‹ Œuvres. Édition critique avec notices et glossaireChapitre 91 sur 269 · V. 1648. — Cbasciin leur envoyé leurs os · texte numérisé non relu

V. 1648. — Cbasciin leur envoyé leurs os

Au Mariaige des quatre Fili Hemon « le relief de la table des noces » fut mis en trois corbeillons pour être donné aux Quinze-Vingts, comme c'était la coutume. Il y avait quelquefois des exceptions. Cf. Le Menagier de Paris (t. II, p. 117-118) relativement à « la desserte des mets » d'un repas de noces. — Lors du banquet offert aux Parisiens par le jeune roi d'Angleterre,Henri VI, à l'occasion de son sacre (26 décembre 143 1), « les malades de l'Ostel Dieu disoient que oncques si pouvre ne si nu relief de tout bien ilz ne virent a Paris. » Jourval d'un bourgeois de Paris, p. 278, § 594. — Sauvai, parlant des repas d'apparat des rois, soit à leur entrée dans leur capitale, soit à leur avènement à la couronne, soit après leur mariage et leur couronnement, écrit : « Je rapporte ici pour faire voir que les pauvres malades de l'Hostel Dieu se ressentirent de ces fêtes, et que peut être leur portoit on toujours, ou d'ordinaire, les restes des tables. » {Antiquité^, t. II, p. 645).— L'hypothèse de Sauvai, indépendamment d'autres sources (Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. VII (1844), p. 221), trouve sa confirmation dans les vers de Villon.

v. 1649. — Les Mendians ont eu mon ovc.

Nulle part Villon ne dit avoir donné « son oie » aux Mendiants. Par suite, ce vers a une signification plus large, et répond à : « j'ai donné aux Mendiants cbappons et grasses gelines (Lais 2')2); les pauvres gens en auront les os, la carcasse. » Si Villon emploie le mot oye, c'est que ce dernier exprimait alors le mets réputé pour son excellence, en même temps qu'il fournit à ce même Villon l'occasion de faire un jeu de mots, suivant une habitude qui lui est chère. Quant à voir dans le vers Les Mendians ont en mon oye une allusion au vers de Pathelin : « Et si mangerez de mon oye » (v. 300) comme le supposait Schwob (Remania, t. XXX (1901), p. 392), ce qui fixerait la composition de cette pièce à une date antérieure à 1461, c'est là une hypothèse que rien ne

vient justifier. — Il en est de cette oye de Villon comme de celle qu'il avait laissée « en pur don » à Jacques Cardon, son ami : Et tons les jours une grasse oye (Lais 125). — « Manger de l'oie » est d'ailleurs une plaisanterie qui remonte au moins au xiiic siècle. Dans le fableau L'Evêque et le Prêtre (ms. de Berne 354), l'évèque défend au prêtre — par pénitence, pour ce qu'il gardait une femme avec lui — de boire du vin. Le prêtre, de retour chez lui, ledit à son amie qu lui repart : « Obéissez. N'en buvez pas, mais humez le. » L'évèque, informé du fait, appelle près de lui le prêtre ;

Le prouvaire tantost manda, Si lui deffant que il gardast Que jamais d'oie ne manjast.

Tant con sa feme aust o lui.

Le prêtre, de retour chez lui,

A sa famé tôt raconta Com il a les oes perdues :

L'evesques li a deffendues .

<(. Dame, fait il, juré li ai, Jamais d'oe ne mangerai !

La femme de lui dire :

Par foi, vos manjeroiz des jars A planté, qui que s'an repante.

Car vous en avez plus de .xxx...

Ms. de Berne 554, fol. 88 vo : publiée sous le titre de The Bishop and the Priest, par Thomas Wright, Anecdota literaria (Londres, 1844, in-80), p. 689.

v. 165 1. — A menue gent menue monnoye.

Les Cordeliers s'appelaient aussi « Frères menus » et « Frères mineurs ».

Menor sont apelés li Frère de la corde...

(Rustebeuf, Li Di^ des Cordeliers, p. 60, v. 29.)

Et li Frère menu. (/rf., desOrdres, p. 56, v. 19.)

— menue gent et menue monnaie étaient deux expressions courantes ; la dernière existe encore. « Autre don [d'argent] a menues gens. »

Formulaire de chancellerie, fr. 6022, fol. 77 ro (xve s.). — Menue, au féminin, comptait ordinairement pour trois syllabes :

Par la menue gent qu'il plument par ces cors.

Le Teslanient de J. de Menu (t. IV, p. 32, v. 650).

CXLIV. — L'Hôtel-Dieu dont il vient de parler rappelle à Villon que son barbier, Colin Galerne, résidait non loin delà. Marguillier de Saint-Germain-le-Vieux, dans la Cité, il était proche voisin d'Angelot Baugis, l'herbier (l'herboriste) qui habitait la dite paroisse. Villon laisse à Galerne un glaçon pour le mettre sur son estomac, durant l'hiver. Une bonne fluxion de poitrine l'empêchera ainsi de voir l'été.

V. 1652-63. — Item, je donne a mon barbier Oui se nomme Colin Galerne...

Villon équivoque sur le nom de « Galerne » qui signifie aussi vent de nord-ouest, vent froid. Le legs est à l'avenant et ne témoigne pas d'une chaude sympathie de la part du donateur ; ce qui laisse à penser que Villon avait de sérieux griefs — que nous ignorons — contre ledit barbier. Ce Galerne était lettré à ses heures, et trouvait le temps, entre deux barbes, de copier des poésies. C'est ainsi que la Bibliothèque nationale possède un ms. des Vieilles des mors composées par niaistre Pierre de Nesson (fr. 1889, fol. 107), transcrit par N. Galerne dont il porte, à la fin, la signature (fol. 147 vo). Une Requeste de P. de Nesson à la Vierge, est également copiée de la main du même barbier (fol. 148 et suiv.). — En 1505, un barbier, Pierre de Cerisay, dit Galerne, exercera dans une maison à l'enseigne du Lion d'Or, porte Baudoyer, rue de la Vieille Tissanderie. Cf. Coyecque, UHâtel-Dieu de Paris au moyen dge,\.. I, p. 243.

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