‹ Œuvres. Édition préparéeChapitre 9 sur 43 · XIV NOTICE · texte numérisé non relu

XIV NOTICE

motifs réels de cette espèce de coalition qui s'était formée tout à coup contre l'ouvrage du seigneur de Cholières; il relève toutefois la principale critique dont cet ouvrage avait été l'objet en rappelant que, suivant certains sots barbets, le seigneur de Cholières s'était a émancipé à une liberté grande et voire telle que plusieurs aureilles s'en scandalisent». Et ce sont ceux qui se scandalisaient pour si peu que le sieur Valentin qualifie de questeurs de bons morceaux, pedans à haute game, flaire-musette, dessalez, fripons, galoches, etc. Cependant il laisse entendre que le livre suspect ou condamné ne pouvait pas être réimprimé sans danger pour l'auteur. « J'ay peur, dit-il , qu'avant que permettre qu'on remette sur la presse vos Neuf Matinées prissiez la poste pour les galoper en diable et demy. » Et pourtant le livre fut réimprimé l'année suivante, et cette seconde édition, presque conforme à la première, ne donna lieu à aucune fâcheuse représaille, judiciaire ou autre, à l'égard de l'auteur ou de son libraire. Sans doute, on pouvait reprocher au seigneur de Cholières d'avoir blessé l'honnêteté dans plusieurs chapitres de ses Matinées, et de n'avoir pas épargné, en différents passages, les détails et les expressions obscènes; mais on n'était pas si délicat et si réservé, à cette époque, qu'on se fît faute d'appeler les choses par leur nom. Noël du Fail, un grave et sévère magistrat, venait de publier justement ses Contes d'Eutrapel, où la décence n'est pas plus ménagée que dans les Matinées; et Tabourot, dit le seigneur des Accords, qui se glorifiait d'avoir à la cour de France plus de partisans et d'admirateurs que Calvin n'en avait eu à Genève, s'était livré impunément, dans ses Touches et dans ses Bigarrures, à tous les excès du libertinage des idées et des mots. Nous devons donc chercher une autre cause aux dénonciations et aux accusations dont le seigneur de Cholières avait à se défendre. Il est à peu près

SURCHOLIERES XV

certain que le scandale assez retentissant qui venait d'éclater à l'apparition des Matinées ne provenait que de la dédicace du recueil « à Monseigneur messire Louys de la Chambre, chevalier, conseiller du roy en son Conseil d'Estat, cardinal et abbé de Vendôme, grand prieur d'Auvergne, etc., » ce haut personnage que le seigneur de Cholières avait choisi pour perrain de ses Matinées, « lesquelles il faut que je recognoisse, disaitil, estre gaillardes et récréatives». Elles l'étaient trop probablement pour un cardinal, pour un abbé et pour un grand prieur, puisque le perrain n'accepta pas de tenir sur les fonts de la presse facétieuse ce livre effronté et compromettant. Mais la dédicace était imprimée et mise au jour; il ne fallait plus songer à la faire disparaître : ce fut l'édition entière qui disparut. Les deux cents exemplaires que l'imprimeur avait tirés furent cachés ou vendus sous le manteau. Monseigneur de Vendôme obtint ainsi la seule satisfaction qu'il pouvait espérer; mais il se brouilla complètement avec le seigneur de Cholières, qui ne manqua pas d'exhaler depuis son dépit et sa mauvaise humeur contre le cardinal abbé de Vendôme. Il fit plus : l'émotion de cette affaire un peu calmée, il autorisa la réimpression des Matinées, et laissa subsister en tête de l'édition la malencontreuse dédicace qui avait causé tout le scandale.

Dans la missive, que le sieur Félicien Valentin n'avait peut-être pas adressée à son ami pour qu'elle fût imprimée à la suite de la fameuse dédicace à Louis de la Chambre, ce puissant personnage se trouvait très vivement malmené, sous une forme déguisée, il est vrai, et à mots couverts. « Le perrain (dit-on) ne trouve bon que son filleul soit bigarré de telles couleurs : qu'il l'habille de sa livrée, s'il a de l'esprit, et, s'il ne peut, au moins qu'il le laisse vivre comme il pourra. Sous prétexte que la Chambre sera sale, enfumée et mal parée,

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