XVI NOTICE
il sera dit que l'on nous refusera l'entrée. Nous sçavons ce que c'est des lieux (ce croy-je) : avez-vous délibéré percer la Chambre afin que vostre soleil donnast dedans, présumant que vous esbaudiriez tout le nuage et air corrompu, qui la rendoit mal propre à estre fréquentée. Le maistre di casa l'a voulu, son dam! Il luy faut secouer la poussière de vos souliers : l'homme de Chambre aura la peine de la balier. Race ingrate et mecognoissante! « Le seigneur de Cholières fut tellement charmé de cette boutade que le sieur Valentin avait osé se permettre contre un cardinal, à la faveur d'un jeu de mots inattaquable, sinon irréprochable, qu'il se plut à répéter le même jeu de mots dans la préface des Après- Disnces, où il use et abuse de la liberté de se moquer de la Chambre en parlant de monseigneur de Vendôme, qu'il traite comme un petit écolier. « Quelques traits, dit-il en faisant allusion à la mésaventure de ses Matinées, quelques traits furent jetiez qui descouvrirent ce qu'il y avoit de l'ordure en la Chambre, et que l'alliage estoit empesché, parce qu'estant de bas or, il craignoit la touche. » Éclairé et averti par ce qui s'était passé au sujet de la dédicace des Matinées, le seigneur de Cholières s'abstint de placer ses Après-Disnées sous les auspices d'un grand seigneur, et ne dédia ce second recueil à personne pour ne pas se créer de nouveaux ennuis. Plus tard, mieux convaincu que jamais du danger et de l'inutilité des dédicaces adressées à des prélats ou à des gens de cour, il dédia plaisamment sa Guerre des masles contre les femelles à un être de raison qui, dans aucun cas, ne pouvait lui nuire, « à madamoiselle Penthesilée de Malencorne, infante d'Inebile, dame de la Croulée, la Houssée, etc. »
La dédicace des Matinées n'est pourtant pas aussi nsignifiante que le sont la plupart des dédicaces : elle nous apprend les circonstances particulières dans les-
SUR CHOLIERES XVII
quelles le seigneur de Cholières a composé son livre, en recueillant « plusieurs gentilles conférences, dit-il, que j'ay eu avec quelques miens amys, lesquels, ayant senty que j'avoispris l'air, par l'advis du médecin, pour descharger mon cerveau des mornes solitudes qui me chagrinoient, se vouèrent à courir mesme fortune que moy. » Dans cette dédicace, il y a un terme de Palais qui pourrait faire croire que le seigneur de Cholières appartenait au barreau ou à la magistrature, quand il dit : « Les relevées ne m'estoient pas libres. » Il semble vouloir dire que les audiences de l'après-midi l'appelaient tous les jours au tribunal, soit comme magistrat, soit comme avocat; mais, quand on le voit ensuite reporter des matinées aux après-dînées les conférences de ses amis, qu'il présidait sans se préoccuper des relevées, on est bien forcé d'en conclure qu'il avait alors quitté le Palais, par suite d'une maladie incurable ou par retrait d'emploi. Il s'applaudissait pourtant, dans sa dédicace à Louis de la Chambre, d'avoir trouvé le moyen de se distraire en philosophant avec des amis qui, « par un millier d'esbats «, essayaient de lui dérober le souvenir de sa douleur. « Voila, ajoute-t il, comment la retraite que je fis aux champs fit renaistre, comme de nouveau, en ce pays (c'est-à-dire en Touraine ou en Vendômois), le tant renommé Lycée. Or, le nombre de neuf (matinées) quMcy j'ay retenu n'est sans mystère : c'a esté comme une neufvaine qui m'a guéry de mes douleurs et m'a rendu contant à merveilles. A peine fusmes-nous sur la dernière que me voilà gay, dispos et sans aucune douleur. »
Le seigneur de Cholières, dans son épitre Aux Liseurs, en tête des Après-Disnées, revient en ces termes sur l'établissement du nouveau lycée où les Matinées avaient pris naissance. « L'occasion de cette assemblée, dit-il, fut que, pour ramentevoir la convalescence qui m'estoit