‹ Œuvres. Édition préparéeChapitre 14 sur 43 · XXIV NOTICE · texte numérisé non relu

XXIV NOTICE

Et, bien que soit en vain qu'on mesdit quelquefois, Si tu n'es pas nommé, plaindre tu ne te dois : Car il est hors de sens, ignorant ou bien yvre, Qui, se reconnoissant piqué dans quelque livre. S'en plaint aucunement ; ains, se monstrant discret. Le doit croire accident qu'il faut tenir secret, Non comme ces plaideurs disant à tout le monde Ce que l'on cognut d'eux de plus sale et immonde. Ou l'advis cauteleux d'un procuré caquet, A leur grand deshonneur rire font le parquet ; Puis, quand tout est grippé, on vient lire aux parties : « Vous voila hors de Cour! » Aux branles de sorties. Il vous faut desguerpir, avec grand desconfort D'avoir fait esveiller à tous le chat qui dort.

Bien que je ne vueille pas conclure par là que la médisance soit loisible, tant s'en faut, je l'abhorre grandement, comme fort pernicieuse et dommageable à beaucoup d'honnestes familles. Aussi, à bien considérer les escrits de nostre autheur, on ne trouvera pas que tendent à cet effect ; au contraire, il essaye, par interlocution et manière de devis, esdairer et faire entendre les differens jugemens proposez en telles matières, afin de discerner la vertu d'avec le vice. Amen.

Cette édition, tirée à grand nombre, remit en valeur les ouvrages du sieur de Cholières, qu'on vit dès lors prendre leur place dans toutes les bibliothèques où les lettres françaises étaient admises, de préférence aux lettres latines; mais ces ouvrages furent peu lus et n'éveillèrent pas la curiosité des partisans de notre ancienne littérature. On peut affirmer a priori^ cependant, que La Monnoye. Le Duchat et Lenglet du Fresnoy faisaient cas des Matinées et des Après-Disnécs, qui ne furent pourtant pas réimprimées avec les conteurs du XVP siècle, Marguerite de Navarre, Bonaventure des Periers, Straparole, Noël du Fail, Beroalde de Verville, etc. Nous citerons comme une preuve de l'injuste dédain qui les avait frappées cette note autographe et inédite de LaCurne de Sainte-Palaye : « Contes de Cbolicres. Ce livre est un des plus mauvais livres que j'aye leus; il ne contient

SUR CHOLIERES XXV

rien que des choses peu curieuses, mal escrites, et beaucoup d'ordures, débittées sans esprit, sans ménagement et de la façon du monde la plus grossière. » (Bibliothèque des auteurs français imprimes et manuscrits, tome CHR — CY. Biblioth. de l'Arsenal.) Le marquis de Paulmy, qui avait eu sous les yeux ce jugement de La Curne de Sainte-Palaye, ne pensait pas qu'il fût sans appel, car il le réforma jusqu'à certain point, dans ses Mélanges tirés d'une grande bibliothèque (t. V de la Lecture des livres françcis, p. 58), en disant : « Nous ignorons ce que c'étoit que le sieur de Cholières ; il n'est connu que par ce seul ouvrage (Co/îies et discours bigarrez). Ce n'est point une suite de contes, mais des discours dans lesquels il y a, à la vérité, quelques contes insérés, la plupart assez plats. Il y a neuf discours aux Matinées et autant aux Après-Disnées. Je vais extraire le peu qu'ils peuvent contenir de curieux, de plaisant et d'intéressant. » Et le marquis de Paulmy analyse, avec un parti pris de dénigrement et de malveillance, les chapitres qui composent les Matinées et les Après-Disnées. Dans les Nouveaux Mélanges tirés d'une petite bibliothèque, par Charles Nodier (Paris, Techener, 1844, in-8), Duplessis, qui s'était chargé de compléter les notes de cet ouvrage posthume, dit seulement, au sujet de la Guerre des masles contre les femelles, que ce livre est « un des volumes de Cholières, dont les ouvrages sont agréablement écrits et méritent d'être recherchés )^. Viollet Le Duc se crut alors autorisé à dire des contes de Cholières, dans le Catalogue de sa Bibliothèque poétique (Paris, Flot, 1847, in-8) : « Ce sont des discours bigarrez sur toutes sortes de sujets philosophiques, historiques, scientifiques et philologiques, où l'érudition le dispute au cynisme le plus éhonté. Cholières affecte de préférence les termes de Rabelais, mais il en a rarement la gaieté. » Cholières avait indiqué lui-même le but auquel il tendait dans ses

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