V. I. — Tous mes cir.q sens :yeulx, oreilles et boche
L'idée d'appeler ses cinq sens en témoignage de sa reconnaissance nous parait assez malheureuse ; mais elle était dans le goût du temps. Charles d'Orléans n'hésite pas à écrire : « Par les fenestres de mes yeulx» (bal. Cil, p. 189, édit. ChampoUion-Figeac), expression qu'on trouve déjà dans Jean de Meun : « les fenestres des yex » (iMtre^s
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d^Abelard et iFHcloïs, fr. 920, p. 38), et dans le Polycraticus de J. de Salisbury « per oculorum fenestras » (édit. Migne, liv. VIII, col. 724a) : du même Charles d'Orléans : « Par les portes des 3'eulx et des oreilles» (rondel CXXXIX, p. 322), etc. Cette préciosité se rencontre dans d'autres pièces du temps, prose et vers, comme — par exemple — dans La Conjession de la belle file :
Je me confesse pour le mieulx De mes cinq sens entièrement :
Premier, du rapport de mes yeulx.,.
Fr. n. acq. 4513, fol. 107. — Pour la prose, cf. Le Jardin des Nobles, fr. 195, fol. 41a, etc. Clément Marot s'est agréablement moqué de cette afféterie lorsqu'il écrit :
Mon oeil adonc, qui de plaisir se pasme. Dit a mes bras : « Vous estes bien heureux De nuict et jour ! »
(Œuvrer, édit. Jannet), t. II, p. 153. — Le procédé, toutefois, s'est maintenu tenace jusqu'à la fin du xviiie siècle où Voltaire l'a attaqué sans ménagement. « Fuyons, mon cœur, fuyons », avait dit Ronsard ; « Pleurez mes yeux », dira Corneille (après Jodelle). — (Cf. Bibl. de l'École des Chartes, t. XXII (1861), p. 221); « Ferme, mon cœur, pas de faiblesse humaine », trouve-t-on dans Molière, mais là, avec une intention comique voulue, etc. C'est le fait de s'adresser à ses cinq sens, bien plus que de les prendre à témoing, qui rend « assez grotesque » (G. Paris) cette façon d'exprimer sa reconnaissance, à preuve cette prière de Verlaine, dans Sagesse : « O mon Dieu, vous m'avez blessé d'amour! », et où le poète — dans cette requête — fait intervenir sans plus, non seulement ses cinq sens, mais toutes les parties de son corps : 0 Voici mon front, — Voici ma chair — Voici mes mains — Voici mon cœur — Voici mes pieds — Voici ma voix — Voici mes yeux », etc., et où le morceau est d'une belle venue, et impressionnant dans sa simplicité.
V, 5. — Souvraine Court, par qui sommes icy...
Les cinq sources donnent Souveraine, au début du vers. Cette uniformité de graphie est une nouvelle preuve qu'on écrivait souveraine, mais que l'on prononçait souvraine en faisant la syncope de Ve après le v (même remarque pour le vers 9, souverain, dans F). Cf. ci-dessus Lais, 300, et Test. 351 et n. — L'auteur anonyme de TAn des sept Daines
écrit, dans l'errata placé à la fin de son poème : « Item au second feuillet en la première page, en la .ni.e ligne, en ce mot « salveray » s'aucun vouloit dire que ung « e » y fust trop, je dis que non ; mais qu'on ne le doit point prononser (sic) pour ce que la rime seroit trop longue, et que, en commun langage, on ne le prononce point ; aultre part se pourroit prononcer. » (Bibl. Sainte-Geneviève Œ xve s. 325 ', fol. 184 v° : in-40 s. 1. n. d., aux armes de la ville d'Anvers, au dernier feuillet. La date de la composition est indiquée au fol. P 5 = 1 503). Cf. De Bure, Bibliographie, no 2969, et Brunet, t. IV, p. 163, n" 13252 (la marque est reproduite dans le Manuel. — Le ms. fr. 24516 est postérieur à l'imprimé). Il en était de même dans l'ancienne poésie où les mots ange, dtiie étaient écrits angele, aneme, tout en ne comptant que pour deux syllabes. Cf. G. Paris, Extraits de la Chanson de Roland (1899), au Glossaire. — Dans les Heures de Nostre Dame en vers imprimées pour Antoine Vérard (Bibl. nat. Rés. B. 2914), le mot Esprit est toujours, sauf une ou deux fois, écrit Esperit, ce qui rendrait le vers faux, si l'on ne faisait mentalement la correction esprit (comme dans le Lais, v. 107 CI). Par le moyen du benoist saint Esperit (b. iv) ; Et au saint Esperit par lequel (c. ii) ; — Au saint Esperit pareillement (c. IV vo); A l'Esperit dont fut enflanié (d. ii) ; Le saint Esperit qui des cieulx partira (e. ii v°), etc., etc. Il est un cas ou deux où Esperit est à conserver : « Au Père aussi, au Saint Esperit telle » (g. 8). — Par contre, le mot souveraine se rencontre plusieurs fois dans cet ouvrage, sans qu'il y ait lieu de syncoper Ve après le v dans la lecture du vers.