V. 1381 . — Reçoit soiipast et sejoinct a la pliuiie
« L'epervier reçoit son past et vient au leurre ». //, représentant épervier, est sous- entendu. On sait qu'au xve siècle, comme dans les plus anciens textes de la langue, le pronom personnel sujet est souvent omis. — Past {pastuni) « c'est, dit Nicot, la viande et bêchée qu'on donne à l'oiseau de proie. Ainsi les f;uilconniers, disent : paistre le faucon de past vif, c'est à dire de quelque oiseau estant en vie. » (Dict., 1606, p. 468.) — Plume, est le leurre. « Le leurre, c'est un instrument de faulconnier, fait de façon de deux ailes d'oyseau accouplées d'un cuir rouge, estant pendu à une lesse avec un esteuf ou crochet de corne au bout, servant pour aftaicîer et introduire l'oyseau de leurre qui est neuf, et lui apprendre à venir sur le leurre, et de là sur le poing quand il est réclamé. » {Ihid,, p. 373.) — La même méprise qui s'était produite au vers 1 378 au sujet de se bat, se renouvelle ici à propos du mot past. A F donnent par, CI per ; les copistes ne connaissant pas, sans doute, le mot technique employé en fauconnerie. — Past vient de pastum, comme per de pareiii. Per se prononçait /wr et Vr étant atone, on disait pa : de mèrciQ past se prononçait pa, les deux dernières consonnes étant atones ou très fortement assourdies. Les vers de Villon ne sont pas sans rappeler le passage suivant du Roman de la Rose :
Cil (Jupiter) donta les oiseaux de proie... Assaut mis, haine et batailles Entre espreviers, perdris et cailles,
Et fist tournoiement es nues D'ostoirs, de faucons et de grues ; Et les fist au loirre venir :
Et pour lor grâce retenir, Qu'il retornassent a sa main Les put il au soir et au main.
(T. III, p. 262, V. 20344 et suiv.)
Précédemment Jean de Meun avait écrit :
Car si con li loirres afaite
Pour venir au seir e a main
Le gentil esprevier a main. (T. 111, v. 75 18-20, «'c//7. L.)
L'interprétation de Longnon suivie par Schnecgans (fe et 2* édit.) «st inacceptable : « se joindre a la plume de son per = s'accoupler » (Longnon, les deux éditions, et Poulet, 3e édit. revue). Ces critiques ont sans doute été influencés par le vers d'Ovide :
Et docidt jimgi cuiii pare quenique sua
(Fast. IV, 98), cité par Du Cange s. v. par = 'coiijux. Deschamps s'était aussi rappelé ce vers, car voulant montrer les désagréments du mariage, il écrit, au sujet d'une femme qui importunait son mari :
Ja n'iert tarie D'à lui joindre et apparier.
{Œuvres, t. VIII, p. 196, v. 25-24.) La méprise de Longnon et de ceux qui l'ont suivi est d'autant plus singulière qu'ils n'ont pas été sans connaître le commentaire de Lacroix (édit. elzévirienne, 1854, p. 332): « Reçoit son past et se joinct à la plume se dit, en termes de fauconnerie, de l'oiseau qui se prend au leurre pour avoir sa pâture » ; interprétation exacte, mais qui n'est que la reproduction presque textuelle de la note de Prompsault (1832) « reçoit sa nourriture et se prend au leurre». — Cf. Le Livre delà science de chacier as oisiaus, fr. 12400, et les curieuses figures qui accompagnent le texte, du fol. 112 vo au fol. i7oro;et aussi l'étude d'E. Charavay, La Fauconnerie au mo\en dge, dans la Revue des documents historiques, t. I (1874), p. 60 et suiv., d'après le fr. 12400 dont plusieurs peintures sont reproduites en noir : (ce ms. est lui-même une traduction du Dearte venandi cum avibiis de Frédéric II.) — Comme toujours, les descriptions de Villon sont d'une grande exactitude, et son témoignage se trouve confirmé par les professionnels de la « science -d'espreverie ». « D'abord l'épervier qui vole pour oisillons des champs
et des buissons est particulièrement excellent pour le merle. » G.Sourbets et C. de Saint-Marc. Précis de fauconnerie (Niort, 1887, in-80), p. 74. — « Reçoit son pas t. — Il est en effet recommandé au chasseur de ne jamais oublier de bien récompenser l'oiseau à chacune de ses prises qu'il lui faudra laisser plumer, et dont on lui fera manger les veux et la cervelle dont il est friand. » Ihid., p. 75.
Cest rym fust fet al bois desouz un lorer, La chaunte merle, russinole, et cyre l'esprevier. The oulknvs song of Traillebaton, dans Thomas Wright, The politicaJ Songs ofEngland frovi the reign oj John to that of Edward II (Londres, 1839, in-8°), p. 236. — Cyre dans le texte pour gyrc. « Et sert lefaulx laz de deux choses, l'une si est de tirer a soy [le faucon] qu'il ne gire en l'arbre... « Le roy Modus (édit. Blaze), feuillet 120 v». — Cf. Du Cange s. v. gyrofakones.