‹ Œuvres. Édition critique avec notices et glossaireChapitre 253 sur 269 · Rabelais, Gargantua, I · texte numérisé non relu

Rabelais, Gargantua, I

5. Restitutio fanie illustrissime principis prestanlissimeqiie domine, domine johanne Fraticoruni qiiondam Navarre regine, Philippi dicti Pulchri sponse inclite, regieque schole Fraude viilgo Navarre Parisii fundatricis devotissime atque priidentissime . Colophon : Finis Jelix Parisii xxiij aprilis. mil. CCCC. IIIxx XIX, posl pascha. Bibl. Mazarine, Incunable 687. Cette réfutation est adressée à Jean Simon, évêque de Paris (29 octobre 1492 — 25 décembre 1502). Après la lettre de dédicace au

rat montre que la reine de Navarre, la fondatrice du collège du même nom, ne fut jamais appelée « Blanche » mais « Jeanne », qu'elle ne fut mariée qu'une fois, et qu'elle mourut avant son époux Philippe le Bel; que, par suite, la qualification de « blanche » (veuve) ne pouvait lui convenir, et qu'enfin l'imputation faite à sa mémoire était aussi mensongère qu'outrageante, et ne résistait pas à l'examen des faits '. Robert Gaguin qui, avant lui, avait fait entendre la même protestation, explique dans son Compendium d'où pouvait vraisemblablement venir l'erreur 2. Après avoir rapporté, d'après Les Grandes Chroniques de France, l'inconduite des brus de Philippe le Bel, il explique comment, selon lui, se forma la légende.

Voici d'abord le passage des Grandes Chroniques, et puis après le texte de Gaguin.

« En cest an [13 14], vers Pontoise, (au lieu que l'en dit Maubuisson abbaïe de femmes, nonnains de l'ordre de Cistiaux, le jour d'un mardi en la sepmaine de Pasques), Marguerite royne de Navarre, fille du duc

prélat, Le Munerat commence ainsi sa démonstration : « Ad evidenter ostendendum illustrissime principis prestantissmieque domine Johanne, Francorum et Navarre regine, Philippi quarti dicti Pulchri sponse charissime atque castissime, castimoniam vitamque per omnia seu conversationem honestam atque laudabilem atque laudatam, prêter hoc quod hec testantur vulgata cronica ; cum de ceteris que se improbe gesserunt errata non taceant ut patet per consequentia frusta ex diversis cronicis excepta, ne perpetuo cum vulgo fortasse in:onsideratione vel negligentia visendi cronica, vel attendendi ad ea erret doctior clerus, pro dicto vulgo passim post sumptum merum acclamante : Bihainns regine Blanche vel Navarre, quefecit talia et talia...

1. La reine Jeantie de Navarre « qui tint, dit Mézerai, tout le monde enchaîne par les yeux, par les oreilles, par le cœur, également belle, éloquente et généreuse.» Hist. littéraire de la France, t. XXIV, p. 154.

2. D'abord dans l'édition de ses Epistole (Bocard, 1498, in-4) ; lettre à Pierre Déonville, n» 89, Gaguini Epistole et Orationes (Paris, 1904, in-8), t. II, p. 68 et suiv. ; puis dans la quatrième édition de son Compendium super Francorimi gestis (Paris, 13 janvier 1501, in-fol.), fol. 70 v".

de Bourgoigne et femme de Loys roy de Navarre, fils de Phelippe roy de France ; et Jehanne fille le conte de Bourgoigne, femme Phelippe le conte de Poitiers, fils du roy de France, et Blanche la seconde fille du devant dit conte de Bourgoigne, femme Charles conte de la Marche fils au roy de France, pour fornicacion et avoutire sur eux mis, et meïsmement es deux, c'est assavoir : Marguerite royne de Navarre et Blanche femme Charles devant dit ; vraiement approuvées furent prises, et du commandement du roy qui lors estoit à Maubuisson, en diverses prisons mises les deux (c'est assavoir : Marguerite et Blanche du tout en tout par essil et en Chartres perpétuels mises et encloses, au chastel de Gaillart en Normendie furent détenues et emprisonnées, et ilec à morir condampnees) : et l'autre dame, la contesse de Poitiers, qui fu au chastel de Dourdan emprisonnée, examinacion d'elle faite et expurgement, du tout en tout fu aprouvé que en celuy forfait ne fu pas coupable. Apres ce, de prison fu délivrée, et en la compagnie le conte de Poitiers son mari fu de rechief rassemblée : et adecertes pour voir, Phelippe d'Aunoy amy bienveillant de la dite royne, et Gaultier d'Aulnoy son frère, ami de la dite Blanche, chevaliers, le jour d'un vendredi, en icelle sepmaine meïsme de Pasques, a Pontoise, du commandement du roy, furent escorchiés, et les vits et genitoires coupés ; et après ce incontinent, a un gibet de Pontoise pour eux nouvellement fait furent traînés, et en celuy gibet pendus et eucroés : et pour certain, l'uissier de la dite royne, sachant et consentant de devant dit forfait, en ce jour a Pontoise au commun gibet des larrons fu pendu ; lequel cas fortunable les barons et le roy de France et enscment ses fils courrouça moult et troubla '. »

Gaguin, qui a suivi de très près cette relation, poursuit en ces termes :

I. Les grandes Chroniques de France (éd. P. Paris), t. V, p. 204. — Ce récit se trouve également dans la Chronique rinice attribuée à Geotfroi de Paris, et qui commence ainsi :

En celé année adonc, en may, .1. temps plain de joliveté Fu torné en adversité.

Recueil des Historiens des Gaules et de la France, t. XXII, p. 146, vers 5868-6070.

« Ob hanc impiidiciciam insignium mulierum natam fabulam reor, quae de Johanna Philippi Pulchri uxore a rerum imperitis memorari solet. Eam videlicet aliquot scholasticorum concubitu usam eosque, ne pateret scelus, protenus extinxisse et in Sequanam amnem de cubiculi sui fenestra abjecisse. Sed unum tantum Johannem Buridanum eo periculo forte liberatum; et propterea sophisma ab eo edituni esse : Reginam interficerc noUte iiiiiere honiivi est. Fuit siquidem Buridanus Johanna posterior. Quippe qui Philippe Valesio regnum modérante cum liberalium artium nominatissimus professer esset, muha et in rationabili et niorali philosophia scripsit, dum Parisinae ecclesiae Fuko praesidebat, anno christianae resurrectionnis. M. cccxLViii. Nec commeruit praeclara mulier hLijusniodi vicio taxari, cujus liberalitatis atque misericordiae in pauperes testimonium exhibet Navarrae apud Parisios Collegium, ubi scholasticos incolere perpetuo instituit, designatis triplici ordine praeceptoribus, qui gramniaticam, dyalecticenque adolescentes docerent, qui item philosophiam interpretarentur. Addidit et theologos, qui omnes anniversariis proventibus praediti, litterarum studio se perpetuo accommodarent. Hisque commune sacellum extruxit, praepositis ad rem divinam sacerdotibus. Itaque in eo tam grandi tamque spacioso collegio, tam multi continenter scholastici diversantur, quot ad constituendam universalem scholam satis esse putari possit '. »

L'explication de Gaguin, encore que sa démonstration sur certains points prête à la critique-, est certainement la bonne. L'inconduite des brus de Philippe le Bel avait été notoire, et l'on voit Les Grandes Chroniques de France, l'histoire officielle d'alors, ne pas faire difficulté de la relever. Nulle part le nom de Buridan ne figure dans ces chroniques, non plus que dans la célèbre compilation de Jean Mancel connue sous le nom de La mer des Histoires ^K Avec le temps, les brus de Philippe le Bel, Marguerite, Jeanne et Blanche furent confondues dans la même réprobation. Ce n'est qu'au xv^ siècle, semble-t-il, que

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