‹ Œuvres. Édition critique avec notices et glossaireChapitre 245 sur 269 · V. 17. — Loîi^;^ la Court, conjointe au Saint Empire · texte numérisé non relu

V. 17. — Loîi^;^ la Court, conjointe au Saint Empire

. — Littéralement « Louez la Cour qui se rattache au Saint-Empire » ; Villon rendant ainsi hommage à l'antiquité vénérable de cette institution et à son illustre fondateur, celui — du moins — qu'il croyait tel. — Les rares commentateurs qui ont bien voulu nous dire le sens qu'ils attribuent à cette locution Saint Empire l'ont tous expliquée par « empire du ciel » ce qui est fort douteux, vu que, deux vers plus loin, revient l'expression « ciel empire ». M. P. Champion traduit : « l'empire du ciel », et il ajoute « Le Parlement n'avait pas d'attache avec le Saint Empire» (T. II, p. 246, n. 3). Le vers ne signifierait-il pas plutôt : « Louez la Cour dont l'origine remonte à Charlemagne » ; la justice, sous le puissant empereur, étant rendue en son nom par des magistrats permanents {scabinî), comme les arrêts de la Cour de Parlement, au temps de Villon, étaient rendus au nom du roi. La Cour souveraine de Parlement de Paris résumait en la personne de ses membres toute l'action gouvernementale, et était l'émanation directe du prince. Les origines encore fort obscures du Parlement (bien qu'il soit acquis aujourd'hui que son noyau primitif était la Ctiria Régis, la Cour du Roi. — Cf. F. Aubert, Hist. du Parlement de Paris (1894), t. I, p. i et suiv.) permettent, semble-t-il, cette interprétation qui, si elle était confirmée, constituerait — de la part de Villon — une louange délicate à l'endroit de la Cour. Mais, de même que Villon a fait une légère erreur en faisant de Jeanne d'Arc une Lorraine (7^5/. 549 et n.), Villon commet ici une inexactitude (si mon hypothèse est fondée), le titre de Saint-Empire n'étant pas une création de Charlemagne, ni des princes carolingiens, ses immédiats successeurs, mais d'Othon h^ qui institua le Saint-Empire romain de la nation germanique, en ceignant la couronne, en 962. La confusion de Villon s'explique fort bien, l'expression qu'il emploie rendant suffisamment sa pensée et les idées flottantes, sur la matière, qui avaient cours de son temps. Cf., à ce sujet, une lettre topique de Gaguin (t. I, p. 289 et notes) ; de même la Vita CaroJi Magni écrite par Donato Acciauoli, et présentée par lui à Louis XI, en 1461. La dédicace de cet ouvrage — fort intéressante — et qui est encore inédite, semble-t-il, ne se trouve que dans le ms. de présentation et dans le ms. de la Bibl. nat. lat. 5851, fol. 427 v. (Quant à la Vie elle-même, elle a paru pour la fe fois à Rome, en 1470, et souvent depuis, sous ce titre : Plutarchi Cherouei Graecorum Romanorumque illustrium Vitae. La vie de Charle-

COMMENTAIRE ET NOTES 6lï

magne forme le dernier opuscule de cette collection.) — Les louanges de Villon envers la Cour de Parlement n'ont rien d'exagéré si l'on considère les conditions dans lesquelles il s'adressait, dans l'Envoi, à sa clémence ; et quand on se rappelle en quelle vénération était tenue cette institution. Philippe de Mézières, au siècle précédent, la qualifiait : « le saint Parlement de Paris. » — « Il est notoire a tout le monde, dit le Procureur, que souhz le ciel ne se treuve plus digne ne plus juste forge de votre dame et maistresse Bonne Aventure, comme le Saint Parlement de Paris. » Le Songe du Viel Pèlerin, fr. 22542, liv, II, fol. 138^ — « Le Saint Parlement » Ibid., fol. 138J.

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