‹ Œuvres. Édition critique avec notices et glossaireChapitre 5 sur 269 · V. 1243. — Archetriclin, qui bien sceustes cet art · texte numérisé non relu

V. 1243. — Archetriclin, qui bien sceustes cet art

ArchetricUn. Ge mot signifie maître d'hôtel (af/i-:(ii/.Àtvûç, en grec). Par une singulière méprise, on crut, durant le moyen âge, que c'était le

nom même du marié des noces de Cana, rapportées dans l'évangile selon saint Jean (II). Pourtant le verset 9 ne prête pas à l'équivoque : « Vocat sponsum architriclinus. . . » — « A Cane Galilée furent faites les noces de Archedeclin, et a celés noces fist Dex de l'eve vin. » Fr. 9082, fol. 344J(xiiie s.).

v. 1244-45. — Tous trois vous pry qii'o vous viieillei perchier L'aine du hou feu iiiaistre Jehan Cotart.

Telle est, pour le premier vers, la leçon des incunables Ye 244 et 247, qu'a suivie Marot, en opposition avec l'unanimité des mss. ACFI qui donnent : que vous vueilleipcrchier (prescber C). Cette dernière leçon est très satisfaisante ; la correction est toutefois plus spirituelle et se trouve implicitement justihcc par le passage suivant d'une facétie bachique très répandue au temps de Villon, et qui semble dater de 1450, environ.

Colin (S' Nicolas), arme nos bacinetz, Aftîn que o toy soions esluz Pour prous et vrays Colinets, Tous ces bons et vrays pionnets Qui sont et qui furent jadis ; Met comme les enfançonnets Avecque toy en paradis.

Aiuen.

Sermon de la Ckoppiuerie, n. acq. fr. 4518, fol. 17. — J'ignore sur quoi s'est fondé Léopold Delisle pour dire que cette pièce a dû être composée à la mort de Charles VIL Serait-ce parce que le ms. contient an début une complainte sur la mort du même roi ? Cf. Catalogtie des niss. des fonds Lihri et Barrois (Paris, 1888, in-8°), p. 262.

Jacques de Cessoles, voulant montrer les effets pernicieux de l'ivresse, écrit ce passage dans son Livre des Eschacs : « Noé quant il fu yvre, il se descouvri honteusement devant son fil. Loth qui estoit si prudomme, quant il fu yvre, il fu avec ses filles. » Fr. 578, fol. ^2^ (traduction de J. Ferron). (La mésaventure de Loth est rapportée dans la Genèse nu chap. XIX ; celle de Xoé au chap. ix, 20 et suiv. de ce même livre). Dans le Diahgus Goliae intcr Aquani et Vinuni, attribué à WalterMapes et publié par Thomas Wright pour la Camdeii Society (Londres, 1841), la même idée est rendue en lourdes rimes à la façon scolastique ; les trois personnages de Villon y figurent :

Potus tuus pestifer, potus est mutatus, Cum fuit ad nuptias Jésus iuvitatus.

Per te Noe femora dormit denudatus, Unde maledicetur irridendo natus.

Per te mundo prodiit partus infamatus, Cum fuit in montibus Loth inebriatus . . .

(p. 90, V. 89-94). Aussi bien Warton qualifie-t-il justement ce poème « a ridiculous pièce of scurrilit}'. » History of english Poetry t. I, p. cxxvi. II n'en est pas moins vrai que ces vers barbares, comme il en existe tant au moyen âge, circulaient parmi les étudiants, dans les Universités d'Europe, sous forme de parodie. Il peut y avoir eu, chez Villon, une réminiscence lointaine de ce Dialogus. C'est ainsi que du « vil plomb », il aura tiré « l'or pur ». La même idée développée par Jacques de Cessoles est résumée en un vers dans le Liber de coiitewph/ vmndi de saint Bernard :

Vinuiii niidavit Noe, sanctnvi Loth maculavit. (Bibl. nat. Rés. C 2176, sig. t.) V. 125 1. — De bien boire oiicqucs iie fut jetart

Qui de pier ne fut onc las.

(Sermon de la Choppinerie, n. acq. fr. 4518, fol. 13). V. 1254. — Comme homme beii qui chancelle et trépigne.

— beUy ivre, drunken (Cotgrave). — Bu du latin butas (dans Isidore de Séville), avec le sens d'« abreuvé », de « rempli » (sur les chantiers. Test., 199). — Surbeu, très ivre. Cf. Du Cauge s. v. sorbillatuui. « Le suppliant qui estoit surbeu, frappa un cop de baston. » Lettres de rémission de 141 7. On trouve aussi « embu « (Villon, P), » embeu » avec le même sens. i< Et aussi estoit il tellement embu de vin qu'il ne savoit bonnement qu'il faisoit. » Fr. 5908, fol. 106 ; fr. 5727, fol. 107. Cf. Du Cange s. v. bevriotus; et Moisy, Dict. du patois normand, s. V. bu.

CXVI. — Villon qui a successivement revêtu le personnage du chevalier et du grand propriétaire foncier, continue ses avatars. Il s'improvise changeur, et charge le jeune Germain de Marie de « gouverner » son change, pourvu qu'il baille à ses clients, français ou étrangers, trois écus, monnaie courante,

contre six brettes targes, monnaie bretonne : deux targes équivalant à un écu ; plus deux angelots, monnaie d'or de la valeur d'un grand ange, contre ce dernier. L'opération traitée par G. de Marie est trop désintéressée pour être vraisemblable. Cela suffit pour nous mettre en défiance. Quel intérêt G. de Marie a-t-il d'agir ainsi, d'autant plus que le dernier vers du huitain nous donne à entendre que le jeune changeur, bien qu'amoureux, est un avare ? Ce trait nous met sur la voie pour comprendre les vers de Villon. Celui-ci, selon son habitude, joue sur le sens des mots et nous découvre sous ce manieur d'argent sans générosité, un usurier endurci.

v. 1266. — Item, vueil que le jeune Marie...

— Merle FI ; Germain de Merle A . — Germain de Marie était changeur à Paris dés octobre 1457 (Champion, t. II, p. 342) : Villon, en 1461, lui « commet » son change; rien de plus naturel. Le 2 novembre 1475, Jelian Clcrebourg et Germain Braque, généraux dez monnaies, a3'ant été cassés « pour les faultes, abuz et decepcions par eulx faites et accomplies » (fr. 10187, fol. 75 v", Registre de Doriole) « avoient esté créez en leur lieu » quatre autres généraux maîtres des monnaies parmi lesquels figurait Germain de Marie '(Ibid .); et publication de l'ordonnance en avait été faite à Paris, le 25 décembre suivant {Chronique scandaleuse, t. II, p. i). M. Bijvanck voit une corrélation entre ces deux faits absolument distincts, et il en conclut que la copie de A doit être postérieure à 1475 (Essai, p. 69-70). Le copiste de A s'est permis la correction Germain au lieu de le jeune, sans doute pour éviter toute équivoque chez le lecteur ; mais cette correction, d'ailleurs inopportune, n'engage que lui et n'a, en tout cas, aucune conséquence sur la date du manuscrit. L'orthographe exacte est Marle, donnée par C, c'est donc la leçon à suivre. La forme Merle est donnée par les autres mss., par la Chronique scandaleuse (t. II, p. 1), et d'autres sources ; mais c'est là une graphie phonétique. « Germain de Marie, changeur et bourgois de Paris » à la date du 5 décembre 1467, dans Ciairambauit 764, p. 18 ; « Germain de Marie » à la date du 15 novembre 1488 (Ibid.), p. 372; et aussi « G. de Merle ». Cf. la Table.

v. 1268. — Car de changier envys me inesle.

a Car c'est malgré moi que je me mêle de ciiange. » Gaston Paris

remarque justement, à propos de ce passage, et en parlant de Villon : « Il lui arrive d'oublier qu'il fait un testament : comme le change des monnaies, constante difficulté des transactions d'alors, était une préoccupation sérieuse pour les possesseurs de grandes fortunes, il se décharge du sien sur un autre, ce qui n'est pas l'acte d'un moribond. » Fr. Villon, p. 151 .

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