‹ Œuvres. Édition critique avec notices et glossaireChapitre 32 sur 269 · V. 1 376-1 377. — Oui si bien fist el peu parla · texte numérisé non relu

V. 1 376-1 377. — Oui si bien fist el peu parla

Ou' oncques fist Hector ne Troïlle.

Ces vers sont une allusion maligne à Louis de Beauveau, grand sénéchal d'Anjou et de Provence, chambellan du roi René, et qui avait été vaincu au pas d'armes de Saumur par Robert d'Estouteville. Or Beauveau avait traduit pour le roi, son maitre, le Filoslrato de Boccace, comprenant les amours de Troïle et de Cressida. Villon a pu lire cette traduction, d'autant plus que l'ouvrage n'était pas sans offrir quelques rapports avec sa situation. Voici un passage delà préface : «... Si en cest estât entray ung jour seul en ung petit comptouer derrière la chambre tt enipres le retraict du roy de Secille, mon maistre. Si tiray l'uys, puis m'enfermay leans pour mieulx a part et hors bruit passer temps. Et lors me prins a revercier et en\'ercier mains romans et mains livres entre lesquels en trouvay un petit en langue ytalienne que on npcUc Phillioslraclo. Lequel jadis fut fait et composé par ung poethe florentin nommé Petrearque {sic, lire Boccace). Et traicte ceiuy livre en stille très piteux et plaisant la façon et manière comment Troille, filz au roy Priam, s'en amoura de la belle Briseida, pendant le temps que les Grecz tenoient Troye assiégée, et comment elle changea son amour vers la fin en le mectant en obly pour Dyomedes de Grèce. Si entrepris servant a mon propos comme cas approuchant du mien tresdoloreux, et le translater et mettre en françois. Afin que toutes celles qui le liront ou orront racompter se gardent d'acquérir ung tel perpétuel blasme comme celuy la fut. Et vous, amoureux, prie chierement que escoutez que dira ce livret, lequel en 1ermoiant fut translaté par moy Beauvau, seneschal d'Anjou, afin que pour moy priez Amours, par lequel, si comme Troyle doloreux, je viz «sloingné du plus parfait plaisir que créature peust jamais en ce monde avoir... Le joieux temps passé souloit estre occasion que je faisoie de plaisans diz et gracieuses chanssonnettes. Mais je me suis mis a faire ce traictié de doleur et d'afiliction contre ma droicte nature. Ne ny scay raison pourquoy si non pour redduire a mémoire les très diverses et estranges tours que ma dame m'a fait, et le tort qu'elle m'a tenu et tient encores. . . » Il conclut : « O jeunes gens, qui selon l'aage allez suivant l'amoureux désir, je vous pry que vous ristraingnez vos pas ligiers de vostre appétit voluntaire, et vous mirez en Tamour de Troïlle, laquelle cy dessus vous ay dicte et demonstrée...» Fr. 25528, fol. 92 vo. — Il Filoslrato de Boccace, traduit par Louis de Beauvau, ms. copié par Pierre d'Amboise, en 145 5-1456, pour Marie de Clèves, duchesse d'Orléans, dont les attributs sont peints en lête de la préface avec la devise :

Riens ne m'est plus. (Ane. La Vallière ii2.)Lems. comprend en outre quinze miniatures en camaieu très intéressantes pour le costume et l'ameublement, plus les armes de Marie de Clèves. — Dans le Roman de Troïhis (fr. 1467) et publié dans les Nouvelles françaises en prose du XIV^ sikh par L. Moland et Charles d'Héricault, Troïlus s'exprime dans des discours sans fin, en damoiseau ridicule, au sujet de son amour pour « Brisaïda ». (T. I, p. xl-cxxxv, et 117 et suiv.) — ^ Sur les transformations apportées au personnage de Troïle depuis Homère jusqu'à Shakespeare, cf. J. J. Jusserand, Hist. litt. du peuple anglais (Paris, 1894, in-8o),p. 301, 311. Sur le Roman d'Hector, cf. fr. 821, fol. 1-12 vo, et Ronmnia, t. Il (1873), p. 155 (Paul Meyer) ; et W. Meyer, Zeitschrift fur romanische Philologie, t. X, p. 363-411. — C'est par erreur qu'Attilio Hortis dit que la translation du Filostrato faite par Louis de Beauveau a été publiée par Marchegav dans le Bulletin de la Société industrielle d'Angers, t. XXIV (1853). Dans ce mémoire intitulé Les Fontaines du roi René au château d'Angers (p. 52-71), il y a simplement une "phrase citée (page 55), tirée du fr. 22528 (La Vallière 112), et rien déplus. Cf. Studj sulle opère latine del Boccacio (Trieste, 1879, in-4''). p. 595, n. I.

Balade 1 378-1405.

Cette ballade, une des premières de Villon, écrite dans le genre allégorique et conventionnel de l'époque, et qui nous semble des plus médiocres, eut sans doute une tout autre fortune dans le milieu raffiné où elle parut. Villon avait éprouvé les bons offices du prévôt de Paris, Robert d'Estouteville ; c'est sans doute pourquoi il nous l'a conservée : peut-être le fit-il aussi dans un but moins désintéressé, car la protection d'un personnage dans la situation du prévôt n'était pas à négliger ; et, de la part de Villon, ce n'était pas là, on en conviendra, une précaution inutile. Lorsque Villon composa cette ballade, Robert d'Estouteville venait d'être nommé prévôt de Paris (27 mars 1447). « Dominus Robertus de Estoutevilla, miles, dominus de Bayona, ordinatus et institutus custos praepositurae parisiensis, loco domini de Blainville, ejus fratris, vacant, per ejus resignacionem per litt. reg. dat. aux Mont ils prope Turon. 7 martii 1446 (v. st.) et 27 ejusdem mensis solitum praestitit juramentum in Parlamento. » (Extraits de la Chambre des Comptes, fr. 20776, fol. 379 vo.) — Le pas d'armes de Saumur est de 1446, et Villon, dans la ballade, fait allusion à l'enfant que vient d'avoir le prévôt. Un des premiers actes de Louis XI, en montant sur le trône (22 juillet 1461),

avait été de destituer Robert d'Estoutcville (30 août 146 1, fr. 21388, fol. 62). Villon, alors Incarcéré à Meun-sur-Loire, ignorait certainement et la destitution et l'emprisonnement de son protecteur et, en insérant la ballade dans son Testament, il témoignait de sa reconnaissance en même temps qu'il cherchait ainsi à se conserver la bienveillance de celui qu'il croyait toujours être prévôt de Paris. Robert d'Estouteville ne fut rétabli dans son office que le 7 novembre 1465. (Cf. Chronique scandaleuse, t. I, p. 138; Maupoint, /o/in/a/, p. 95.) — On ic trouve ici, selon toute vraisemblance, en présence d'une poésie commandée, comme il arrivait fréquemment. C'est ainsi, par exemple, qu'Érard de Valéry, connétable de Champagne, avait commandé à Rustebeuf la vie de sainte Elisabeth de Hongrie pour la femme du roi Thibaut V de Navarre, Isabelle, fille du roi saint Louis. Il a dû en être de même de certaines « complaintes » composées par Rustebeuf pour honorer des morts illustres de son temps, et payées par la famille ou les héritiers (Clédat, Rutebcuf, p. 30). A rappeler que la biographie de Guillaume le Maréchal avait été versifiée par un trouvère de profession aux gages du fils aîné du défunt. Cf. l'édit. donnée par Paul Meyer, Introduction, t. III, p. i et suiv.

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