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On retrouve ce vers au sujet des amants

Car cil qui fins amans se clament, Quant d'amors ardemment s'entr'ament, Dont moult ont travaux et anuis .

(T. III, p. 189, v. 18596, cdit. Méon.)

3. Dans sa traduction des lettres d'Héloïse et d'Abailard, Jean de Meun s'exprimera avec plus de réserve : « Hz me tolirent icelle partie

On le voit, ces cinq vers de Jean de Meun sont exactement la matière qui entre dans les quatre vers de Villon.

Quant à l'épithète de « sage » appliquée à Héloïse, elle s'explique suffisamment par les conseils, inutiles d'ailleurs, qu'elle avait donnés à son amant pour le dissuader de l'épouser, prévoyant — comme le prouva l'événement — tous les malheurs et tous les chagrins que cette union entraînerait avec elle. L'épithète de « sage», dans les soixante-douze vers où ce récit est rapporté, ne figure qu'une fois, et s'adresse à la femme en général (vers 8772), mais non à Héloïse. Il n'est pas douteux que Villon l'avait empruntée à la traduction des lettres d'Héloïse et d'Abailard de Jean de Meun.

Dans cette traduction, encore inédite et qui est conservée dans quelques copies, entre autres dans un manuscrit du xiv= siècle, le fr. 920, le nom d'Héloïse, en effet, est presque toujours accompagné de l'épithète « saige ». « Or conclut son propos la saige Helo}'^s en eschivant le mariage » (page 19). — « Expose et descent a son propos la saige Helo5's et monstre a Abaaelart que c'estoit vraye amour et loiaulx dont elle l'aimoit...» (p. 65). — « Or rescript la saige Heloys et dit» (p-79)- — «Cy après recommance a parler Abaaelart a la saige Heloys» (p. 62), etc.— Quant à Jean de Meun, il est tellement gagné à l'excellence des arguments développés par Héloïse pour

de mon corps, par les quelz je avoye forfait, et dont ils se plaignoient. » Bibl. nat., fr. 920, p. 21. — Il faut lire dans Molinet les rapprochements insensés que lui suggère l'histoire des amours d'Héloïse et d'Abailard. La « moralité », lorsqu'elle n'est pas cynique et obscène, comme dans la symbolisation d'Héloïse, est des plus bouffonnes. Un exemple. Après avoir dit qu'« Heloys se rendit nonnain professe au monastère d'Argentueil », il poursuit : « Or est Argentueil une très grosse abbaye plaine de femmes de toutes tires. Et non sans cause ; car toutes femmes ont l'œil a l'argent, pour ce se nomme l'abbaye d'Argentueil. Vous y trouvères cloistrieres trop trotieres, fort rebelles non trop belles, de soerettes non seurettes, et nonnettes trop non nettes... » Le Reniant de la Rose moralisé, Bibl. nat. fr. 24593, fol. cxxxvn d; et chap. XLii, fol. 46 c de l'imprimé.

détourner Abailard de l'épouser, qu'il écrit en note: « Oncques femme ne parla plus saigement ' » (p. 90).

Enfin, — dernier trait à noter, — Héloïse était belle. Ce caractère de beauté, dans l'évocation de Villon, est comme l'apanage constant et nécessaire de ses héroïnes ; on verra qu'il ne fait défaut à aucune d'elles. Pour ce qui est d'Héloïse, Abailard, dans sa première lettre, nous dit que de même qu'elle n'était pas la dernière pour le visage, elle était la première pour la science^. Mais il ne faut voir, dans ce style précieux et alambiqué, qu'une litote ; d'ailleurs, dans la traduction d'Héloïse et d'Abailard,de Jean de Meun, la seule vraisemblablement qu'ait connue Villon l'épithète « belle » est attachée à son nom. « Or porte la belle Heloys habit de nonnain pour son mari » (p. 20).

Seinblableiiieiit ou est la royne Oui commanda qve Biiridan Fiist gcctè en ung sac en Saine ?

1 . Déjà, dans le Roman de la Rose, Jean de Meun avait montré toute son admiration pour « suer Heloïs ».

Mais je ne crei mie, par m'ame, Qu'oncques puis fust nule tel famé.

(T. III, v. 8825-26.)

(Ce dernier vers rappelle celui de Rustebeuf parlant de Marie l'Égyptienne : Ne troz'erci mes tele famé, v. 1225, p. 249 de l'édit. Kressner.)

2. « Et comme ceste [Heloys] ne feust pas basse par beauté, par habundance de livres estoit la souveraine » (fr. 920, p. 10); traduction du latin « qu^ cum per faciem non esset infima, per abundantiam litterarum erat suprema » {Epistola prima seti historia caJamitatum, cap. vi, dans Migne, Patrologia latina, t. 178, Ahaelardi Opéra, col. 127). — Quant à Abailard, il est probable que Villon, dont on sait l'aversion pour la Scolastique, connaissait surtout le personnage par le côté anecdotique : Abailard (n'en déplaise aux rédacteurs de VHistoire littéraire de la France), le seul philosophe vraiment original de l'ancienne Université de Paris. Certes, il y en eut d'autres, mais ils étaient ou anglais ou italiens d'origine. Cf. V Introduction de Cousin aux Œuvres inédites d'Aheilard (Pans, 1836, in-40).

Villon se fait ici l'écho d'une tradition qui régnait de son temps dans le monde des étudiants et dans le populaire comme nous l'apprend Jean le Munerat '. Au xv= siècle, les Parisiens avaient l'habitude de se réunir le soir après souper pour boire « d'autant » et deviser ensemble^. Dans les réunions à la taverne, lorsque chacun avait rempli de vin son verre, c'était une coutume, dit-il, de porter la santé de la reine Blanche ou de la reine de Navarre : santé ironique, car on rappelait en même temps ses méfaits. Cette plaisanterie offensante pour la mémoire d'une reine qui avait fondé le collège de Navarre avait profondément blessé dans ses sentiments de reconnaissance Jean le Munerat qui avait été étudiant du dit collège. Il avait composé, à cet effet, une réfutation qui parut à la fin du xv^ siècle, à Paris, et dont la bibliothèque Mazarine possède aujourd'hui le seul exemplaire connu 5. Dans cette défense, Jean le Mune-

1. Après Abailard, Buridan. De même pour ce dernier, Villon ne se soucie pas de la grande querelle qui grondait, alors qu'il écrivait, entre les Nominaux (dont Buridan avait fait partie) et les Réalistes, querelle qui fera d'ailleurs s'éclater de rire un grave esprit doublé d'un théologien, le trinitaire Robert Gaguin (cf. sa lettre à Guillaume Fichet, 25 février i4'j<),Epistole et orationes,x. I, p. 247 et notes). Villon trouve beaucoup plus d'intérêt, et il n'a pas tort, à la légende de la Tour de Nesle et aux aventures mirifiques du jeune docteur artésien. Toutefois Villon qui était beaucoup plus instruit qu'il ne le laisse paraître n'a pas dû mettre fortuitement l'un après l'autre ces deux noms de la philosophie médiévale, mais parce qu'un lien de coordination les rattachait dans son esprit. Buridan représente, en effet, au xiv siècle, et continue la tradition nominaliste illustrée au xiie par Abailard, avec l'éclat que l'on sait.

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