V. 1523. — De 1res beau parler tiennent chateres
On ne s'explique pas que La Monnoye (si toutefois son texte a été reproduit exactement) ait écrit cliaires, alors que C lui donnait l'excellente graphie chayeres, du lat. catJiedra, siège élevé d'où l'on parle. « Par defaute de preudome assiet on fol en chaiere. » Proverbe du temps de saint Louis, — « Lequel se leva de sa chaiere et getta jus sa robe ». Fr. 180, fol. Lxxa. — « La taverne de la Chayere a Petit Pont. » Interrogatoire de Guy Tabarie{22 juillet 1458), dans Longnon, fe édit., p. lxviii, etc. — Villon, qui écrit de verve et sur ses souvenirs, fait peut-être ici allusion à un passage du Livre des quatre Dames de Christine de Pisan où cette dernière rapporte le cas de la fille du célèbre canoniste Giovanni d'Andréa, de Bologne qu'il fait napolitain (Filippo Villani l'avait bien fait florentin !) Cf. Tiraboschi, Storia délia letteratura italiana (Milan, 1823), t. V, part. 11, p. 522 et suiv., qui entre dans de grands détails, et cite le texte de Christine de Pisan. «Pareillement, a parler de plus nouveau temps sans quérir les anciennes ystoires, Jehan Andry, sollennel canoniste a Bouloigne la Grasse, n'a pas Ix ans, n'estoit pas d'opinion que mal fust que femmes sussent lettres, quant a sa bonne et belle fille qu'il ama tant, nommée Nouvelle, fist apprendre lettres. Et si avant, que, quant il estoit occupé d'aucune besoigne par quoy il ne povoit vacquer a lire a ses escoliers, i! v envoioit Nouvelle, sa fille, lire en chaiere. Et affin que la beauté d'elle n'empeschast la pensée des escoutans, elle avoit une petite courtine devant son visaige. Et, par celle manière, elle aucunesfois allegeoit les occupacions de son père. Lequel l'ama tant, que, pour mettre le nom d'elle en mémoire, fit une table en la lecture de Decretz qu'il nomma du nom de sa fille La Nouvelle. » Fr. 608, fol. 85b.
v. 1525. — El son très bonnes caquetieres.
Ce vers, de même que le refrain : // n'est bon bec... ont dû frapper La Fontaine qui en a forgé l'expression « caquet bon-bec », la même qu'on lit dans la fable L'Aigle et la Pie : « Caquet bon-bec alors de jaser au plus dru » (liv. Xll, fabl. xi, v. 12); et quelques vers plus loin : « Caquet bon-bec ma mie (v. 21). » On sait l'amour que La Fontaine portait aux poésies de Villon (cf. ce qu'en dit le P. Du Cerceau, dans le F. Villon de G. Paris, p. 183) ; et il est vraisemblable que c'est à ce dernier qu'il est redevable de cette création, et non à la Comédie des
Prm'erhes (1638) où on la trouve également et que le croyait Régnier, l'éditeur des Œuvres complètes de La Fontaine (Collect. des Grands Écrivains de la France), t. III, p. 244, n. 7. — On relève les expressions « avoir bon bec », « caqueter » dans Le Doctrinal de court de Pierre Michault, mais cet ouvrage n'a été composé qu'en 1466 :
La femme doit avoir, par ce, bon bec.
Et en parler estre fort expressive ; Car caqueter sans fons, sans bort, sans rive. Doivent estre ses advis principaulx.
Fr. 1655, fol. 41.