‹ Œuvres. Édition critique avec notices et glossaireChapitre 61 sur 269 · V. 1505. — Petit enfant, fay oy recorder · texte numérisé non relu

V. 1505. — Petit enfant, fay oy recorder

— ouir recorder, locution. « J'ay oy recorder que nus n'en y avoit eschapee. » Joinville, Vie de S . Louis, p. 66. — « Vous avés bien ci dessus oy recorder sus quel estât li signeur de l'Empire se partirent. » Froissart, Chronique (édit. Luce), t. I, p. 156. — « Ainssy que aux decretz est escript qui dient ainssy comme j'ay oy recorder. » Roman de

J Saintrè, n. acq. fr. 10057, fol- 'S, elc. — Pour goûter pleinement tout

l'esprit de la ballade de Villon il faut avoir sous les yeux le petit poème de Philippe de Vitri qui est donné ci-dessous d'après l'incunable de Paris, M CCCC LXXX (Bibl. nat. Rés. Ye 1091) :

Soubz feuille vert, sur herbe delictable,

Sur ruv bruyant et sur clere fontaine,

Trouvav fichée une borde portable.

Ilec mengoit Gontier et dame Helaine

Fres fromaigot, lait, burre, fromaigee,

Craime, maton, prune, nois, pomme, poire,

Civot, oingnon, escaloingne froyee

Sur crouste bise, aif gros sel, pour mieulx boire.

Au gourmer burent ; et oisillon harpoient

Pour resbaudir et le dru et la drue

Qui par amours depuis s'entrebaisoient,

Et bouche et nez, polie et barbue.

Quant orent prins des doulz mes de nature,

Tantost Gontier, haiche au col, ou bois entre

Et dame Helaine si met toute sa cure

A ce buer qui couvre dos et ventre.

J'oy Gontier, en abatant son arbre

Dieu mercier de sa vie seùre.

« Ne sçay » dist il, « que sont pillier de marbre,

Pommeaux luisans, murs vestus de painture :

Je n'ay poour de traison tissue

Soubz beau semblant, ne qu'empoisonné soye

En vaisseau d'or : je n'ay la teste nue

Devant tirant, ne genoil qui se ployé.

Verge d'uissier jamais ne me déboute.

Car jusques la ne mesprent convoitise, Ambicion, ne lescherie gloute.

Labour me paist en joyeuse franchise ; J'aim dame Helaine, et elle moy sans faille. Et c'est assez. De tombel n'avons cure. Lor dis : helas ! serf de court ne vault maille, Mais franc Gontier, vault en or jame pure . »

Montaiglon en publiant dans son Recueil des poésies franc.. . (t. X) le Banquet du Boys l'a accompagné de la pastorale de Philippe de Vitri, de la réplique de Pierre d'Ailli et de la traduction latine de ces deux pièces par Nicolas de Clamanges, mort en 1437 (p. 193 et suiv.). M. Piaget a donné une édition critique de ces deux textes français dans la Romania, 1898, p. 61-65. Aux mss. par lui cités, on peut ajouter le lat. 6707 (fol. 193-195, finduxv^s.), et le fr. 925, fol. 136 r". Cf., à ce propos, mon éJit. de Gaguin, Epislole etorationes, t. II, p. 201, n. i (p. 201-205).

CXXXIV. — Villon, sans transition, se reporte à M"« de Bruyères, une vieille connaissance à lui, la propriétaire de l'hôtel du Pet au Deable dont il s'était constitué l'Homère bourgeois. A cette « salutiste anticipée » (G. Paris) il donne, ainsi qu'à ses « bachelières » mission de prêcher les filles d'une moralité douteuse, « mais que ce soit hors cymetieres », comme, par exemple, au Marcbié au filé.

V. 1 507-1 508. — lle7}i, pour ce que scet sa Bible Ma damoiselU de Bruieres . ..

— Bible. Ce mot se prononçait bile, et par suite, rime correctement avec Evangile. C donne Bille; F Bile, mss. vraisemblablement dictés, et où la graphie est très souvent conforme à la prononciation. Peut-être Villon, avec son goût inné pour l'équivoque, veut-il faire allusion, en même temps, au caractère irascible et procédurier de M^^ de Bruyères, alors âgée de soixante-seize ans, et qui prêtait quelque peu à la satire. Elle était fort riche, la bonne demoiselle, et non moins dévote ; et entretenait d'excellents rapports avec les beaux pères carmes de la place Maubert, de même qu'avec Gérard Machet, l'ex-confesseur du roi Charles VII, qui l'appelait sa « commère ». Lat. 8577, fol. 44 v», et Champion, t. I, p. 278 et notes.

— Madamoiselle de Bruieres. Telle est la graphie de / contre CF qui donnent Bruyères, graphie qu'on ne trouve presque jamais dans les nombreux documents contemporains où figure cette dernière, mais où on lit Bruieres. Arch. nat. MM 135, fol. 49, et les citations faites par Longnon, Etude biogr., sous ce nom.

v. 1 509. — Donne preschicr lors F Evangile.

Telle est la leçon de A contre les autres sources qui donnent hors. IS Evangile est l'ensemble des livres qui contiennent la vie et la doctrine

François Villon. — III. Ç

de Jésus-Christ, et dont la réunion forme le Nouveau Testament, lequel, à son tour, avec V Ancien Testament, constitue la Bible. M"e de Bruyères sait sa Bible; par suite, elle est toute désignée pour prêcher l'Évangile, ce code de la morale chrétienne par excellence. Lors, en ce cas, serait la conséquence de sa connaissance de la Bible : « C'est parce qu'elle sait sa Bible, dit Villon, que je lui donne mission de prêcher l'Évangile. » — L'assonnance des adverbes lors et hors (y. 1 5 15) les fait souvent réunir dans la même phrase. « Maistre Robert de la Porte estoit lors absent et hors de Paris. » Interrogatoire de Guy Taharie (22 juillet 1458), dans Longnon, Étude biograp., p. 167.

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