‹ Œuvres. Édition préparéeChapitre 13 sur 43 · XXII NOTICE · texte numérisé non relu

XXII NOTICE

bigarrés dans le genre des Contes d'Eutrapel et des Serées de Bouchet. Le premier ouvrage du seigneur de Cholières semble avoir été la Guerre des masles contre les femelles, quoique cet ouvrage n'ait paru qu'en 1 588 ; mais il est cité plus d'une fois dans les Matinées et les Après-Disnées, dont tous les entreparleurs devaient le connaître. Quant au quatrième ouvrage de l'auteur, la Forest nuptiale, qui ne vit le jour qu'après sa mort, il pourrait bien être aussi de la même époque. Le seigneur de Cholières travaillait alors simultanément à deux autres ouvrages qui ne furent peut-être pas achevés, mais qui, en tout cas, n'ont jamais été imprimés. Un des entreparleurs des Après-Disnées (p. 117 de notre édition) signale un passage de la Kose des dames illustres, « que vous nous avez communiqué, dit-il, monsieur de céans » . Cholières, dans la préface des Après-Disnées, dit luimême aux liseurs : « Jouissez de ce mien labeur, attendant mes Partis amoureux, que je poursuis le plus diligemment qu'il m'est possible. » Et cet ouvrage était déjà connu de quelques-uns des entreparleurs, puisque le sieur Barthélémy cite « le 48'' Party amoureux » p. i3o de noire édition).

Les trois premiers ouvrages de Cholières étaient devenus fort rares peu d'années après leur mise en lumière, quoique chacun d'eux eût été réimprimé deux fois de suite : les Matinées, chez Jean Richer, en i585 et i586; les Après-Disnées, chez le même libraire, en 1587 et i588; la Guerre des masles contre les femelles, chez P. Chevillot, en i588, in-i6 et in-8. Quant à la Forest nuptiale, imprimée chez Pierre Bertaut en 1600 (pet. in-8 ), elle était tout à fait inconnue, et l'on ne savait pas même que Cholières en fût l'auteur. Le libraire Antoine du Breuil rencontra par hasard, pendant le carnaval de Tannée 1610, un exemplaire des Matinées et des Après-Disnées. Après avoir lu avec le plus vif plaisir ces

SUR CHOLIERES XXIÎI

deux ouvrages facétieux, qu'il ne connaissait pas même de réputation, il forma le projet de les réimprimer, non sans leur faire supporter de nombreux changements que motivaient, selon lui, les additions qu'il crut utile d'y faire en s'appropriant l'œuvre originale de Cholières. Voici la curieuse préface qu'il rédigea lui-même pour son édition, dont il modifia ainsi le titre : Les Contes et discours bigarrez du sieur de Cholières, desduits en neuf matinées et es apres-disnées du carnaval (Paris, Antoine du Breuil, 1610, 2 vol. in-i6) :

Amy lecteur, comme j'eus recouvré les deux tomes du sieur de Cholières, qui sont les Matinées et Apres-Disnées, contenant chascun d'iceux neuf amples discours tolallement bigarrez, et loutesfois aussi doctement desduicts qu'autres que je puisse voir, où plusieurs de rnes amis, y ayant pris goust, m'ont persuadé les mettre sous la presse et leur faire voir le jour, ce que je leur ay accordé. Or, comme ils les eurent promenez de main en main es jours solennels des Bacchanales, auquel tems il ne se parle pas de renchérir le pain , de façon qu'ils leur ont estendu le parchemin, en sorte qu'ils se sont trouvez amplifiez de beaucoup, principalement les Matinées, comme il est à remarquer :

Faisant la guerre à tous les Jeannins et cornards. Les chassant dans leurs nids, ainsi comme renards, Bref , n'espargnant aucun , ils reprouvent les vices Qui courent parmy nous avec tant d'artifices Qu'on ne peut pas priser un don si précieux Que Clioliere en riant nous met devant les yeux.

Je sçay bien qu'estant venus à la cognoissance publique, ils ne pourront pas s'effaroucher de la censure de plusieurs qui en diront leurs râtelées, les uns pour avoir les oreilles trop chatouilleuses, qui croiront estre grattez où ils ne se démangent pas; les autres, pour estre grands amateurs de la discrétion, penseront n'y trouver chose qui puisse contenter leurs curiositez; et les autres, prenant la peine de les lire, se trouveront plus fautifs au possible, sinon je leur conseille se résoudre au dire d'un poëte de ce tems, en ces vers :

Au tems du carnaval il est permis d'escrire, De danser, de clianter, de gausser et de rire.

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