V. 1574. — Qui se perdent aux Jacopins
Il y a là, de la part de Villon, une incise intentionnelle. Le sens est :
4l8 FRANÇOIS VILLON
« Grand bien leur fissent mains lopins qui se perdent. » En intercalant le vers Aux povres filles..., on peut également croire que ce sont ces dernières qui se perdent aux Jacobins. L'équivoque est certainement voulue, et la plaisanterie, ainsi ménagée, n'en atteint que mieux son but. — On lit dans une traduction française de V Anticlaudianus d'Alain de Lille (en vers) le passage suivant :
Les Cordeliers sont une gent
Qui bons lopins vont pourquerant,
Et n'ont cure de vin sauvaige,
Quant il sont chiés les bonnes gent
Et habergiez a leur talent...
Les Cordeliers, les Jacobins
Sont plus chaus d'avoir les bons vins
Que n'est malade de santé. (Fr. 1 149, fol. Sç^-b.)
Ces vers se retrouvent textuellement dans le Livre de Mandevie de Jean Dupin (f 1372), fr. 514, fol. 94J {sur Testât des Mendians).
Jacobines et Jacobins
En mengerent de gras lopins...
Chronique riniée attribuée à Geoffroi de Paris ; dans le Recueil des Historiens des Gaules et de la France, t. XXXII, p. 155, v. 6825-6826.
Ces derniers vers qui figurent dans cette chronique datant des premières années du xiii^ siècle, se retrouvent dans les Enseignetuens contre les pecheirnorteli, composés au xv^ siècle. Fr. 105 1, fol. 7b. — A remarquer que ce huitain CXXXVIII est réuni, par le sens, au huitain suivant : aussi y a-t-il lieu de mettre une virgule après le vers 1574, et un point et virgule après le vers 1575 du huitain CXXXIX. C'est là une exception dont on trouve d'ailleurs des exemples. Cf. plus haut (Test.) le vers 516, terminé par des points suspensifs, et le vers 517 du huitain suivant, terminé par un point d'exclamation. De même le vers 1943 du Test, et qui se continue au huitain CLXXI suivant.
CXXXIX. — Alors que les Jacobins, les Célestins et les Chartreux tout en menant « vie estroite » abondent en tous biens, les pauvres filles — elles — en sont à ce point sevrées qu'elles en viennent à blasphémer; mais, elles sont si malheureuses, qu'on ne peut vraiment croire qu'elles en seront damnées.
V. 1575-1577. — ^iix Celeslins et aux Chartreux; Quoy que vie iiiainent estroite, Si ont il:( largement entre eulx...
Ce passage rappelle les beaux vers du Roman de Fauvel :
Il sont povres gens plains d'avoir, Tout lessent, tout veulent avoir, Hors du monde ont mondaine cure !
(Édit. Arthur LSngfors, Soc. des anc. Textes franc. (1914-1919), p. 35, V. 876-878.)