Le Rommanl de la Rose (s. d., in-fol., fol. Kc
2. Le Rommant de la Rose, codicille et testament de maistrejeande Meun (s. d. vers 1500, in-fol.), fol. I iiia.
Car le corps d'Olimpiadés Qui de beaulté avoit a dès Et de couleur et de facture, Tant l'avoit bien faicte nature, Qui par dedans veoir la pourroit Pour laide tenir la vouldroit.
Ainsi (nous) le racompte Boece '.
Si l'on prend les traductions françaises de Boëce par Jean de Meun imprimées à la fin du xv* siècle, on arrive aux mômes constatations :
« Se les hommes, si comme dit Aristote, avoyent les yeulx si très parfaitz comme lins qui voyant les aultres oultre les murs, si que robe ne corps les empeschast, et vissent les entrailles de Olimpiades la plus belle femme du monde, si ne sembleroit elle très laide^.» C'est, on le voit, la reproduction des manuscrits.
Mais Villon connaissait également la traduction en vers du De consolatione Philosophiae pzr Renaut de Louhans. Ce qui tend à le faire croire, c'est que Villon, après avoir nommé « Archipiada », cite « Thaïs » qui est mentionnée dans cette traduction, bien que ne figurant pas dans le texte latin. Mais cette translation de Renaut de Louhans est surtout une paraphrase très libre du texte original latin ; il n'y a donc pas à s'étonner de cette interpolation, en même temps qu'elle explique le cousinaoe que Villon établit entre Archipiada et Thaïs.
Voici ce texte :
Une dame fut appcllee Altipiadès, moult aournee
1. Cy est le Rommanl de la Rose (Paris, 1526, in-fol.), fol. 58 f ; édition de Galiot du Pré (Paris, 1531, in-fol.), fol. 55 « (charmantes figures sur bois).
2. Le Boece de Consolation translaté de latin en français par honorable homme maistre Jean de Meun à la requestedu roy Philippe le quart (Lyon, s. d., in-fol.), fol. diii vo.
De gentil et plaisant corsage, Et de grant biauté de visage»...
et uiî feuillet plus haut:
Une dame ot nom Thays, La plus belle de son pays, S'elle menast honneste vie "...
I. Bibl. nat., fr. 578, fol. 35 f (nis. du xiv* s.), et, dans l'impression incunable (s. 1. n. d., in-fol.), fol. f. (Bibl. nat. Rés.R. 89). Voici le texte, encore inédit, de ce passage :
Or parlons des deliz charnelz Ou aucuns sont tant encharnez Qu'il cuident que charnalité Soit parfaite félicité.
Cilz deliz a deux daraoiselles Qui ne sont ne bonnes ne belles : Angoisse de cuer, la première, Repentance est la darreniere.
Angoisse vient quant convoitise De charnel délit cuer atise.
Et il ne puet a son plaisir Saouler son charnel désir :
Quant le délit saoulez est, Repentance tantost s'i met.
Une dame ot nom Thays, La plus belle de son pays S'elle menast honneste vie.
Demostenes l'ot convoitie Et la désira moult avoir.
Celle dame li fist savoir Que ja n'auroit de lui sa joye Se cent besans ne luy envoyé.
Demostenes le ciel regarde.
Et en regardant se prent garde Qu'il avoit foie convoitise ; Si respondi en ceste guise :
La grande vogue qu'eut, au xiv<=etauxv« siècle, la traduction en vers du traité de Boëce par Renaut de Louhans contribua à maintenir la légende qu'« Alcipiades » était une femme. Au siècle suivant, Molinet, dans le Roman de la Rose moralisé cler et iiel, translaté de rime en prose (Paris, 1521, in-fol.), au chapitre
« Je ne vueil pas tant chèrement Acheter mon repentement. »
Beauhé de corps et fleur de prés Ensemble vont assez de prés :
La fleur est assez tost ternie Et la beaulté est tost faillie.
Une dame fut appellee Altipiades, mouh aournee De gentil et plaisant corsage Et de grant biauté de visage.
Aristotes qui lors vivoit Grant nombre d'escoliers avoit Q.ui voulentiers la visitoient Pour la beauté qu'en li vëoient ; Et devant lui tant la loerent Qu'a la viseter l'inclinèrent.
Quant il ot assez remirié Celle dame tant alignié Qui de grant beaulté replendit, A ses disciples respondit :
« Se l'homs avoit les yeux si fors Comme li lins, si que le corps De dames qui belles se font Peûst regarder en parfont Et considérer les entrailles, Ne tenroit pas a grans merveilles.
La beaulté de la damoiselle Que vous jugez estre tant belle, Car son corps qui tant est joliz, Et par dehors est tant poliz, Par dedens est tout plain d'ordure !
XLii intitulé : « Comment la femme pompeuse d'habitz est comparée à l'ame pecherresse despouillee de son corps », écrivait : « Car se le corps Alcipiadès qui tant avoit de beauté naturelle, de couleur, de facture et de forme se povoit veoir par dedans, il seroit tenu très lait, comme Boëce le recite » (Fol. 4yb). Mais, si peu explicite que soit ce passage pris isolément, il n'est pas douteux, et par le titre du chapitre et par le contexte, que Molinet, influencé par le pseudo-commentaire de saint Thomas, et oublieux de la protestation de son compatriote Josse Bade, prenait « Alcipiadès » pour une femme. Clément Marot était également de cette opinion ; car autrement, dans l'édition qu'il donnait en 1533 des œuvres de Villon, il eût accompagné d'une note explicative ou rectificative le nom d'« Archipiada ' ». Il est vrai qu'il ne reconnaissait sans doute pas cette dernière sous le nom d'« Olimpiades » qu'il avait imprimé pourtant dans son édition du Roman de la Rose.
Echo parlant quand hruyt on maine...
Les amours d'« Equo » et de « Narcisius » sont rapportées tout au long dans le Roman de la Rose : c'est là, vraisemblablement, comme aussi dans les Mélamorphoscs d'Ovide, que Villon avait pris pour sa Ballade des Dames du lemps jadis,
Pour ce, n'est nul bel par nature ; Mais aucun pour bel se tient.
Celle folle cuidance vient Car il a trop fraiiles les yeux Pour regarder les parfons lieux... »
Fr. 578, fol. 34*-55''-
1. Les œuvres de Françoys Villon de Paris, revues et remises en leur entier par Clément Marot, valet de chambre du Roy (Paris, Galiot du Pré, 1533, in-8), p. 27 (Bibl. nat. Rés. Ye 1297). De même Huet, l'ancien possesseur de cet exemplaire, n'a mis en marge aucune annotation à cet endroit. — Indépendamment de ces notes, Huet a rédigé un chapitre sur Villon : Huetiana, ou pensées diverses de M. Huet, evesque d'Avranches (Paris, 1722, in-12), p. 58 et sqq. L'abbé d'Olivet est l'éditeur de cet ouvrage.
Car Echo, une haute dame...
(T. I, V. 1444, édii. L.)
et dont les aventures lui inspiraient au moins une réminiscence qui a été relevée plus haut. Ailleurs, dans l'Éptire ii Marie d'Orléans, Villon fait de nouveau allusion à la « belle Echo » dans le ix«huitain.
Ou est la très sage Heloys Pour qui chas t ré fut et puis moyne Pierre Esbaillart à Saint-Denis?
Pour son amotir ot ceste essoyne...
Ces quatre vers sont tirés du récit des amours d'Héloïse et d'Abailard relatées dans le Roman de la Rose.
Après avoir raconté qu'à la suite de leur mariage, Héloïse avait été
D'Argentueil none revestue,
(T. III, p. 214, V. 8795.)
Jean de Meun poursuit, assez cyniquement :
Fu la coille ' a Pierre tolue A Paris, en son lit, de nuiz, Dont moût ot travaux et enuiz -, Et fu puis cete mescheance Moines de Saint Denis en France'...
(T. III, v. 8795-8800, édit. L.).
1. Le bon chanoine Molinet qui a la manie de « moraliser » quand même, écrit à ce propos : « ... mais depuis se trouvèrent ensemble a Paris couchés de nuit, ou la coulle, c'est a entendre Heloys, lui fut tolue. » Le Reniant de la Rose moralisé. Bibl. nat. fr. 24593, ^ol- ( xxxviJ.