Compendiuni (Paris, 1501), fol. 70 v
2. Cf. Bayle, Dictionnaire historique et critique (Rotterdam, 1697, in-fol.), t. I, p. 699, n. A.
5. Paris, 1488, in-fol., fol. 211 v. — Cette rédaction suit de très près le texte des Grandes Chroniques de France.
se forma cette légende, à laquelle Villon fait allusion, mais en se gardant bien de désigner autrement que par « la reine » la prétendue héroïne de ce roman. Rien ne prouve d'ailleurs qu'il ait ajouté foi à cette tradition, alors même que le ton général de sa ballade laisserait supposer le contraire. Dans une relation composée à Leipzig en 1470 par un certain Jean Jencz qui avait séjourné à Paris, celui-ci raconte les amours de Buridarî et de la reine de France dite de Navarre sans la nommer par son nom '. La légende de Jeanne de Navarre et de Buridan ne supporte d'ailleurs pas l'examen. Celle-ci mourut en 1304; or Buridan, qui est déclaré sexagénaire en 135 8 2, aurait eu six ans à la mort de cette princesse En outre, ce n'est qu'en 1308 que Philippe le Bel se rendit acquéreur de l'hôtel de Nesle '. Quant à la fameuse tour où se seraient passées les orgies rapportées par les romanciers, elle est encore dénommée dans le terrier de Saint-Germain-des-Prés de l'an 1485, «Tour Pelipe Hamelin.» Seul l'hôtel auquel elle était attenante s'appelait, dès 131 3, V Hôtel de Nesle '^. Enfin, il est établi que la femme de Philippe le Bel n'a jamais habité cette demeure, mais qu'elle faisait sa résidence habituelle dans son hôtel de la rue Saint-André-des- Arts, près la porte de Buci5.
La réfutation de Gaguin et de Jean le Munerat fut entendue par le public lettré 6; mais, dans le peuple, la légende persista.
1. De Buridano el Noverra historia Johannis Jenc-{ incipît féliciter i4yo. Cette relation a été publiée par Hermann Leyser dans le Zeitschrift fur deutsches Alterthum, t. II (1842), p. 362-370. M. Champion l'a reproduite dans son François Villon, t. II, p. 291-293.
2. Du Boulay déclare que Buridan vivait encore à Paris en 1358, non miner quatn sexagenarius (Historia Universatis Parisiensis, t. IV, p. 997), ce qui reporte sa naissance à l'année 1298 ; qu'on la recule de quelques années, il aurait eu environ dix ans à la mort de Jeanne de Navarre.
3. Félibien, Histoire de Paris (1725, in-fol.), t. I, p. 522.
4. H. Géraud, Paris sous Philippe-le-Bel (Paris, 1837,10-4), p. 458.
5. Histoire générale de Paris. Topographie historique. Région occidentale de l'Université, p. 42.
6. Robert Goulet, Conipendium recenter editunt de multiplici Parisiensis
C'est ainsi que Brantôme, après avoir fait allusion aux scandales de la Tour de Nesle, écrit : <( Je ne peux dire que cela soit vray ; mais le vulgaire, au moins la pluspart de Paris, l'afferme; et n'y a si commum, qu'en luy montrant la tour seulement, et en l'interrogeant, que de luy-mesme ne le dye '. » Et de fait, on voit encore Jean Second, dans son Itinerariiim Gallicum et dans son Epigrammatum Liber, rappeler en deux distiques imagés la légende qui lui avait été racontée.
In arcem reginae Alhae, Parlsiis.
Cernite flaventeis ubi volvit Sequana lymphas,
Semirutam fertur quam coiuisse prias Effera funestae regina libidinis arcem;
Nunc ultore mali tempore sola jacet -.
Actuellement, nous n'avons que l'estampe bien connue de Callot qui vienne commenter ces vers'. De nos jours, deux dramaturges ont représenté sur lé théâtre de la Porte-Saint-
Universitatis magnificeiitia, dignitate et excellentia, ejus fundatione, mirificoque siiorum suppositoruni ac officiariorum et collegiorum nomine... (Paris, 15 17, in-4), fol. 15 v°, Ravisius Textor, De memorabilihiis mulieribus... ÇPâns, 1521, in-fol.), fol. 190 v<'-i9i vo. Dans l'éloge qu'il a écrit en l'honneur de la reine Jeanne, Textor de Ravisi ne fait pas la moindre allusion à l'histoire scandaleuse de la Tour de Nesle.
1. Brantôme (édition Ludovic Lalanne, Paris, 1876, in-8), t. IX, p. 245.
2. Joannis Secuiidi Opéra (Leyde, 1619, in-8), p. 140. Dans son Itinerarium Galliciwi (Lcyde, 1618, in-8), les deux distiques sont semblables, sauf le début du premier vers :
Vidimus et flavas ubi... (p. 12).
3. Edouard Meaume, Recherches sur la vie et les ouvrages de Jacques Callot (Paris, 186, in-8), t. II, p. 350, n° 471 et une reproduction très réussie de la planche dans le remarquable ouvrage de P.-P. Plan : Jacques Callot, maître-graveur (iS9)-^SSS)i^uivi d'un catalogue ratsofine, avec la reproduction de 2S2 estampes et de deux portraits (Bruxelles et Paris), 1912, in-40, pi. 737.
Martin les horrifiques histoires de la Tour de Nesle, dernier vestige d'une légende qui, attaquée peu après son début, a mis toutefois plus de trois cents ans à mourir ' .
La royne Blanche covime lis, Qui chantoit a voix de seraine...
Avec un art exquis, Villon évoque une reine : quelle reine? la reine « Blanche comme lis ». A-t-il voulu désigner Blanche de Castille, en jouant, comme il se plaît souvent à le faire, sur le double sens de « blanche » qui, au moyen âge, signifiait à la fois « veuve » (c'était le cas de Blanche de Castille) et belle *», toutes qualités qui s'appliquaient bien à la mère de saint Louis. En eft'et, le rédacteur des Grandes chroniques de France parlant de Thibaud IV, comte de Champagne, dont on connaît l'amour prétendu pour la reine Blanche (1254), écrit : « Le comte regarda la royne qui tant estoit sage et tant belle que de la
1. La Tour de Nesle, drame en cinq actes et en neuf tableaux, par MM. Gaillardet et *** (Alexandre Dumas, d'après Barbier) représentée pour la première fois , à Paris, sur le Théâtre de la Porte-Sain t-Martin, le 29 mai i8}2. — Dans cette pièce célèbre, le pacifique Buridan est transformé en capitan. On connaît la phrase : Dix mamans contre un gentilhomme, c'est cinq de trop ! (p. 5), et cette tirade qui transportait alors la salle : « J'ai fait vingt ans la guerre aux Italiens, les plus mauvais coquins que je connaisse ; j'ai fait vingt ans l'amour aux Italiennes, les plus rusées ribaudes que je sache... et je n'ai jamais refusé ni combat, ni rendez-vous, pourvu que l'homme eût droit de porter des éperons et une chaîne d'or... pourvu que la femme fût jeune et jolie » (p. 9). — II est difficile de pousser plus loin le travestissement. II n'est que juste d'ajouter que Gaillardet, en 1854, publiait sur La Tour de Nesle un article fort bien documenté et assez exact dans l'ensemble ; sans doute pour prouver que l'historien n'était pas dupe du dramaturge. Cf. Le Musée des Familles, t. II, p. 161-163. — Sur Buridan, cf. ma notice dans les Roberti Gaguini epistole et orationes (Paris, 1903, in-8), t. II, p. 71, n. 2, et postérieurement dansZa Nouvelle Revue (i" février 1908), mon étude, La Légende de Buridan, p. 377 et suivantes.