‹ Œuvres. Édition préparéeChapitre 11 sur 43 · XVIII NOTICE · texte numérisé non relu

XVIII NOTICE

d'en haut eschue par le moyen de ma première Neufvaine [les Neuf Matinées), que je vous ay cy devant communiqué, de jour en jour la plus grand part de mes amis venoient me visiter pour me congratuler de l'heureux recouvrement que j'avois fait. Les entrevues n'eurent pas duré deux jours que l'on mit sur le bureau la question si l'on pouvoit s'escrimer par conférence. « Les conférences reprirent alors; mais, comme « les matinées dévoient estre employées en affaires sérieuses », on consacra les après-dînées à ces causeries divertissantes. « Nous sommes François, dit à ce sujet le président de l'assemblée, qui devint une sorte d'académie ; nos humeurs sont françoises; nos Apres-Disnées ont été bâties à la françoise. » Cholières, qui encourageait souvent les entreparleurs à se souvenir de son axiome favori : Lœtari et beni vivcrc, dirigeait la conférence en ne prenant la parole que pour maintenir ses droits de président. « En ces Apres-Disnées, dit-il (p. 192 de notre édition), non plus qu'aux Matinées^ j'eus l'honneur de présider, pour balancer d'une part et d'autre les opinions contraires. » On ne s'explique pas pourquoi les entreparleurs des Matinées n'ont pas les mêmes noms que ceux des Après-Disnées. Ces entreparleurs ne sont pas certainement des personnages imaginaires, et il ne serait peut-être pas impossible de soulever les masques dont Cholières s'est efforcé de couvrir des visages qui devaient être assez connus en Touraine ou dans le Vendômois. On peut même attribuer en partie le bruit que firent les Matinées à la recherche et à la découverte de quelques personnalités honorables que l'auteur croyait avoir bien déguisées sous des anagrammes et des noms d'emprunt. « Afin que le liseur ne se mesprenne, dit-il (p. 126 de notre édition), je le veux advertir de la qualité que j'ay fait prendre à chacun de ces quatre entreparleurs. Le docteur juriste est celuy que je veux nommer, par un nom couvert,

SUR CHOLIERES XIX

Margûire; le médecin, je l'ay déguisé sous le nom d'un Lemongrand; au maistre operateur j'ay donné le nom de Tourrinel. Ne reste plus que messire Brancasse, auquel je fais tenir le rang d'empirique. Plusieurs se travailleront beaucoup pour avoir le secret voilé sous ces noms, et forgeront des interprétations auxquelles je ne pensis onques. J'eusse certainement dit les vrais noms à descouvert, mais par adventure que cela n'eust agréé à un chascun. Toutesfois, ceux qui auront de bonnes lunettes, s'ils veulent regarder un peu attentivement, pourront bien esclairer la vérité et donner droit dans la visière; mais, s'ils me croyent, qu'ils ne s'amusent point tant aux personnes : ils auront plus de plaisir et contentement de sonder le fonds et escouter ce qui y est disputé et débattu. » Le seigneur de Cholières ne fut donc indiscret qu'à moitié, et ses amis des Matinées purent le taxer d'imprudence s'ils furent mis en cause et vivement blâmés d'avoir eu la langue trop libre, lorsque le cardinal Louis de la Chambre désavoua hautement la dédicace qu'on lui avait adressée sans son autorisation. « Ma muse avoit esclos le frère de ces Apres-Disnées, dit l'auteur dans la préface de cet ouvrage; son nom ne peut estre ramenteu : son perrain a esté si vilain que, pour s'exempter de quelques honnestetez, il a desavoué son filleu. ;)

Nous n'essayerons donc pas de démontrer que le médecin Lemongrand n'est autre que le docteur angevin Bretonnayau, qui exerçait à Loches, et dont Cholières cite avec admiration les poèmes médicaux et philosophiques; nous ne rechercherons pas même si le docteur juriste Margaire n'est pas celui qui a signé l. D. C. un sonnet sur les Matinées, et que Cholières appelle son singulier et ancien anti. Il nous paraît assez inutile d'établir ici l'état civil des entreparleurs des Matinées et de retrouver les véritables noms du sieur Roderic, du seigneur

Page 1