonniers en leur faisant avaler de force quelques pintes d'eau froide, soit goutte à goutte, soit à gros bouillons. » Il n'en est rien. D'abord, verse, du texte, se rapporte à Villon. Ensuite, dans la question ordinaire comme dans la question extraordinaire, l'eau était toujours versée lentement, et jamais à gros bouillons, ce qui aurait provoqué la suff"ocation immédiate, et, par suite, rendu impossible l'absorption du liquide. En versant lentement l'eau dans la bouche mamtenue ouverte par un entonnoir en corne, l'eau pénétrait de la gorge dans l'estomac en y causant des souffrances affreuses ; la tête du patient étant dans une position un peu plus basse que le reste du corps. Pour plus de détails sur la question de l'eau, cf. Josse de Damhoudere, La Practiqiie et enrichidion des causes criminelles... Louvain, 1555, in-S", chap. xxxvii -.De torturer et de gehenner, p. 62-67, et la planche, p. 63 ; de même, La Torture par Alex. Tardieu, dans le Musée des familles, t. I (1853-4), p. 65-64, et la reproduction d'un dessin datant du premier tiers du xvie siècle. Mais on ne trouve nulle part une description précise, et par époque, de ce qu'était la question de l'eau. Cf. A. Esmein, Hist. de la procédure criminelle en France {?zï\s, 1882, in-S»), p. 126 et n. On trouve, sur ce sujet, quelques lignes mises sans doute pour occuper le verso du dernier feuillet du ms. 3354 de l'Arsenal, et que M. P. Champion a publiées (t. I, p. 266, n.) : C'est Vordonnancede la question du Chastelet de Paris, fol. iiSvo (manque dans Dupuy 247). Dans le procès intenté aux prétendus Vaudois d'Arras (1460), maître Anthoine Saquespée, échevin de la ville, « riche et puissant •> bourgeois, fut mis à la torture, et subit la question de l'eau. Voici ce que l'avocat Simon, dans son plaidoyer du 5 juin, disait : « Sacquespee fut constitué prisonnier pour lesdiz cas de vauderie sur lesquelz il tut interrogué, et sur ce que deneya, lui fut dit qu'il le confesseroit et que avoit esté chargé par plusieurs, fut mis en question sur le banc, lié de cordes noees en quatre lieux, videlicet : ou chief, par le corps, par les cuisses et les jambes au dessoubz des genoulz, en lui donnant de l'eau a boire. » Il subit ensuite la question des « brayes aux talons », sans qu'il confessât rien. li dut payer cent

écus, et fut ensuite condamné aux dcpcns (Arch. nat. Registres du Parlement criminel 29 (X, 8861), cite par Beaucourt, Chronique de Mathieu d'Escouchy, t. II, p. 418, n. 2.

Page 1