‹ Œuvres. Édition critique avec notices et glossaireChapitre 235 sur 269 · XIII. — TeTRASTIQUE Q.UANT IL FUT JUGÉ · texte numérisé non relu

XIII. — TeTRASTIQUE Q.UANT IL FUT JUGÉ

Je suis François, dont ce we poise, Né de Paris enipres Pantoise, Qui d'une corde d'une toise Sçaura mon calque mon cul poise.

C'est ainsi qu'on doit lire ce quatrain, barré dans F et remplacé (au fol. suivant 63) par un huitain apocryphe qui fait l'objet, dans Longnon, d'une discussion critique à Inquelle on pourra se reporter : Etude hio- <^rap.,T^. 5-8. — Villon équivoque ici sur son nom François, comme Rustebeuf avait équivoque sur le sien dans les derniers vers de la pièce : ihi Secrestain et de la Famé au chevalier, p. 143, v. 745 et suiv. — Villon, dans ce quatrain, joue sur le double sens de « François » : François, son nom (son prénom, comme on dit aujourd'hui), et François, français, qui s'appliquait alors spécialement aux habitants de l'Ile-de-France (Brachet, Grammaire hist.dela langue française, p. 43, n. i). De même, Villon équivoque, suivant une plaisanterie courante, sur le mot Pon~ toise, capitale du Vexin français, la petite ville dont Paris, capitale de la France, n'est que le « satellite ». Mais là doivent s'arrêter les rapprochements. « Que je suis fâché de m'appeler François ! » dit Villon. En effet, s'il s'était appelé Jean, Jacques ou Charles il ne serait pas dans la situation désespérée où il se trouve aujourd'hui. Villon est également fâché d'être né à Paris sous la juridiction immédiate du prévôt Villiers de l'Isle Adam et de son lieutenant-criminel Pierre de la Dehors, l'ennemi déclaré des clercs. S'il eût été Breton, Gascon, Bourguignon ou Normand, il aurait pu en appeler aux parlements de ces pays, et compter sur une plus grande indulgence des juges. Mais ce dernier regret.

Villon ne l'a même pas eu, car il savait très bien que le prévôt de Paris, par lettres royaux itératives, était investi de la juridiction des criminels sur tout le territoire du royaume et placé, par cela même, audessus de toutes les juridictions seigneuriales, quelles qu'elles fussent. D'ailleurs, tout justiciable français pouvait en appeler au roi représenté par sa Cour de Parlement siégeant à Paris : il importait donc fort peu à Villon qu'il fût né à Paris ou à Pontoise. Les regrets de Villon ne peuvent donc porter que sur le fait de s'appeler François et nullement sur celui d'être « né a Paris empres Pontoise ». Il est, en effet, complètement inexact d'inférer, comme on l'a dit et répété que, du fait d'être né à Pontoise, ressortissant du roi, Villon aurait été soustrait à la juridiction du prévôt de Paris. Pontoise, au xv^ siècle, semble avoir été châiellenie royale (Schwob, ms. de Stockholm, p. 20 et n. i) ; le prévôt de Paris, « de son droict » en était bailli. Or, des assises du bailli, on pouvait appeler directement à la Cour de Parlement, comme l'établit le passage suivant du Grant Coustumier de France : « Item, fault noter qu'il y a différence entre la prevosté, la vicomte et banliue de Paris. L'en appelle vicomte de Paris certaines chastelleries desquelles, quant elles sont tenues en la main du roy, le prevost de Paris, de son droit, en est bailly. Et sont cestes les chastelleries de Montlehery, Gonnesse, Corbueil, Poissy. Et est assavoir que esdictes chastelleries l'en plaide devant le prevost des lieux ou leurs lieutenans, et d'eulx l'en appelle aux assises du bailli, lesquelles le prevost de Paris comme bailly tient, et des assises du bailly l'en appelle directement en Parlement. » Fr. 108 16, fol. 183 v. — Bien que Pontoise ne figure pas ici parmi les châtellenies « tenues en la main du roy », il faut sans doute admettre, comme il ressort de l'acte publié par Schwob, que Pontoise était considéré comme tel. D'ailleurs Pontoise était ville de loy, c'est-àdire gouverné par ses magistrats, au civil, et restait soumis, au criminel, aux lois générales du royaume (Ordonnances, t. XIX, p. 618, et, précédemment, t. XVI, p. 861'; t. XVII, p. 142 ; t. XVIII, p. 545). Or, par lettres royaulx données à Paris, le 5 avril 1438 (n. st.), le prévôt de Paris (c'était à ce moment « Ambrois, sire de Loré, baron d'Ivry • ) était ordonné juge et général réformateur « sur les malfaiteurs de ce royaume en quelque juridiction qu'ils se retirent » (Ordonnances, t. XIII, p. 260). Par de nouvelles lettres royaulx, en date de Bourges, 6 octobre 1447, le prévôt de Paris (qui était alors Robert d'Estouteville) était commis pour faire arrêter et punir les malfaiteurs en quelque lieu et juridiction que ce fût « hors lieu saint. » Ibid., p. 509). Aussi Schwob avait-il justement conclu dans l'étude préliminaire qui précède la repro-

duction en fac-similé du nis. de Stockholm que « de Pontoise, comme de Paris, Villon ne pouvait échapper à la main du redoutable prévôt, si impitoyable en outre pour les clercs parisiens «(p. 20 et n. i). — Les justiciables de Pontoise étaient « sous la main » du prévôt de Pontoise; mais ils étaient toujours libres d'en appeler au roi, s'ils le jugeaient à propos, ainsi qu'il ressort de l'acte suivant : « Veu par la Court le procès fait par le prevost de Ponthoise a l'cncontre de Rogier Trotereau, appelans. Dist a esté que le procès est desertif en ce qu'en iceluy a esté mis en escript que ledit Rogier Tortereau (sic) a liberallement confessé les cas dont est faicte mencion en iceluy procès, et que aussi a esté obmis a mettre et escripre la question et forme d'icelle en laquelle iceluy Trotereau a esté mis. Et, pour raison de ce, a condamné ledit prevost et le greffier en chacun d'eulx pour le tout en x. 1. p. Et au surplus, veu la confession dudit Trotereau faicte céans, ladite Court le condamne a estre pendu et estranglé au gibet de Paris. » Fr. 5908, fol. 122 v°.

— dont ce me poisc = « ce qui me peine ».

L'ort pechié dont si fort me poise.

(Ronian.de la Rose, t. I, v. 8655, édit.LS) « ... dont ce me poise. » P. de VigneuUes, Mémoires (14^1-1^22), n. acq. fr. 6720, p. 4 (de l'édit. de Michelant, Stuttgart, 1852, in-8", P- 3)-

v. 2. — Né départs einpres Pontoise.

Indépendamment de l'immense notoriété que Pontoise s'était acquise par le glorieux fait d'armes du lésepterabre I44i,qui allait remettre cette ville au pouvoir de Charles VII, et dont le souvenir était dans toutes les mémoires françaises, il semble, en outre, que du moyen âge jusqu'à l'épigramme de Courrier se raillant de ceux qui ne savent pas sentir la différence qui sépare Tivoli de Pontoise et Gonesse d'Albano, et à la chanson fameuse de Nadaud, Pontoise ait servi de thème à des comparaisons tantôt sérieuses tantôt plaisantes. Conon de Béthune se plaint qu'on l'ait repris d'avoir employé des mots artésiens et fait remarquer, pour excuser son provincialisme, qu'il n'a pas été élevé à Pontoise :

Encor ne soit ma parole françoise

Si la puet on bien entendre en françois ;

Ne cil ne sont bien apris ne cortois

Qui m'ont repris se j'ai dit moz d'Artois,

Car je ne fui pas noriz a Pontoise.

C/;flH50Ki (édit, Wallenskold, Helsingfors, 1891, in-S"), p. 223. Pièce publiée pour la ne fois par Paulin Paris dans son Roviancero français (1855, in-8°), p. 85. — Sans compter que Pontoise est souvent mis uniquement pour la rime, comme dans le fableau : Cy commance des Clers :

Par saint Guillaume de Pontoise

La rien des clers dont plus me poise...

Ms. de Berne 354, fol. 57 v°, dans Thomas Wright, Anecdota Hterària, p. 66. — Les vers de Villon ont toute la précision gourmée d'une formule administrative pour finir par une grosse plaisanterie. « Hennequin Vaux, né de Lindres empres Tillemont. » (Lettres de rémission, juin 1399.) Douët d'Arcq, Recueil de pièces..., t. II, p. 239. — Une telle « née de Paris ». Ihid., t. II, p. 233, n° cxxiv, etc. — A joindre l'expression : « Faire chaperon de Pontoise à quelqu'un » pour dire « faire semblant de ne pas s'apercevoir de la présence de quelqu'un ; faire semblant de ne pas le voir. » Telle cette fiancée qui, par dédain pour son futur époux

Luy faict chaperon de Ponthoise.

Sermon des inaulx de mariage, dans Montaiglon : Recueil de poésies..., t. II, p. 7 (farce du milieu du xve s.).

— Oui d'une corde. Oui et non pas Or, ou Et (cette dernière leçon dans F). — Qui correspond au cujus latin, de qui, duquel, delaquelle, comme dans cet autre passage de Villon :

Et de sa glorieuse mère

Par qui grâce riens ne périt...

= parla grâce de qui. Lais 67, 68.,

Onques vilains, qui barbiers sache Les dens, ne fu si angoisseux.

(Ms. 774 de la Haye, dans Jubinal, Lettres à M. de Salvandy, Paris, 1846, in-80, p. 156.) = « Jamais vilain dont (de qui) le barbier arrache les dents... «

Page 1