‹ Œuvres. Édition critique avec notices et glossaireChapitre 30 sur 269 · V. 1369. — Le seigneur qui sertsainl Cristofle · texte numérisé non relu

V. 1369. — Le seigneur qui sertsainl Cristofle

Déjà dans le Lais, Villon au sujet de Pierre Basennier et Jehan Mautaint et relativement à la même affaire, sans doute, désigne Robert d'Estouteville par une autre périphrase : le seigneur qui atlaint

TrouhJes, forfaii, sans espargnier (y. 155-156).

Le fait de ne jamais appeler par son nom le prévôt de Paris, Robert d'Estouteville, doit être imputable au profond respect, mélangé de crainte, qu'inspirait à Villon ce puissant et très redouté personnage. Un même motif, mais uniquement limité au respect et provoqué par le ■^'éritable culte qu'il professait pour Érasme, portera Rabelais, dont l'œuvre entière est pourr^-it formée de la substantifique moelle érasmienne, à ne r-'* prononcer une seule fois, dans son roman, le nom de son illustre maître qu'il considérait comme son père spirituel. (Cf. mon vol. Etudes sur Rabelais, p. 22-23.) Le prévôt de Paris, Robert d'Estouteville, comme beaucoup de ses contemporains, était dévot à sainî Christophe dont Notre-Dame de Paris possédait une statue gigantesque, mous verius quani statua (Èrâsme, Naufragium, va-jâyiov, dans ses CoUoquia^, qu'ont célébrée tous les anciens historiens de la capitale. On croyait qu'il suffisait d'avoir vu dans la journée l'image du saint pour être sur de ne pas mourir ce même jour. Voici un passage de la bulle originale du Chapitre de Notre-Dame pour l'érection de la Confrérie de Saint-Christophe, passage qui ne témoigne pas d'une confiance exagérée dans la protection attribuée au saint martyr. On y remarque un certain scepticisme que n'aurait pas désavoué Érasme (cf. son Stulticiae Lfli«,Bâle, 1522, p. 213) : on y verra aussi la dureté avec laquelle monseigneur le doyen parle de son église sujette, alors même qu'il lui fait une concession gracieuse. « A tous ceus qui ces lettres verront, le doyen et le chapitre de Paris, salut. A nous se trairent et vindrent en notre chapitre le curé de l'église saint Cristofle de Paris, notre subgict en toutes choses, et avec lui les frères ou confrères de la Société de la messe du dit saint, faite en la dite église, chascun lundi ; de la quele Société il estoit, si [c]ome il disoit. Et nous exposèrent en suppliant moult humblement que, passé avoit un an et plus, euls meus de bonne et grant dévotion, aians considération qtie entele ville comme Paris, n'avoit église fondée du dit saint que celé de la Cité dessus dite, et que du dit glorieus martir n'avoit messe de lu}' dicte en sa dite église se elle n'estoit requise, et enseurquetout le glorieus don que notre seigneur octroia a son dit glorieus martir monseigneur saint Christofle, cest assavoir que quiconques le

requerroit en nom de luy ou fcroit mémoire de luy, il auroit ce qu'il demandcroit et seroit sauviez, si comme plus plainement est contenu en

la légende et passion du dit martir Donné l'an mil trois cenz

trente huit, le mercredi après la décollation saint Jehan Baptiste. » Arch. nat. L 634, n° 15. — Voici une prière à saint Christophe que Robert d'Estouteville a pu réciter. Elle est curieuse par les louanges données au saint martyr pour sa chasteté, vertu qui manquait précisément à son prédécesseur et beau-père « Messire Ambrois, sire de Loré, prevost de Paris ». (Jean Chartier, Chronique, p. 244).

« De Saint Christofle. — Oraison.

« Glorieux martyr et amy de Dieu, monseigneur saint Christofle, qui pour l'amour de Jhesucrist voiiluz tant souffrir et endurer de peines et tourmens, et qui, par ta doctrine, miracles et exemple feiz tant que tu feiz convertir a la foy chrestienne quarante huyt mille hommes de la loy payenne, et qui aussi convertiz a Dieu Nycene et Aquiline qui avecques toy furent mises en la chartre pour toy tempter du pechié de la chair, lesquelles avoient par long temps esté communes au bordeau et vescu sous la puantise de luxure, si que tu les feiz servir a Dieu en l'abit de chasteté, tellement que, pour l'amour de Jhesucrist, ilz souffrirent martyre. Je te prye, Sire, qu'il te plaise pryer pour moy Celluy que tu portas sur tes espaulles, et passas le fleuve, affin qu'il luy plaise me donner grâce de tellement gouverner en ce mortel monde mes cinq sens naturelz, que finablement par tes'prieres je puisse avoir le royaulme de paradis. Amen. » Fr. 19243, fol. 170 {Livre d'heures du xv^ s.). — Cf. également « ung dévot dittier de monseigneur s. Christofle » dans le fr. 24865, fol. 69 v° (39 décasyllabes) ; un autre, dans le fr. 19186 (xve s.), fol. 144 ; de même, dans un recueil des sermons de R. Cibole cette pièce : « Cy après s'ensuit la légende de monseigneur St Christophe. » Arsenal, ms. 2109, fol. 160 vo- 163 r°, etc.

CXXIX, — C'est à Robert d'Estouteville auquel il a des obligations que Villon donne une ballade pour « sa dame » dont on lit le nom en acrostiche : Ambroise de Loré. Il l'avait « conquise » au pas d'armes de Saumur, en 1446, que tint René de Sicile, et s'y était montré supérieur à Hector et à Troïlle.

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