MATINEE II
A sçavoir si la jurisprudence est à préférer à la médecine.
lOus n'estes pas, Messer Girolamo, à Ivous repentir de ce qu'avant-hier le propos que nous pourmenions, et sur lequel nous estions prests d'enfoncer, nous fut interrompu par la survenue de ces seigjieurs qui dissipèrent nostre assemblée : quant à moy, j'ay bien envie de renouer la dispute; je me sens piqué; s'il y a moyen, faut que j'en aye ma raison. SciPiON. La généralité des propos qui furent tenus auroit elle bien peu vous attoucher à vostre particulier? Si avez envie de remuer les cartes, je vous promets que aussi l'ay-je. Et puis que prenez fantasie d'entrer au duel, j'en suis content : vous sçavez qu'il n'y faut apporter cotte de maille
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OU estre couvert; de ma part, je n'y apporteray affection particulière qui me face contre la raison partiser pour nostre jurisprudence. De mesmes, je vous prie, quoy qu'il ne vous face gueres bon esventer vos boites, vous tenir ouvert, ne nourrir en vostre ame ou un desguisement ou une passion mal-ordonnée. Si me croyez, il sera bon que de nouveau nous reprenions nos premiers erremens, voire que, sans de nouveau former incident, nous facions la partie fresche, à ce qu'il n'y ait biscaye ou demy-quinze qui nous face tomber en mesconte.
GiROL. Puis qu'il plaist à vostre Seigneurie, je suis bien content de suivre vostre advis. Je vous suis serviteur. Je recognois que ce qui a esté dit par le père de l'éloquence latine est tres-veritable, que toutes les sciences s'entretiennent d'un ferme et indissoluble lien; mais je tiens tant de vous que pour cela ne voudrez inférer que toutes elles marchent en un m.esmes degré. Quand mesmes les chaînons de ceste chaîne d'Homère seroient encores en estre, si faudroit il que l'on m'alloùast qu'il y a disjunction entre les sciences. Pour justification de ma preuve, dites moy si entre ceux d'un convent toutes choses ne sont pas communes, et neantmoins chacun a sa bourse peculiaire. D'ailleurs, entre ceux qui sont les plus re-
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formez, jamais on n'a ouy parler que les dignitez n'ayent esté séparées.
Scip. Vous vous débattez de la chappe à l'evesque, et entrez en preuve de ce que je ne veux pas seulement vous confesser, mais dont je fais estât me servir alencontre de vous : car, puis qu'il y a priorité et precellence entre les arts, sciences et professions, je veux inférer que nostre jurisprudence peut et doit estre préférée à vostre médecine. La question donques n'est pas s'il y a des sciences qui puissent estre préférées les unes aux autres, vous le recognoissez, et je le tiens pour véritable; mais si vostre profession est à préférer à la nostre : Hoc opus, hic labor est. Pour vous monstrer la dignité et excellence de nostre art politique, j'ay plusieurs chefs à vous deschiffrer, lesquels je rangeray en quatre bandes. En premier lieu, je verifîeray son excellence par son utilité et proffit; en second lieu, par le sujet sur lequel la jurisprudence est employée; en troisième lieu, par l'ancienneté de ceste science légitime, et finalement par la dignité de ceux qui sont administrateurs de ses tressaints et redoutez mystères.
C'est la politique qui enseigne comment il convient gouverner le genre humain selon la nature du pays et des peuples, et selon la diversité
des temps ; comment les Estats doivent estre fondez, entretenus et reformez quand il en est besoin; comment se peuvent conduire les republiques, royaumes et empires au proffit des sujets et a l'honneur des magistrats. C'est elle qui a la surintendance de tous affaires, ordonnant ce que chacun doit faire ou laisser; qui préside aux Estats, voyant les moyens de leurs changemens, ruines et conservations; qui maintient les autres arts libéraux et mechaniques, délibérant et statuant quels sont recevables ou non, et commande aux plus honorables, comme à la militaire, oratoire, judiciaire et œconomique, comprenant en sa fin, qui est le souverain bien, la fin de toutes. C'est elle qui nous a monstre premièrement la forme du droict naturel et civil, de l'humain et divin, privé et public, escrit et non escrit-, qui nous a invitez à vivre amiablement ensemble pour subvenir aux indigences communes; qui nous a appris le commencement et la fin de la société humaine, et qu'il y avoit une loy universelle et perpétuelle emprainte es coeurs humains, et semée es entendemens des personnes long temps auparavant qu'il y eust aucune ordonnance escrite ou cité establie : sur laquelle toutes autres loix particulières, locales ou temporelles, doivent estre dressées, reiglées, modérées et exposées. Elle a
dérivé de nature l'équité, à celle fin de l'accommoder aux cas escheans chacun jour, et nous a véritablement fait entendre que le droict et la justice ne consistoient par opinion, ains estoient naturellement départis aux humains. Nous cognoissons par ceste science le devoir des princes envers leurs sujets, celuy des magistrats entre eux et avec les privez; quels devoirs sont plus nécessaires ou plus honestes; quelle obéissance, honneur et révérence les moindres doivent aux plus grans; quelle manière on doit garder à achapter, vendre, permuter, louer, donner, recevoir, promettre, contracter, playder. Nous fussions en grande confusion si elle ne nous eust conjoints par mariages, parentés, alliances et familles; si elle n'eust divisé les patrimoines, baillé les successions, ordonné les jugemens : autrement ne pourrions séparer le nostre de l'autruy, le parent de l'estranger, le serviteur du maistre. Bref il ne seroit possible vivre sans elle en public ny en privé, ny entièrement bien user des hommes et choses humaines : car, en honorant et recompensant la vertu, détestant et punissant le vice, et réduisant toutes nos actions à droicture, elle nous a donné moyen de vivre heureusement en tranquillité et concorde avec suffisance; et est d'autant plus parfaite qu'elle ne procure le bien des par-
ticuliers seulement, comme font les autres, ains universellement de tout le genre humain et du monde, qui est (selon les Stoïques) la vraye cité et commune republique de tous mortels.
Le suject qui doit estre assaisonné par les loix, c'est le droict, lequel je ne veux point icy considérer à la scholastique pour le diviser selon l'esgard qu'il a aux personnes, aux choses et aux actions. Jettons la veuë sur le code Justinien, nous trouverons que les treize premiers tiltres du premier livre sont destinez au droict sacré, de sorte que l'on doit dire à tresjuste occasion que les plus cachez secrets de la théologie sont conservez par la jurisprudence. La tres-saincte trinité a fait l'entrée du code, les sacrez mystères du baptesme et autres divins mystères y sont traitez. Je ne parleray pas du droict canon, puis que la chose parle de soy-mesmes, que pour la pluspart ce ne sont que passages extraits de la Saincte Escriture. Pour les affaires humaines, sans que je le preuve, il n'y a celuy qui ne recognoisse avec moy qu'il est impossible de forger les moyens pour mieux reigler ny policer un Estât que sont les instructions et advertissemens qui nous sont si expressément figurés au corps, lequel, s'il est question de disputer de l'ancienneté de la jurisprudence, soit que nous la recerchions selon les
fantasies des anciens, soit que nous en parlions à la vérité, on treuvera que son excellence est inestimable. Les anciens législateurs n'ont point recogneu tenir la civilité de leurs arrests, jugemens et ordonnances que des dieux. Osiris faisoit entendre aux Egyptiens que Mercure luy avoit dicté ses loix; Zoroastre aux Perses et Bactriens, qu'il avoit esté enseigné par Oromase; Charondas aux Carthageois, par Saturne; Solon aux Athéniens, par Minerve; Zantrastes aux Arimaspes, par le bon Dieu; Zamolxis aux Scythes, par Vesta; Minos aux Cretois, par Jupiter; Lycurgue aux Lacedemoniens, par Apollon; Numa Pompilius aux Romains, par la Nymphe Egeria. Mais, afin qu'il ne soit dit que nous voulions fonder la solidité d'une si sacrée science sur les feintises des dieux, prenons son invention, sa source et son origine d'un tige qui ne nous puisse estre débattu pour bastard, faux, supposé et illégitime. Le premier et le plus ancien législateur duquel les hommes ont eu mémoire fut Moyse, lequel ne forgea pas de soymesmes les loix qu'il donna au peuple d'Israël. Ce fut de Dieu mesmes qu'il les receut. Au niveau de ces dix Commandemens, qui voudra y prendre advis, il treuvera que toutes nos loix sont ajustées.
Et pource n'a point esté sans occasion que
es
Dieu a choisi ceux qui tiennent le premier lieu entre les hommes pour estre exécuteurs et administrateurs de sa justice. Ce sont les princes et potentats de la terre, qui se sentent bien honorez de tenir en la main le glaive pour faire obéir aux loix. Ce n'est pas une charge qu'on donne à gens de petite estoffe, et qui sont ennombrez entre les baheures du monde.
GiROL. Vous en couchez de belles; ne vous manque qu'un point, que devriez présenter requeste à ce qu'il ne fut permis de vous battre de contredicts. Vous ne pouvez m'en faire forclorre, et, si tost que j'auray fait ma production, qui ne sera pas si longue que la vostre, tenez vous pour asseuré que je vous rabatray bien vos doux. Quant à la médecine, elle est en estime et réputation envers tous ceux qui sont amoureux de nature; elle est pleine de tant de profïîts et utiUtez que je tiendroye celuy qui ne la priseroit non seulement ingrat et mal-advisé, mais aussi dénaturé, attendu que nature nous a empraint ceste affection de tendre à une perpétuelle durée. Pour chasser la mort, les cousins et adherans d'icelle, ne sçauriez trouver moyen plus propre que nostre médecine, laquelle ne guérit pas seulement les maladies du corps, mais aussi les troubles et passions de l'ame. Ainsi donques elle n'a pour son
sujet que l'homme, auquel elle donne les moyens de s'entretenir en santé, se garentir des maladies, et chasser la mort. Pour ceste occasion, ne faut s'esmerveiller si les médecins ont esté de tout temps en crédit envers les plus grans. Pline, au vingtneufviesme de son Histoire naturelle, fait mention d'un Erasistrate, fils d'une des filles d'Aristote, fort bien venu envers le roy Ptolomée; et par effect aussi nous voyons que, s'il y a personnages qui possèdent les aureillesdes princes, ce sont les médecins. Aucuns desquels ont d'ailleurs esté roys : ce que je dis afin que l'on ne vienne à me dire que seulement à cause de la nécessité on leur donne entrée es Cours. D'un grand nombre je me contenteray tirer icy hors ligne ce grand Aboalis Avicenne, lequel on sçait avoir tenu et heureusement gouverné le royaume de Bithynie. On ne dispute point de son ancienneté; si seulement on faisoit venir en jeu iEsculape, il n'y a celuy qui ne quittast la partie.
SciP. C'est donc ce que vous pouvez employer pour l'instruction de la preuve que prétendez faire touchant Texcellence de vostre médecine; mais vous ne dites pas que vous mettez le plus beau devers la ville, et cachez ce qui est messeant. Combien de fausses receptes donnez vous qui envoient les pauvres malades au l'endemain
de la Toussaincts? Du premier coup je vous touche au blanc; après nous examinerons ce qu'avez allégué.
GiROL. Si vostre argument a force, je culbuteray par mesmes moyen votre jurisprudence. Ce ne sont point les médecins qui ont dit que omnis definitio in jure est valde periculosa, parum est enim ut non suhverti possit; mais vostre maladie ne guerist point la nostre. Je confesse donc que la perfection des sciences est recogneuë principalement par la perfection du sujet où elles visent. Pource la théologie est tresparfaite, ayant Dieu pour sujet, lequel est immuable. De mesmes les mathemates ont par prérogative le nom de sciences, pour estre le sujet d'icelles trescertain, immuable et asseuré. Mais en la médecine, estant le sujet d'icelle asservi a continuelle vicissitude, ne faut trouver estrange si, encores que les démonstrations soient en tout et par tout tousjours semblablement inviolables, les effets prétendus et espérez ne se rencontrent, et paroissent tels que l'advisé médecin les a pourpensé. La pluspart des hommes, qui ne jugent des affaires ordinairement que par l'issue, et non par les causes, quelquesfois, voire souvent, ne trouvans rien moins que ce que le médecin aura jugé, sans considérer que le prognostic ou crise avoit pied et fondement
sur les indubitables démonstrations de la science médicinale, et prendre garde aux soudaines altérations de nostre naturel tant muable, concluent tout aussi tost qu'il n'y a rien de si incertain que la médecine, voire que les médecins jouent à l'hazard de nos vies. Geste opinion a pris tel avantage sur les testes de plusieurs qu'ils sont quasi résolus de laisser la guerison des maladies au commandement de la nature seule; mais Dieu sçait si cela leur couste cher.
SciP. Vous le dites, mais je les tiens beaucoup plus advisez que ceux qui dorent vostre médecine : car, si ainsi est que la mutabilité qui est en nous provienne de nature, elle, qui est sage mère, pourra bien aisément nous remettre au point qui nous est propre et séant. Dites moy (je vous prie) si ces rois qui sont arrivez de Japan à Rome, et ont mis en leur voiage plus de trois ans, avoient amené avec eux un médecin de leur pays, et qu'il voulust doser en France à la façon japanesque, ne diriez vous pas qu'il ne faudroit s'arrester à ses opinions, parce qu'il ne sçauroit cognoistre les humeurs et composition des François, qu'il y a autre température en ce climat qu'à Japan, et que les drogues de ce pays sont autres qu'en sa contrée japanique? Et neantmoins je suppose qu'il auroit ouy japer tous les plus fameux de vostre
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latrique, voire que dans sa caboche il auroit tout ce que vos Hippocrat, Galen et autres ont escrit de la médecine. Mesmes je voy que vous autres, Messieurs, tenez une forme d'estats jurez pour l'exercice de vostre profession, de sorte que, s'il y a aucun lequel, n'estant gradué riere vostre faculté , veuille attenter des cures en l'enclos de vos destroits, vous le haraudez. L'occasion de vostre juste complainte est qu'il n'est façonné aux humeurs de ceux du pays. Maintenant je vous demande, la mère Nature ne nous est elle pas beaucoup plus naturelle que tous vos aphorismes et decipé? Pourquoy donc ne sera elle plustost suivie que vostre art? Si un gentilhomme espaignol s'adressoit en Espaigne à un tailleur allemand, et qu'il luy donnast charge de luy faire un habit, si l'Allemand venoit à luy faire ses grandes manches bouffantes à la lansquenette, que diriez vous? ne taxeriez vous pas l'Espaignol, qui auroit deu prendre un personnage qui cogneut la taille et la façon de la guise espaignole? La pluspart de ceux qui vous ont donné vos préceptes médicinaux estoient Marrans ou Arabes, et vous nous traiterez à la marrane ou arabesque ? Vous le ferez, vos chausses pleines de forte belle fine, que je n'ose dire. Et ainsi vostre response ne fait aucune escorne à nostre jurisprudence, laquelle,
puis qu'elle gist en faict, que la vostre n'est du tout certaine et asseurée comme je la souhaiteroye ; mais il y a bien à dire de l'un à l'autre. Nous sommes reiglez par nos ordonnances, et ne tenons les loix romaines que pour esclaircir quelques subtilitez et gaillardises de droict, et entant que la raison les recommande. Et pource le roy Philippe le Bel, instituant l'Université d'Orléans, par la chartre des privilèges qu'il luy octroyé, qui est du mois de juillet i3i2, proteste qu'encores qu'il permette que les loix impériales soient leuës et interprétées en icelle Université, il ne veut pourtant qu'elles soient receuës par ses sujets pour loix, mais seulement comme bonnes raisons, pour estre suivies par ses juges es cas qui ne seront décidez par ses ordonnances et des rois ses prédécesseurs, et par les coustumes des provinces de son royaume.
GiROL. J'ay beau moyen de vous faire une contrescarre, mais cela vous empescheroit de faire ce dont m'avez menacé : poursuivez vostre pointe. Scip. Vous me permettrez, s'il vous plaist, de prendre un peu de vinaigre : car, encores que je me serve de gans de Rome, si ne puis je remuer la fecalité médicinale que le cœur ne me sousleve. Il y a un de vos Rabbi, lequel disoit que qualitas non nocet, sed quantitas. Il prendra, s'il
luy plaist, tout pour luy, je luy en quitte ce qu'il pourroit prétendre pour ma part. A vous oiiir parler, il n'y a que la médecine pour éterniser la vie de l'homme mortel. Au contraire, je dy que pour poster à la mort il n'y a qu'à suivre l'advis des médecins. On dit que l'expérience est maistresse des fols : ceux qui se sont arresté à vous ne sont jamais partis de vos griffes que ne les ayez mis in pace. Prenons les villageois, qui tiennent autant de compte de vous que vous faites de la mort d'un homme, les void on malades, alictez et atterrez comme ces douillets lesquels vous avez enguilleminé par vos drogueries.'' Si le paysan est malade, il prendra tout le contraire de ce que vous ordonnez : au bout de quelque temps, vous luy verrez faire un pet à la mort. La goutte se gardera bien de le venir assaillir; pourquoy (à vostre advis) ? C'est parce que la bonne damoiselle veut estre drelottée et pensée, et vous n'estes appeliez au service. Le paysan ne vit pas de si friands morceaux que vos Mecenas, laisse il à se bien porter? Il vous fait à tous la figue. L'occasion, d'où provient elle ? de ce que vos médecines minent ce corps. L'espreuve vous fera tousjours paroistre que je dis vray : mesmes quelques uns qui partisoient pour la médecine, toutesfois ne vouloient s'affectionner pour son maintien contre
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la raison, ont accomparagé la médecine à une lecive, en ce que, tout ainsi que la lecive nettoyoit bien le linge, le rendoit beau et blanc, aussi la médecine purgeoit nostre corps; mais que, comme la lecive usoit fort le linge, de mesmes la médecine afFoiblissoit et diminuoit fort les forces corporelles. Ils ont oublié à faire le rapport du coust qu'il faut supporter pour leciver avec les frais où la médecine nous relègue. Et paraventure ont ils estimé qu'il n'y avoit aucune ressemblance des despens de la lecive avec ceux de la médecine, parce que vous autres, Messieurs les médecins, seriez bons à faire gelée : vous prenez fort bien; les apoticaires espicent encores mieux les parties; quid p/ura? La médecine est fort sujette à la pince. Et, afin que vous ne vous formalisiez de cecy, comme si je vouloye contrerooler les liberalitez ou plustost prodigalitez des rois, empereurs, princes et grans seigneurs envers les médecins d'aujourd'huy, je vous prie croire que ce n'est d'aujourd'huy ny d'hier que ceste maladie tient messieurs de vostre robbe. Pline, au vingtneufviesme livre de son Histoire naturelle, chapitre premier, rapporte qu'Erasistrate receut du roy Ptolomée cent talens d'or, valans soixante mil escus, pour avoir guery le roy Antiochus, son père. Cassius, Calpitanus, Aruntius, Albutius et Ru-
brius avoient tous les ans deux cens cinquante sesterces d'estat des princes qu'ils servoient, qui reviendroit à six mil deux cens cinquante escus. Quintus Stertinius se plaignoit de l'empereur son maistre de ce qu'il ne luy bailloit que cinq cens sesterces par an, qui seroient douze mil cinq escus, alléguant qu'il auroit bien tous les ans six cens sesterces à servir seulement certaines maisons de Rome qu'il contoit par ses doigts. Son frère n'eut pas moins de gages de l'empereur Claudius César : de sorte qu'encores qu'ils eussent fait une fort grande despense es bastimens qu'ils firent à Naples, ce neantmoinsils laissèrent leurs héritiers riches de trente mil sesterces, valans sept cent cinquante mil escus. On parle de Thadée, médecin florentin, lequel, estant appelle par aucuns princes italiens, n'eut pas dosé à moins de cinquante escus par jour, qui eut esté par an dixhuit mil deux cens cinquante escus; et si encores ne se contentoit de si peu. Il fut si effronté qu'il n'eut point honte de demander au pape Honorius par jour cent escus.
GiROL. Vous nous reprochez que nous autres médecins sommes sujets au gain et ahannissons après les escus, et vous autres, Messieurs les légistes? Orça, que direz vous à Rabelais.?
SciP. Que c'estoit un sot ;sous la protestation
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que je fais de ne mesparler d'un trespassé), d'autant que je maintiens qu'il faut que l'advocat ait bonnes et belles mains pour bien prendre escus, sine quibus je l'estimerois un niais et un nigaud.
GiR. Nous en parlerons quand vous voudrez; cependant je vous prieray de croire que vous nous faites grand tort de nous faire sujets à la pinse.
SciP. Je m'en rapporte au proverbe qui trotte en la bouche d'un chacun, que
Les escus à monceaux trichent chez Galien, Au lieu que les honneurs suivent Justinien.
GiR. C'est un proverbe contre lequel, si j'entendoie que c'est que brouiller en chicquaneur, je m'inscriroie en faux. Soit posé le cas qu'il contienne vérité, voudriez vous que nous eussions emploie tout nostre aage à apprendre la médecine, que nous prissions la peine à soliciter un malade, et qu'on nous paya d'eau beniste de Cour en grand mercy ?
SciPiON. Pourquoy non .'' Les glorieux amis de Dieu saint Cosme et Damien prenoient ils argent?
GiR. Nenny, mais aussi ne leur coustoit il tant à avoir leurs degrez comme à nous aujourd'huy. D'ailleurs, ils avoient moyen. En après ils sont saincts; nous en recevons pour leur offrir tous-
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jours quelque chose, et mettre en la boitte S. Da mihi, non, je vouloie dire Damien. Finalement, pourrions nous nous entretenir et servir au public sans moyens? Il faut acheter le mulet, le nourrir, lui donner la housse et l'entretenir. Le moins que nous puissions avoir, c'est un laquais qui pense et meine la mule. Nostre famille mourra elle de faim, et nous vaquerons pour le public? Vous sçavez que, si nous estions mal en conche, que nous scandaliserions les malades, qui sont desja assez faschez d'eux-mesmes sans que nous les contristions ; si nous estions piètres et malotrus, ils penseroient que nous serions quelques caymands, qui viendrions à leurs obsèques demander à porter une torche pour gaigner la couple de grands blancs. Or, puis que, pour nous préserver de leurs maladives et corrompues exhalaisons, il faut que nous soyons tousjours musquez et garnis de parfums et odoriférantes senteurs, c'est bien la raison qu'on nous donne moyen d'en avoir.
SciP. Ce point est donc gaigné, que les médecins tirent au capitaine Argent : c'est pourquoy vous avez fort bien dit qu'ils sont bien veus des grands, et eux aussi y prennent grand plaisir, parce qu'on ne testonne point. Je ne vous veus mettre pas en ny cest article. J'ay leu que Jean Cottis, médecin de Louis XI, roy de France,
commandoit tellement a baguette à ce pauvre roy qu'en quatre mois il receut de luy cinquante quatre mil escus contens, outre l'evesché d'Amyens et autres beaux estats, offices et bénéfices qu'il eut pour ses parens.
GiROL. Vous pensez avoir gaigné vostre procès : pour le principal vous ne dites mot, mais pour les despens vous criez à gorge desployée. N'avez vous autre chose à dire ? Ce sera bien peu. Il n'y a estât au monde cui non regina pecunia iinperet. Si vous voulez disputer touchant le loyer qui appartient au médecin, vous le perdrez tout quitte, car d'autant que la chair nous est plus prés que nostre chemise, il faut que vous estimiez que la médecine est plus excellente que la jurisprudence, et partant qu'elle doitestre mieux salariée.
SciP. Vous ne le prenez pas mal, mais gardez que, si entrez en sale, on ne vous donne touche sur la garbe. Car, afin que je ne vous mente, quand je pense à vostre médecine, il n'y a si bon cœur qui ne tire au regnard. D'ailleurs on vous baille la qualité de saincts mal-piteux, suivant un aphorisme d'un de vos grans docteurs, qui porte en substance par exprés que le médecin pitoiable n'a pas garde de guérir la playe. De là vient que l'on vous appelle bourreaux privez, du tiltre qui commença à estre baillé dans Rome à Archagathus,
fils de Lysanias, issu de la Morée, qui fut le premier médecin qui vint à Rome.
GiR. Ne passez point plus outre : vous avez appris cecy de Pline, lequel nous apprend que du commencement on appelloit cest Archagathus guérisseur de playes, mais que, par ce qu'il avoit la main rude à inciser et cautériser, on le commença à appeller bourreau. N'est ce pas bien parlé? Vous aurez une gangraine ; pour la desraciner faudra user de violence, et pource vous appellerez la médecine bourrelerie ? Vous nous en voulez compter. Qui vous graisse vos bottes, vous dites qu'il les brusle.
Scip. Vous nous en voudriezfaire accroire vous mesmes, si nous ne voyons tant de nations qui se portent si bien, et toutesfois ne sçavent que c'est de médecin, encores qu'elles entendent bien les remèdes propres à leur santé. Mesmes le peuple romain demeura bien six cens ans depuis la fondation de Rome sans médecin : Caton a vescu quatre vingts cinq ans sans avoir pris advis aucun des médecins, voire qu'expressément il deffendit à Marc Caton, son fils, de donner accès aux médecins.
GiR. Dites tout ce qu'il vous plaira, si auroit il grande pitié en vous et tous autres, si vous estiés abandonnez des médecins.
Scir. A d'autres; j'aimeroie mieux estre condamné de cinq cens millions de douzaines de médecins que vous ne feriez d'un simple prevost des mareschaux. Ostez le baze de vos r, vous ferez d, et ainsi, au lieu de Recipé, nous aurons Decipé : vous faites si grand Alleluya de vostre médecine, et d'où l'avez vous peschée? qui la vous a appris? Ce sont les bestes. La médecine est donc la science des bestes ; et pource Pline dit que les hommes doivent rendre grâces aux bestes de plusieurs médecines et remèdes qu'ils ont appris d'elles : comme du cerf, l'usage du dyctame; des arondelles, la propriété de l'herbe appellée celidoine, autrement nommée esclere.
GiR. Pensez vous que ce soit bien argumenté, parce que nous avons appris des bestes quelques secrets, que la médecine soit science de bestes? Cela est syllogiser a la grue : car vous devez sçavoir, et aussi ne l'ignorez, que tel apprentissage monstre que nostre science est fondée principalement sur la nature, si bien que nous avons retiré le proffit des simples et autres choses naturelles par la pratique et espreuves que nous voyons en avoir esté faites par les bestes, meuës et induites par un seul instinct naturel. Que si je me vouloie licencier à araisonner ainsi à la fantasque, comme vous faites, asseurez vous que je vous rangeroie
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aussi aisément au rang des bestes que vous avez tasché nos pauvres médecins. Prenez la republique des mouches à miel : vous la trouverez, sans emploier quarante ans, comme fit ce loyal secrétaire de Nature Aristote , si propre et conforme à la republique des hommes qu'on ne peut en présumer autre chose, sinon que Dieu a donné à ce petit animal cest instinct naturel pour l'instruction de nostre gouvernement.
SciP. Je n'ay plus qu'un mot ; car, si je vouloie me croire, je n'auroie jamais fait à fouiller les secrets clisterisez de vostre vénérable médecine. Puis qu'elle ne gist que alentour de nostre corps, d'où vient qu'autant de médecins qu'il y a, ce seront autant de diverses opinions, et, qui pis est, toutes discordantes? Je vous renvoie à la plainte que Pline en fait,au vingtneufvieme livre de son Histoire naturelle^ chap. premier. Pensez vous qu'un corps puisse estre bien traité lors que vous serez quatre ou cinq qui le tiraillerez chacun de vostre costé ? L'un luy voudra faire ouvrir la veine, l'autre couper le membre [distinguo in génère, non specifice), l'autre cautériser, et ainsi à qui en aura. Cependant voila le corps du pauvre patient esîendu sur les tréteaux, vous le charpentez d'estoc, de taille, de droit, de biais, et le plu-s souvent vostre discord luy apporte une desunion de son
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ame avec son corps. Icy j'emploie ce que le bon Alemand discourt, au octantedeuxieme chap. de son Discours sur l'incertaineté, abus et vanité des sciences.
GiR. Je suis bien aise que faites promesse de me donner loisir de vous respondre; mais j'appréhende que ne vous serviez de quelques rivets de pratique, et, par forme d'addition de production, vous ne jettiez quelque trait à la traverse pour n'y avoir contredit : si vous suivray je assez rudement, croies moy. Vous vous formalisés de ce qu'il y a du mes-accord entre nos docteurs, et ne considérez pas que les contrarietez des humeurs du corps humain nous tiennent en telle verdure. Si vous pouviez faire qu'il n'y eust une guerre continuelle entre le chaud, le froid, l'humide et le sec, et que nos qualitez ne s'entremangeassent d'un discord mortel, nostre médecine ne seroit ainsi battue de tant de dissensions. Nous avons à régir et gouverner un caméléon qui à toutes heures reçoit diverses formes, comment seroit il possible que nous y sceussions assigner un arresté reiglement? Je poursuivroie plus au long ceste dispute, si la maladie de mes-accord estoit seulement particulière à nostre médecine. Et comment pourroit elle estre exempte de dissensions? La théologie ne souffre elle point de
partialitez, non point d'aujourd'huy seulement, mais aussi de Cephas et de Paul? En vostre belle jurisprudence, n'y a il pas des partisans? Quelle guerre avoient les Sabiniens et Proculeiens? Aujourd'huy, sur l'exposition de la loyFrater àfratre, vous avez deux des plus anciens et fameux de vos jurisconsultes qui se sont estrillez en enfans de bonne maison. Je ne veux point tirer hors ligne la contrariété manifeste des gouvernemens civils, elle est si palpable que les moins spéculatifs la voyent. Mais je vous prie, pour avoir le plaisir, prenez moy quatre docteurs juristes, et vous ferez bien le cinquiesme ; qu'on vous mette tous à part, et qu'à tous on demande vostre advis sur un fait : je despite Mahon si pas une de vos opinions se rapporte l'une à l'autre. Je passeray bien outre qu'entre ces messieurs qui tripotent aux consultations il s'en treuve lesquels, au bout de quinze jours, sur mesmes fait, hors le nom des parties, ont donné deux advis tout contraires. Ce n'est pas que je vueille dire qu'ils vendent leur conscience, car, encores qu'ils conclurroient pour partie adverse, ils ne lairroient d'avoir honorarium jurls, qui est à dire leur droit; mais c'est qu'il n'y a rien de si asseuré en vostre science que l'incertaineté. Et, neantmoins, voir ce que proposez, on diroit qu'il n'y a que la loy pour commander.
Combien de changemens de loix et ordonnances!
SciP. Ne nous battez de mutabilité, d'autant que vostre médecine en a aussi bonne part que nostre jurisprudence : Pline vous en rendra sage, au lieu sus allégué.
GiR. Vous craignez la touche : celuy qui veut sçavoir quelque chose pour avoir quelque honneur entre vous, il faut qu'il ait savouré du droict des gents, des Douze Tables, de ce que vous appeliez le droict civil, qui sont les loix du peuple romain, les plébiscites, les edicts des prêteurs, les responses et interprétations des jurisconsultes romains. Il y a beaucoup de destroits à passer là, et si n'a on rien fait qui ne passe plus outre : car, dés que les princes et empereurs ont eu le glaive en main, ils ont fait de toutes autres ordonnances ; et, qui pis est, faut que vous autres pauvres jurisconsultes suiviez les temps pour balancer l'authorité des constitutions principales à la priorité et postériorité des dates. Avez vous broissé les landes de la course de Justinien, si faut il entrer en nouvelle carrière. Les papes, à grans coups de canons et de décrets, ont culebuté la pluspart de ce qui avoit esté ordonné par la jurisprudence du passé. Après il faut detramper le brouillis des gloses, et traverser les forests esgarées des caute-
leux et rusez conseils des docteurs. Outre et au pardessus ce tas et meslange de droits, faut venir aux ordonnances, changées, corrigées et modifiées; de là aux coustumes, et finalement à la pratique. Et Dieu sçait combien de temps il faut emploier à esclarcir son cerveau parmy les fumées d'une si grande et estrange diversité de droits. En nostre médecine, nous avons des préceptes, des aphorismes et reigles, qui, ayans la raison pour guide, n'ont besoin d'aucun garent. Il y a de la peine, mais il y a du plaisir, parce que la contrariété n'est du tout si palpable. Publiez donc son utilité tant qu'il vous plaira. C'est un chaos et une fondrière d'où vous voulez tirer le lustre et la na'ive splendeur des Estats du monde. O! que s'il y a de l'amorce de proffit, qu'il est achepté plus cher qu'au marché! L'acquisition et emploite est si difficile, la débite encores plus malaisée et d'avantage à l'hazard : un monde de chicquaneries, tant d'indeùes et illégitimes poursuites. Je quitte les griffes des Harpies, il me faudroit trouver les nochers d'Argos pour leur donner la chasse; mais je vous prie, à quoy tend vostre art? A procès, qui ne sont farcis que d'ennuis et chagrins, abreuvez que de rancunes et inimitiez : car, comme of(ce il proverbio, en cinq cens mil douzaines de quintaux de procès, il n'y a pas une demie once d'amitié.
SciP. Et les maladies sont fort récréatives et proffitables, à qui? A nuls autres qu'aux médecins, et puis c'est tout; car de guérir, raro: on en embiere plus de milliers qu'on n'en guérit de demye douzaines; mais nos procès, ils ont encores cela de bon qu'ils nous font voye en paradis par deux principaux moyens. Le premier est parce qu'ils nous tiennent au purgatoire de martyre, si bien qu'un personnage qui aura plus d'un procès s'y bande de telle façon que jour et nuit il les pourmeine. Il y a bien plus, qu'un bon ancien avoit accoustumé de dire qu'un homme qui vivoit sans procès vivoit en beste. L'autre est que les procès chassent arrière de nous les sept péchez mortels en nous fraiant le chemin de la gloire de Paradis.
Quant à l'avarice, vous ne verrez pas qu'un bon meneur de procès en soit entaché; quand il le seroit, qu'y gaigneroit il? Il luy faut aussi bien, et encores mieux à bonne qu'à maie, avoir la main dans l'escarcelle et donner de l'argent, quia sine ipso factum est nihil. De la gloire et orgueil, n'en parlez point : un vray suppost de procès ne sçait que c'est. Pensez vous qu'il soit chiche de bonnetades, révérences et autres telles courtoisies? Le moindre lacquais du logis où il a affaire, il le caressera, luy donnera la gambe en
grue : ce ne sont qu'offertes et présentations de services. En matière de procès, on ne parle point de paresse : il faut tousjours avoir l'œil au bois, trotter, courir, et trepiner; voire que c'est une maxime indubitable, en fait de procès, que qui compte ses pas il perd son compte. Devant que vous ayez visité vos procureur, advocat, conseillier et président, quelle heure sera-il? et encores, si à toutes heures on les rencontroit, seroit quelque chose; mais ou ils seront dehors, ou ils ne pourront parler à vous. Cependant que faites vous? ou vous courez les ruës^ ou pillez patience à compter les doux.
GiR. Vous avez assez gaussé, retenez le reste, on le tient pourveu; vous feriez volontiers acroire que les procès nous sont nécessaires, mais ce sera à gens delà l'eau. »
Comme je vis que ces deux bons seigneurs, qui me sont bien amis, s'entrechoquoient de la façon, je voulus prendre la parole, et me jette à la traverse, leur remonstrant qu'ils s'abusoient de se topiquer de la façon : car, comme le sujet est fertile d'un costé et d'autre, vous pourriez (leur di-je) pourmener ceste question jusqu'à la semaine des trois jeudis sans vous pouvoir accorder; il vous faudroit avoir un tiers à la fidélité et suffisance duquel vous remissiez l'arbitrage. De ma
part, je me souviens avoir leu que ceste mesmes dispute a esté autres fois mise sur le bureau, où le procès estant instruit des deux costez, la matière touchant la precellence de la jurisprudence et médecine fut débattue à plein fonds. Toutesfois le procès ne peut estre vuidé que par la bouche des parties mesrnes. De fait le juge fît appel- 1er les parties, et leur demanda quelle estoit la coustume de mener au gibet les malfaicteurs, et en quel ordre marchoient le larron et le bourreau. Eux respondans que le larron alloit devant et que le bourreau suivoit, il fonda là dessus sa sentence, que les légistes donques doivent marcher devant, et qu'après les suivroient les médecins.
Ce compte fut à peine achevé que mes deux ergoteurs commencèrent à s'esbouffer de rire, et à se prendre par le nés, disans qu'ils avoient esté payez ainsi qu'ils meritoient; et parce moyen la partie fut remise à une autre fois.