V. 1628-50. — Item, a Marion VYdolh
Fa la Grant Jehannede Bretaigne Donne tenir publique escolle...
— tenir escolle, locution. « Aux nienestreux de nos grans seigneurs du royaulme de France et d'aultres pays qui tinrent leurs escolles au dit Beauvais.» Compte de l'année 1385, cité par L. Gautier, L«5 f/^opéesfranç.,i.U,p. 176, n.i. — (Cf. plus haut: tenir chaieres, Test. 1523.) C'est sans raison qu'on a vu une corrélation entre l'école publique de prostitution tenue par Marion l'YdoUe et la Grant Jehanne de Bretagne, et
les conseils moraux donnés dans VEinhusche vaillant qui s'appelle aussi Le Débat de deux femes (fr. 2230, fol. 211 ro ; fr. 226^, fol. 127 ; fr. 25553, fol. 28 ; fr. 1642, fol. 384, etc.) par une sœur cadette à son aînée. A cette dernière qui prétend qu'une femme doit avoir à la fois six et même huit galants, la cadette réplique qu'un seul ami suffît, et remontre à sa sœur qu'elle a grand tort de se laisser « baiser et toucher s par les jeunes gens qui lui font la cour « toutes choses, ma seur.
Dont vous perdez los et renon.
(fr. 2230, fol. 225 v.)
Vous vous souffrez par eulx baiser
Et toucher, qui n'est pas licite.
Car s'ilz estoient lors appaisez.
De rechief vostre amour les cite ;
Pour ce, ma seur, je vous recite
Le faulx baiser que Judas Hst ;
Il est raison que je m'acquicte.
Souvent tel baise quitrayst... (fol. 225 vo.)
L'auteur qui s'était « embusché « pour saisir leur conversation, la rapporte dans le présent poème :
Près m'embusché tant que j'ouy Lors la maistresse des escolles D'Amours, dont fuz fort esjouy, Car d'amer lors j'estoie es colles :
Mais d'elle sceu plusieurs parolles...
(fol. 211 vo, revu sur fr. 1642.)
(Maistresse des escolles d'aniotu-s, est ici une périphrase pour désigner l'aînée des deux sœurs, et rien de plus.) On le voit, ce dialogue fort peu récréatif, n'a rieta à voir avec les écoles de Marion l'Ydolle. — De même, on a relevé une observation recueiUie par Sauvai dans des notes qu'il avait hâtivement réunies sans les critiquer (Bibl, nat. Baluze 213, fol. 16 v°) pour attribuer à l'époque de Villon une imputation concernant les écoles de Paris au xiii^ siècle, et formulée par Jacques de Vitri mort en 1240 ! On sait que ce dernier nourrissait de fortes préventions contre les séculiers et qu'il ne leur ménageait point les reproches. Déplorant la corruption des mœurs des étudiants de VAlma Mater qui était alors plus particulièrement sous la coupe de la Faculté de théologie, Jacques de Vitri assure que la prostitution voisinait avec la science, et que dans les maisons des étudiants, on donnait aux étages supérieurs des leçons
de théologie, et, en bas, de débauche. Mais il n'y a aucune raison pour que ce qui pouvait être vrai au xiii^ siècle, le fût nécessairement au xve. Cf. VHist. litt. de la France, t. XVIII, p. 254 ; et Champion, t. 1, p. III.
V. 1632-163 3. — Lieu n^ est ou ce viarchié se tiengne, Si noua la gtiisle de Mehun.
Ces deux vers, dont le sens est si clair, ont embarrassé un commentateur. A les prendre au pied de la lettre, ils signifient « II n'est lieu où se tienne ce marché », c'est-à-dire, « ce marché ne se tient nulle part, sinon... «Mais Villon plaisante; il faut prendre le premier vers par antiphrase, on a alors le sens exact de sa pensée. « Ce marché se tient partout, si ce n'est à la prison de Meun. » Le scribe de A, n'ayant pas saisi l'ironie du passage, mais d'autre part, voulant faire prévaloir cette dernière interprétation et éviter toute équivoque, n'a pas hésité à mettre ne tiengne ; et, pour que le vers fût correct, il a supprimé ce devant viarchié.
Lien n'est ou viarchié ne se tiengne.
C'est là, du reste, un thème banal qu'on retrouve chez les sermonnaires du temps (chez Maillard, en particulier) et dans les ouvrages de morale. « Scipion, le noble chevalier,. haï tant le pechié, qu'il defendi en son pais bordeaux et tous lieux deshonnestes ; mais pitié est que tout le monde est plain de lieux a telz usages. » Le Livre des bonnes meurs, fr. 955, fol. 18 vo.
v. 1634. — De quoy jedis : i( Fy de l'oiseigne! »
Dans les rues, au moyen âge, les maisons n'étaient pas numérotées comme elles le sont de nos jours : c'étaient les enseignes qui les distinguaient les unes des autres et qui indiquaient en même temps, à l'occasion, la profession de leurs habitants. » Puisque, dit Villon, ce marché se tient partout, excepté à la grille de Meun, il n'est pas besoin de désigner particulièrement les lieux où il se tient, donc, fi de l'enseigne! à bas l'enseigne ! »
CXLII. — Toujours par rassociation des idées, Villon se reporte aux incidents de sa vie passée et revoit, dans ses souvenirs, la correction qu'il avait reçue avec la complicité de cette perfide Catherine de Vatiselles et d'un ami félon, Noël
Jolis. Aussi donne-t-il à ce dernier une poignée d'osiers frais cueillis pour que maître Henri, le bourreau, lui en applique — à son tour — deux cent vingts coups.