‹ Œuvres. Édition critique avec notices et glossaireChapitre 255 sur 269 · Cf. Du Cange, s. v. blanca · texte numérisé non relu

Cf. Du Cange, s. v. blanca

grant biauté d'elle il fu tout esbahi '. » — Oui chantait a voix de seraine, viendrait encore donner du poids à l'hypothèse qu'il s'agit de cette princesse, d'autant plus que toutes les femmes désignées ensuite le sont par leur nom, et que leur identification ne saurait faire de doute aujourd'hui.

Berte au grant pié, Bietris, Alis, Hareinhurgis qui tint le Maine, Et Jehanne, la bonne Lorraine ...

Villon, après avoir évoqué dans le premier huitain de sa ballade de gracieuses figures de femmes appartenant à la mythologie et à l'antiquité, fait passer devant nos yeux, dans les deux huitains suivants, d'autres figures féminines non moins charmantes qui tiennent, les unes à la tradition historique, les autres à la légende ainsi qu'elles apparaissent dans les chansons de geste où la fantaisie est surtout dominante. Telle Berte aux grans pies, la mère de Charlemagne,

Berte la blonde, l'eschevie ^ (v. 3470).

Villon devait être familiarisé sinon avec les vieilles chansons de geste, du moins avec les traductions qui en avaient été faites en prose, au xiv^ siècle, ou par la tradition orale. Ce serait même plutôt à cette dernière source qu'il avait puisé ses souvenirs, car, de son temps, les manuscrits étaient rares et chers et d'un accès difficile, et puis l'on sait, par l'aveu qu'il nous en

1. Les grandes Chroniques de France..., publiées par Paulin Paris (Paris, 1848, in-8), t. IV, p. 254. Cf. également Elle Berger, Histoire de Blanche de Castille, reine de France (Pans, 1895, in-8), p. 11. Ainsi que Villon, quelques écrivains contemporains de la reine Blanche ont joué sur son nom : tel l'auteur anonyme de VHistoria reguni Francorum qui, parlant de cette dernière, écrit : « Commendabilis pulchritudinis puella, nomine Candida... » Cf. Rerum Gallicarum et Francicarum Scriptores, t. XVII, p. 426. Semblablement dans le Carolintis (même recueil et mêine tome, p. 292, v. 130).

2. Adenès li Rois, Li Roumans de Berte ans grans pies, édition d'Auguste Scheler (Bruxelles, 1874, in-80), p. 127, v. 3470.

François Villon. — III. 21

a fait lui-même, qu'il n'était pas grand clerc, et que les livres ne l'avaient jamais attiré beaucoup :

Car de lire je suis fetart,

écrit-il dans son Testament \ Mais il connaissait les légendes qui couraient sur Berthe, et les contes qui circulaient à l'ombre de son nom : Au temps que Bertc filait..., et qui, jusqu'au xviF siècle, en France, avaient fait la joie des petits enfants et bercé leur première jeunesse. Villon ne connaissait peut-être pas le poème même d'Adenet le Roi, Li Roumniis de Bcrte aux gravs piés^; toutefois il savait qu'elle avait donné le jour au grand empereur, au « preux Charlemaigne », qu'elle était belle et bonne, et que sa vie avait été traversée par de douloureuses aventures. Peut-être se rappelait-il la réponse d'Engerrant de Monteler à Pépin consultant ses barons pour lui indiquer une femme digne de l'épouser :

Sire, je en sai une, par le cors saint Orner, Fille au roy de Hongrie, moult l'ai oï loer : Il n'a si bêle feme lieça ne delà mer; Berte la debonaire ainsi l'oï nommer.

Bietris, Alis appartiennent aussi aux chansons de geste, où leurs noms reviennent fréquemment. Par suite, il est impossible de dire quelles femmes le poète a eu en vue. Prompsault a donc commis une double erreur en voulant les identifier. Pourquoi, alors que tant de femmes, au moyen âge, répondent au nom de Biétris, Biétrix, Béatrice 3, veut-il que l'héroïne de

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