V. 1 580. — Et Ysaheau qui dit : « Enné
Enné ! « est juron de filles » écrit Marot, et même juron blasphématoire, comme il ressort du dernier vers du huitain. — Vitu a supposé que cette Ysabeau qui dit « enné! » était la même qui est mentionnée dans les deux lettres de rémission de janvier 1456, concernant Villon. Notice sur Fr. Villon (1873), p. 47.. On n'a aucune raison pour révoquer en doute l'interprétation de Marot, bien que, dans tous les exemples où intervient ce mot, il apparaisse surtout, soit comme une interjection affirmative correspondant à « par ma foi », «assurément», soit à une formule d'interrogation « est-ce que ? », « n'est-ce pas? ». De nombreux exemples, avec cette dernière acception, se rencontrent dans Aucassin et Kicolette (édit. Suchier, 5e édit., Paderborn, 1903), p. 13, ligne 48 ; p. 14, 1. 73 ; p. 25, 1. 10; p. 35, 1. 12. Dans la Farce moralisée a quatre personnaiges, le mot ^«»t:' semble être une interjection dans le sens que lui prête Marot :
Que pensés vous, commère? Enné !
Le péché est tout pardonné
Quand on ne le fait qu'en cachettes !
E. Picot et Ch. Nyrop, Nonv. Recueil de Farces...,^. 131, v. 230-233. Cf. Remania, t. X (1881), p. 284. — i;««e, dans ce dernier cas, peut également signifier : « N'est-il pas vrai? » « pour sûr » comme dans le parler populaire actuel. Cf. les exemples réunis par Godêfroy.
V, 1582. — A paine cii serait on dampnè.
Villon semble, dans cet — « en serait an », se solidariser avec ces paires filles ; car il a dû lui arriver — à lui aussi — dans des moments de désespoir, de blasphémer contre son destin. On peut rapprocher de ces deux huitains CXXXVIII-CXXXIX le passage suivant du Roman de Fauvel, très connu au temps de Villon, et que celui-ci s'était peut-être rappelé lorsqu'il écrivait :
As Mendians vuil commenchier.
Saint François et Saint Dominique
Deis ordres commenceirent si que
Fondeies fussent sus poverte :
Sans terres et possessions
Doivent ces deux religions
Vivre humblement, c'est chose aperte.
Mes Fauvel, le roy de fallace,
Lour a fait especial grâce
Pour ce que de Placebo chantent :
Moût se painent au monde plere
Et de filles vers euls atrere.
Qui les visitent et les hantent...
Le Raïuaii de Fauvel par Gervais du Bus, publ. d'après tous les mss. connus par Arthur Lângfors, p. 34, v. 846 et suivants. — Ce huitain et le précédent sont rédigés sur un ton demi-plaisant. II est curieux de mettre en parallèle ce que, dans un style plein de sérieux et de grandeur (toute part faite, bien entendu, à la diversité du temps et des personnes mises en scène), Bossuet dit en parlant des pauvres : l'idée, au fond, est la même : « Quelle injustice que les pauvres portent tout le fardeau, et que tout le poids des misères aille fondre sur leurs épaules ! S'ils s'en plaignent et s'ils en murmurent contre la providence divine. Seigneur, permettez-moi de le dire, c'est avec quelque couleur de justice... » Sermon sur Véminente dignilc des pauvres dans V Eglise.
CXL. — Le souvenir de ces « povres filles » rappelle à Villon la Grosse Margot, misérable créature, l'ignoble ribaude dont il fut quelque temps le souteneur : il lui dédie une ballade cynique, imitation d'une « sote balade », mais qui n'atténue en rien son caractère de réalité vécue.