‹ Œuvres. Édition critique avec notices et glossaireChapitre 42 sur 269 · V. 1418. — Mais Macqiiaire. je vous asseure · texte numérisé non relu

V. 1418. — Mais Macqiiaire. je vous asseure

Ce nom de Macaire était bien connu en France dés les origines de la langue, et presque toujours avec une signification péjorative. C'est généralement un traître et un félon, comme dans Huon de Bordeaux : « La est Macaires li traîtres prouvés » (édit. Guessard) ;à2ir\s Fierahras, dans Aiol et Mirabel, etc. Guessard a publié la Chanson de la Reine Sihile sous le titre de Macaire. C'est dans cette geste, qui date du xiie siècle, que figure la première mention du combat de Macaire avec le lévrier d'Aubry de Montdidier, duel qui a donné naissance à la légende du Chien de Monta n^is. Rapportée, vers 1240, à la date de l'année 770, par Albéric de Trois-Fontaines qui la quilifie de pidcherrinia fabula; par Gace de La Buigne dans le Livre de la chasse de Gaston Phoebus, comte de Foix (xiv^ s.) ; et, sur la fin du xv^ siècle — pour s'en tenir à l'époque de Villon — par Olivier de la Marche et par Guillaume Crétin dans son Débat entre deux dames sur le passe temps des chiens et des oyseaux, tous passages donnés en appendice par Guessard, dans son édition de Macaire, p. 307 et suiv. Cette anecdote fameuse dont Macaire est le protagoniste avait vulgarisé le nom de ce dernier : il n'a toutefois rien à voir avec le Macquairc du Testament. Gaston Paris pense qu'il ne s'agit pas de saint Macaire, mais d'un méchant cuisinier « qui jouissait déjà, au xive siècle, d'une renommée facétieuse ». Dans Le Martyre de saint Baccus, composé en 13 18, par Geofi"roy de Paris, il est parlé du keu Macaire

Et tous jors oeuvre par contraire.

(Jubinal, Nouv. recueil de contes, Paris, 1842, in-8°, t. I, p. 257.) L'allusion au « keu Macaire » est fort plausible, bien que ce soit là la seule mention qu'on en ait. Villon, qui ne l'ignorait pas sans doute, aura trouvé plaisant d'équivoquer sur ce nom qu'avait porté un cuisinier et qu'un saint avait illustré. Car il y a tout lieu de penser qu'il s'agit de saint Macaire d'Alexandrie dont les aventures merveilleuses avec les diables se trouvent complaisamment rapportées dans la Légende dorée (chap. xviii), mais non, toutefois, l'aventure à laquelle Villon fait allusion ici. Elle ne se trouve pas davantage dans les SS. Macariorum Aegyptii et Alexandrini acta (Migne, Patrologie grecque, t. XXXIV}. Cependant il se peut très bien que Villon se soit inspiré de la vue d'une peinture, d'un bas-relief ou d'un vitrail où le saint était représenté cuisant ung deable a tout le poil. De ce que les textes ne rapportent pas cet épisode de la vie de saint Macaire, il ne s'en suit pas nécessairement qu'il n'ait pu lui être attribué. C'est ainsi que la verrière de la cathédrale de Laon donne, sur l'histoire de Théophile mentionné par Villon {Test. 886 et n.), des détails qu'on chercherait vainement dans sa légende écrite. D'ailleurs saint Macaire était fort connu au xv^ siècle, à Paris. Les Dis des trois mors et des trois vifs qui faisaient partie de la Dance Macabre du cimetière des Innocents, avaient été sculptés « en bosse » par ordre du duc de Berry, en 1408, sur le portail Je l'église même où il aurait souhaité d'être inhumé. Or ces Dis se composaient de deux sujets qu'on retrouve dans un grand nombre de livres d'heures manuscrits et imprimés. Ils représentent, le premier, trois jeunes seigneurs à la chasse, faisant voler leurs faucons ; le second, trois morts nus dans un cimetière, près d'une croix, à gauche ; et sur la droite se trouve une grotte au seuil de laquelle se tient un ermite qui est saiiu Macaire. Sur la corniche qui surplombait ces deux sculptures était gravée une inscription en vers français que Du Breul a rapportée (cf. Antiquité^ de Paris, édit. de 1640, in-fol. p. 538). On connaît la pièce de Baudoin de Condé (164 vers)!.^ trois Mors et les trois Vifs (fr. 578, fol. i : dans le même ms., une autre pièce anonyme sur le même sujet, avec miniatures en mauvais état, fol. 7 v°). — Les cinq poèmes des trois Mors et des trois Vifs ont été publiés par M. Stefan Glixelli, Paris, 1914). Le même sujet se trouve représenté, avec quelques variantes, au Campo santo de Pise, dans la célèbre fresque d'Andréa Orgagna; et Vasari, dans la description qu'il en a donnée d'après des documents qui s'appuyaient, à n'en pas douter, sur des traditions certaines (édit. Milanesi, Florence, 1878, t. I, p. 596) nous apprend que Termite en question est saint Macaire. (Pour plus de détails, cf. Leroux de Lincy et Tisserand, Paris

et ses historiens aux XIV^ et XV^ s., p. 265 et suiv.). Il y avait en outre, à quelques lieues de Paris, au prieuré de Longpont,près de Longjumeau, sur la route de Bourg-la-Reine que Villon connaissait bien (Test., huit. CV), dans le trésor de la sacristie, une coupe de saint Macaire, appelée dans le cartulaire de l'église scijits Sti Macarii, et que Villon avait pu voir, car, dès le xiii^ siècle, l'église de Longpont était l'objet d'un pèlerinage assidu (Lebeuf, Hist. du diocèse de Paris (Paris, 1883), t. IV, p. 95). Il y a tout lieu de croire que Villon a songé aux deux Macaire, le saint et le cuisinier, et qu'il s'est complu, à son ordinaire, à équivoquer sur ces deux noms.

— Quant à la Dance Macabre dont il vient d'être parlé ainsi que dans d'autres notes, G. Paris a démontré que tel était son nom, et non pas dance macabre (Remania, t. XXIV (1893), p. 129). Dans le fr. nouv. acq. 10032 (xv^ s.) figure la Danse niachahree (fol. i ro), et Macabre le docteur intervient dans ce poème (fol. 223 v°) (sans accent sur Ve final, comme dans les mss. du temps). Sur la tranche du volume on lit : « La danse de Macabre. 1392. » Mais la forme Macabre, préconisée par G. Paris, se trouve confirmée par ce passage de Jean Régnier, le bailly d'Auxerre :

Dire vous vueil dont me suis remembré En sommeillant, d'une trop dure dance Qu'on appelle la dauce macabre.

Les Fortunes et adversité-, fol. 86 \° (folioté à la main).

— Macabre, nom d'homme, figure dans la chanson de geste Gau/rey (xive s.); Macabre, roi de Hongrie, le père de Fleur-d'espine. Cf. Hist. litt. de la France, t. XXVI, p. 194. — Cf. également la dissertation de Huet, Notes d'histoire littéraire dans Le Moyen Age (1917-1918), 2e série, t. XX, La Danse Macabre, p. 128-167 ^^ ^^ question est traitée à fond.

— je vous asseure = « n'en croyez rien ».

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