‹ Œuvres. Édition préparéeChapitre 12 sur 43 · XX NOTICE · texte numérisé non relu

XX NOTICE

Eusèbe, de messer Girolamo et d'autres membres de la petite académie présidée par le seigneur de Cholières. Dans les Après-Dlsnees, nous ne trouvons, à première vue, qu'un entreparleur de notre connaissance, messer Valentin, qui doit être le même que Félicien Valentin, le signataire de la missive au seigneur de Cholières, imprimée dans les pièces préliminaires de la seconde édition des Matinées. Les autres entreparleurs ou parllers sont le sieur Alphonse de Plantain, le sieur Galeas Samarin, messer Nicolas Pastorelli, le sieur Bertachin, le seigneur de la Vermille, le sieur Constantin, le sieur Camille, Demonax, etc. Cette nomenclature, dépourvue de tout intérêt, nous mènerait trop loin sans donner lieu à la moindre observation curieuse, car nous ignorons entièrement quels peuvent être les personnages que caractérisent ces pseudonymes forgés à dessein. Quelques-uns cependant ne sauraient représenter des personnages réels, et ne sont sans doute que des créations facétieuses, comme, par exemple, le sieur l'Eveillé, qui plaide la cause des ennemis du sommeil, et le sieur Palelin, qui parle en faveur des dormeurs. On est surpris de voir figurer au milieu de ces amateurs de gaillardises une jeune femme, nommée Euthélie, laquelle, au dire de Cholières, « ne touchoit qu'à des choses qui, pour être saintes, emportoient avec elles mélancolie ». Mais les assistants se faisaient un devoir de respecter les oreilles de cette belle innocente.

Le seigneur de Cholières devait être en relations d'amitié littéraire avec un grand nombre de poètes contemporains, qui néanmoins ne l'ont pas nommé dans leurs ouvrages. Lui, au contraire, il les nomme ; il cite leurs vers avec des témoignages flatteurs d'estime et de sympathie; il exalte surtout le médecin angevin Bretonnayau, le « poète montferrandois » Jean de Boissières, le « poète xaintongeois » Y. R., c'est-à-dire Yves Rousseau,

SUR CHOLIÊRES XXI

plus théologien que poète ; il évoque « le bon père, le seigneur Ronsard » , et « le bonhomme Dorât, qui a plus de paroles que de dorures, plus de fer que d'or », et bien des fois « le docte du Bartas » ; il mentionne Philippe Desportes, Remy Belleau, Scévole de Sainte-Marthe, etc. Dans ks Matinées (p. ^3 et suiv. de notre édition), il ne paraît pas avoir été étranger au concours poétique qui s'ouvrit aux Grands Jours de Poitiers pour célébrer la main de l'avocat général Etienne Pasquier, lorsqu'il rappelle cette « fort bonne et honneste troupe de braves plumes qui ont poétisé sur la main d'un advocat au Parlement de Paris ». Le seigneur de Cholières se piquait aussi d'être poète, dans un temps où tout le monde se mêlait de faire des vers; mais il y a bien peu de pièces, dans ses Mélanges poétiques, qu'on puisse distinguer et faire sortir de l'ornière du mauvais ou du médiocre.

Le talent, le seul talent du seigneur de Cholières, a été d'écrire en prose à la française, comme il le dit luimême, c'est-à-dire à la gauloise. C'est Rabelais qu'il a sans cesse pour objectif plutôt que pour modèle, et, s'il l'imite quelquefois, il s'efforce non de l'égaler, mais de le surpasser, en exagérant ses défauts et en se livrant à toutes les excentricités du style néologique et proverbial. Il a des pages excellentes, mais il en a aussi d'exécrables; il est partout inégal, souvent inintelligible et quelquefois détestable. Ce n'est pas un conteur : c'est un discoureur, un enfileur de phrases, un brodeur de mots; mais il reste essentiellement rabelaisien, quoiqu'il s'en défende par modestie ou par timidité : « D'entrer aux gausseries de Rabelais, je ne veux pas, dit-il dans La Guerre des masles contre les femelles, d'autant que ce seroit prendre la matière (le mariage) aux cheveux et nous contraindre de rendre gorge. » On ne trouve d'ailleurs qu'un très petit nombre de contes, dans les Matinées et les Après-Disnées, qui sont des discours

Page 1