‹ Œuvres. Édition critique avec notices et glossaireChapitre 33 sur 269 · V. 1378. — Au poiitcc Jn jour que Vesprcvier s'esbat · texte numérisé non relu

V. 1378. — Au poiitcc Jn jour que Vesprcvier s'esbat

Les manuscrits et les incunables donnent unanimement s'esbat (1378) que Marot a cru devoir corriger en se bat, correction qui a été suivie par tous les éditeurs jusqu'à ce jour. Villon, quoi qu'il n'eût pas déjà fréquenté chez de hauts et puissants seigneurs comme le duc d'Orléans et le duc de Bourbon (ce dernier grand chasseur au vol), a dû employer, selon son habitude, le terme technique alors en usage ; il n'y a pas lieu de le modifier, semble-t-il, et bien que deux vers plus loin le verbe s'esbat (1380) apparaisse de nouveau. Là encore, comme il lui arrive souvent, Villon se plaît à équivoquer. Dans le vers 1378, s'esbat a le sens de s'agiter en battant des ailes. Il est question de l'épervier qui, mis en gaité par le réveil de la nature (au point du jour), tire sur la longe par laquelle il est attaché à la perche par la patte, désireux qu'il est de s'envoler, de « repairer à l'air franc ». Dans levers 1380, s'esbat a le sens de « folâtrer en se donnant du mouvement sans contrainte » (Haszfeld-Darmesteter-Thomas, Dict. franc.). Dans le fr. 1296 (ms. du xve s.) qui ne comprend que la traduction du second livre du De artc venandi cum avibus de Frédéric II, le terme s'esbatre revient sans cesse, alors que dans la traduction du xiii'^ siècle de ce même ouvrage (fr.

12400) c'est se Jehatii' qui remplace ce verbe. S'csbatrc, sauf erreur, n'y figure pas une seule fois. Par contre, dans les mss. du xv^ siècle d'un autre traité de la chasse aux oiseaux, dans Le Livre du Roy Modtis et de la Royiie Racio, se batrc est constamment employé : quelquefois, il est remplacé aux mêmes passages, dans certains manuscrits, par se dehatre et s'en batre : il y a d'ailleurs une grande similitude de sens entre ces trois verbes, se batrc, se dcbatrc, s'en batre. Il est possible qu'au xvF siècle se batre ait seul prévalu, ce qui justifierait la correction de Marot dont le but était de mettre le texte de Villon à la portée du public lettré de son temps : mais les raisons de Marot n'existent plus aujourd'hui pour les éditeurs qui toutefois l'ont suivi. Voici quelques exemples à l'appui de ce qui précède.

fr. 12400 (xiiie s ).

Car se li faucons wet aucune fois lui debalre, ou il se debatera sus la main ou sus son siège. »

(Fol. 120'^.)

« Li faucons qui seroit en une des perches auroit touz jours voiontei de soi debatre; et nous devons touz jors entendre qu'il ne se dehate. » (Fol. I24'-'.)

« Car c'il se debatoit celle part, ciz debas li seroit perillous, et c'il i a fenestre qui soit opposée dou long de la perche, li debas qu'il fera vers li, c'il avient qu'il se debate, ne li sera pas si nuisibles por ce que, quant il se debatera au lonc de la perche et en meniere, il ne se porra debatre au lonc de la perche qu'il ne se debate en haut ; car embas, ce ne puet il debatra pour la perche qui li est contre ne endroit de la perche.» (Fol. 1 50'^.)

fr. 1296 (xve s.).

« Et se ly faucons se veule aucunez fois esbatre ou non tenir cois, ou il s'esbatera ou esmouvera de deseure la main celuy qui le tenra ou de deseure le siège. »

(Fol. 45.)

« Ly faucons qui seroit sur l'une des perches aroit adez volenté de soy esbatre ; et nous devons adez entendre ad ce qu'il ne se debate mie. » (Fol. 49 r° et vo.)

« Car s'il s'esbatoit celle part, telz esbatemens seroit périlleux au faucon, et se ly treux estoit de long et il s'esbatoit, ly esbatemens ne seroit mie sy périlleux ne sy nuisible pour ce que, quant il s'esbat du long de la perche, ses elez vont l'une d'une part la perche et l'autre ele de l'autre lez de la perche... » (Fol. 75 vo.)

«... et il .TiJ Jt'/wf au retour qu'il « ... Iv faucons s'eslmtera au

fera sur la perche. « (Fol. isci.) revenir sur la perche.» (Fol. 75 vo.)

« Quant li faucons se weille « Et se ly faucons s'esbat pour

debatre pour cause de fain.» (Fol. cause de proie. » (Fol. 77 vo.)

Ces exemples qui concernent le faucon, concernent également bien Fépervier; en eflet : « Tous les oiseaus de leurre sont compris souz ce nom de faulcons gentis et faulcons vilains », chap. des oiseaus de leurre, dans le Premier livre de la connoissancc el naturel des oiseaus de poing et de leurre, fr. 1306, foi. 8 (ms. du xv^ s.). Dans les exemples suivants empruntés au Livre du roy Modus et de la royne Racio qui parle, des déduis et de pestilence, c'est spécialement de l'épervier qu'il s'agit ; le verbe s'esbatre n'y apparaît jamais. Voici deux fragments d'un manuscrit du xive siècle, le fr. 12399, rapprochés des passages correspondants de cinq mss. du xv^, fr. 614, 1298, 1300, 1301, 1302 (il en existe un grand nombre) : « Aussi dit Modus en son Livre que esprevier qui est afaitié au chaperon en telle manière que ilseufre que li metevault mieux que cheli qui ni est mie afaitié pour .v. causes. La première est que il s'enbal (i) mains. La seconde est que quant il fait mauvaiz temps de pluie et de vent, il se porte mieux quant il a chaperon que se il n'avoit point; et si le peut on mètre dessous son mantel pour la pluie, cheu que l'en ne pourroit faire s'il n'avoit chaperon. La tierce que il en fait plus de vols. C'est que il en voile mieux et plus radement pour ce qu'il est mains debrisiéque celui qui n'a point de chaperon qui se /'a/ (2) souvent et se debrise moût. La quarte est que on li engarde mieulx ses vols pour ce que // ne se bai (3) mie tant que l'eu veulle que il voile. La quinte est que il en a meilleur courage de voiler, et si le peut l'en par tout porter sans ce que // se bate(4) ne bouge, pour quoi chaperon leur est nécessaire... » (fol. 69^-70»). « Et se il se bat (^) [l'esprevier] pour le chaperon ne techaille, car il faut qu'il amorde,et garde que il ne l'abate; et quant il le voudra endurer et que plus ne se debalra(6) au mestre ne a l'oster, et que il mengusse a tout le chaperon... » fol. 70b, etc. — I. Même leçon pour les cinq manuscrits. — 2. 614, 1300: se débat, 1298, 1501, 1302. — 3. 614, 1298, 1301, 1302 : se débat 1300. — 4. Même leçon pour les cinq mss. — 5. LI. — 6. 1298, 1301, 1302 : se baiera 614 ; se batra 1300.

De même, dans Les Déduis de la chasse par Gacede La Buignc (ou La Bigne, Romania, XI (1882), p. 180, n. i), lit-on:

Tantost arrière poing se bal J'riiiicols J'illoii. — III. j

(il s'agit du faucon), fr. 616, fol. 140» (ms. du xv^s.). Également dans le fr. 1614, fol. 2'^, etc. Dans le fr. 1615, le scribe avait d'abord écrit :

Tantost arrière poing se dehat

(fol. 2t'), avec un vers faux qu'il a rectifié en barrant la syllabe de.

Ce vers correspond au passage suivant du fr. 1296 (traduction du second livre du de arte venandi mm avihis de Frédéric II) : « par ce qui est dit deseure, appert il que ly esbatemens du faucons (sic) par derrière la main est pire des autres (fol. 66 \°) » ; et à cet autre : « Et se ly faucons s'eshat par dehors la main... (fol. 68). » Pour en revenir au vers de Villon, s'eshat étant la leçon unanime des mss. et des incunables, il n'y a aucune raison de la modifier : cette leçon est justifiée par le fr. 1 296 où le terme revient sans cesse, et semble devoir être maintenue, et cela, malgré Lacroix qui, dans son édition du Villon de l'Arsenal (ms. 3523), écrit : «Le ms. porte, par erreur: s'esbat » (p. 105, n. 35).

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