MATINEE IV
DES C HASTREZ
ESTE matière eut esté fort propre à ; desployer sur les festes de S. Pansart, ■ auquel temps un chacun sçait que fleurissent les mots de gueule, qui principalement fredonnent sur la chanterele du mignard Cupidon ; mais c'estoit à faire à ceux qui prennent plaisir à folastrer et bacchanaliser. Geste matinée n'a pas esté destinée à telles dissolutions, si bien que, comme je ne suis grand cousin des folies de Caresme-prenant, aussi, quand j'eusse eu la matière à propos, je n'eusse voulu la mettre en veuë en ce temps que un chacun est desbauché. Et y a bien plus, que la cause mouvante et qui a donné source à ce discours est encores plus mal propre en ce temps où l'on veut jouer au troumadame. Qui ne m'entend je m'entens, et sçay
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bien que je veux dire. Il faut donc que je vous apprenne qu'il n'y a pas fort long temps qu'auprès du lieu où je m'estoie retiré pour parfaire ma neufvaine, il y avoit un certain personnage qui, ayant les sonnettes de sa gibecière braguettée un peu, beaucoup et plus qu'il ne luy eut esté à désirer incornifistibulées, marchandoit à se faire trancher son petit cas : pour partie, juge et procureur, il avoit sa femme, qui dressoit une milliasse de plaintes sur l'inconvénient auquel il vouloit bazarder sa pauvre marchandise. D'autre costé, luy insistoit à ce que l'on les luy arrachast, c'est à dire ces deux petis choses, pour l'opinion qu'il avoit que, s'ils estoient hors de sa besasse, qu'il n'endureroit le tourment qui si fort le gehennoit. Or, comme ils estoient sur ces disputes, survindrent quatre personnages qui tous disoient avoir affaire à ce pauvre patient : le premier se disoit estre docteur juriste in utroque; le second estoit médecin; le troisième prenoit la quahté de maistre operateur; et le quatrième estoit un maistre enjôleur qui, paracelsisant à discrétion, promettoit guérir de toutes maladies et plusieurs autres : pource se faisoit fort, mediantibus illis, de rendre sain, sauf et guery ce pauvre périclité. On met le procès sur le bureau; mais, cependant qu'on estoit à délibérer si on
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devoit user de voye de fait et mettre les deux petis tesmoins à l'examen de la coupele, la mort vient à saisir au colet le malade, de sorte que la femme est hors de procès, le médecin n'oseroit plus doser, le tailleur [distinguo p2LV g\uc en clop) ne peut oster la maladie, qui n'a plus de force; finalement le porteur de rogatons a perdu une bonne lipée, puis que la mort a troussé son hernie. A vostre advis, s'ils sont d'accord, tous quatre sortent du logis, et se viennent ranger vers moy, qui alors dis à par moy que ces messieurs me feroient passer ma matinée. Je ne fus deceu; on pourmena à bon escient les chastrez, et à qui en aura, commencent à se donner des ergots cornus et tellement forchus que j'avoie assez affaire à servir de maistre prevost de salle pour r'abattre les coups. Je ne fais point icy estât de la femme, qui estoit tombée en un tel desconfort que, si ces quatre degoustez se fussent mis sus ou après elle, je vous laisse à penser qu'ils eussent fait un beau tripotage. Quant à monsieur le docteur juriste, il estoit bien de la partie pour adjouster un au trio; mais, parce qu'il estoit un peu empesché à escumer le broûet (je parle un langage latinisé) de la marmite, c'est à dire à revestir un inventaire, il laissa couler une partie de la dispute. Toutesfois, après qu'il y fut entré, il
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n'y avoit que pour lui à cracher des subtilitez si gaillardes que, quand François Aretin et le bon Accurse auroient esté là presens, ils eussent esté extasez de voir un personnage si confit en leurs conceptions, limitations, feintises, ampliations et autres gentillesses qu'ils ont matagrabolisé en leurs glosaires. Je n'ay point voulu mettre les noms, designer les qualitez et seigneuries des uns et des autres, non plus qu'au reste des Matinées, de peur que j'avoie qu'ils ne vinssent à s'offenser, et m'intenter une action dangereuse, non point en forme d'instance peremptoire, ains pour m'incriminer en injures. La conférence n'est pas impertinente, voire qu'elle pourra servir à plusieurs personnes qui désirent arracher de leur poitrine toute rancune et mélancolie. Je sçay bien qu'il y en aura aucuns si chatouilleux et engroignez qu'il leur semblera qu'on leur escorchera la virilité nerveuse; mais, s'ils ont peur, qu'ils ne viennent point en ceste salle, où vous verrez ruer de beaux coups; faut avoir bon cœur et ne quitter le courage pour quelque frivole appréhension que l'on se pourroit donner. Il n'ont point icy de cousteaux, ce n'est à faire qu'à coups de langue : il n'y a pas (à mon advis) si grand' chose à faire. Tout ce qui pourroit sembler estrange en cecy est que la dispute des chastrez est pourmenée
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par personnes qui en parloient plus à crédit que pour en estre bien instruits, attendu que pas un d'eux n'avoit esté estendu sur les tréteaux; mais, s'il ne nous estoit loisible de parler sinon de ce dont nous aurions fait l'espreuve nous-mesmes, on treuveroit que pour la pluspartdu temps nous serions contraints de nous tenir muets. Il y a bien plus, que, quant à moy, telle est mon opinion, qu'il est beaucoup plus aisé aux gens qui n'ont esté sondez par l'espreuvette juger de tels affaires qu'à ceux qui, estans dans le dedalus des tourmens castratoires, se treuvent si esgarez que tant s'en faut qu'ils sçachentce qui leur est nécessaire, que mesmement nous leur voyons souventesfois perdre sens, cerveau et esprit, voire la souvenance d'eux-mesmes. Aussi vous sçavez que, pour acquérir bruit de bon médecin, n'est requis d'avoir esté long temps malade, ny pour estre excellent advocat avoir eu plusieurs procès en son propre et privé nom, ains au contraire, au moyen des mouvemens et perturbations qui tombent aux esprits des hommes par commune ordonnance des médecins, n'est permis au médecin soy penser ou medeciner par son seul conseil, et à l'advocat deffendu de postuler en sa cause, comme par un desvoyement d'esprit luy estant trop incogneûe. A sçavoir si le médecin se fiera.
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pour cognoistreen quel estât est son malade, à ce qu'il pourra lui en rapporter? l'ardeur de sa fièvre lui ravit tout le sain jugement qu'il pourroit avoir. Il ne sçauroit luy-mesmes cognoistre son poux.
Maintenant, afin que le liseur ne se mesprenne, je le veux advertir de la qualité que j'ay fait prendre à chacun de ces quatre entreparleurs. Le docteur juriste est celuy que je veux nommer par un nom couvert Margaire. Le médecin, je l'ay desguisé sous le nom d'un Lemougrand. Au maistre operateur j'ay donné le nom de Tourrinel. Ne reste plus que messer Brancasse, auquel je fais tenir le rang d'empirique. Plusieurs se travailleront beaucoup pour avoir le secret voilé sous ces noms, et forgeront des interprétations ausquelles je ne pensis onques. J'eusse certainement dit les vrais noms à descouvert, mais par adventure que cela n'eut agréé a un chacun. Toutesfois ceux qui auront de bonnes lunettes, s'ils veulent regarder un peu attentivement, pourront bien esclairer la vérité, et donner droit dans la visière; mais, s'ils me croyent, qu'ils ne s'amusent point tant aux personnes : ils auront plus de plaisir et contentement de sonder le fonds, et escouter ce qui y est disputé et débattu. Or voicy le seigneur Margaire qui fait l'entrée,
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et reprend la matière un peu de plus haut.
Margaire. Il semble, Messieurs, que tous quatre nous nous estions icy trouvez en ces quartiers pour affliger le seigneur Nicodeme, lequel estoit d'autre costé assez tourmenté du mal que sa douleur orbiculaire luy engendroit. De ma part, je vous proteste que, si je n'eusse esté appelle, je me fusse bien donné garde de me présenter; toutesfois, estant semons et requis, pour le deu de ma vocation, je n'ay peu moins faire que de venir vérifier les pièces d'un inventaire qu'il faut revestir pour rendre les sacs au procureur. Je n'estimoie point que je le deusse trouver en un si pauvre estât. J'ay vaqué plus de trois semaines à dresser l'extrait pour faire mon rapport à ceux qui sont destinez pour faire la consultation; mais, puis que la partie n'est autrement soigneuse, j'ayme mieux lui rendre ses pièces, et que je soye payé; mais, à ce que je voy, je suis bien esloigné de mon compte, je le vois en piteux estât. Hé bien! perdray je mes peines?
Lemougrand. Vous ne preschez que pour l'argent, monsieur le docteur; ne pensez plus à cela, ains plustost, si avez quelque pieté en vous, esvertuez vous, et priez pour ce pauvre seigneur, lequel eui esté encores tout plein de vie si, sui-
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vant ma condemnation, il eut esté estropié des deux principales parties de sa braguette.
Margaire. Vous parlez bien à vostre aise, et ne considérez pas qu'il faut que je vive. Quant à vous autres, Messieurs, si tost qu'avez tasté le poux au patient, et que luy avez ou rompu la teste par vostre babil, ou donné un petit brevet de Decipé (non je prens le D pour R), les escus volent, et estes payez sur le champ; mais nous autres on nous laisse tramper le plus long temps qu'on peut : voire que j'en cognois de si bonne conscience qu'ils voudroient, après nous avoir fait valeter après eux, nous payer en brevets. Ha! que si n'aviez receu le liard du seigneur Nicodeme, que ne viendriez battre le pavé jusques
Lemougrand. Vous parlez comme Dieu : il faut que je vous apprenne qu'on s'entretient plustost de nous autres médecins que de vous pour deux principales raisons : la première est parce que nous tenons en nostre manche la vie et la mort des malades, si bien que, si l'on ne nous contantoit, aucuns croyent que nous les ferions mourir plus viste que le vent; l'autre est qu'alentour des malades l'acoustumée est d'avoir des grandes infections, si bien qu'il nous faut estre tousjours garnis de parfums et bonnes senteurs.
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Brancasse. Hé, monsieur le docteur, entendez vous qu'on vous appelle?
Margaire. Je voy bien que c'est : il faut que j'aille parachever ma corvée; peut estre en tireray-je pied ou aisle.
Lemougrand. Allez; cependant nous pourrons icy nous resjoûir en discours.
TouRRiNEL. Vous uc faites que causer; vous luy tastiez le poulx, et ordonniez assez de receptes; ce n'estoit pas là où le bas le blessoit; vous vous moquez, la partie intéressée est bien plus bas, et où il falloit que je misse la main : car je vous asseure que, quand eussiez tenu ce bon seigneur dix ans entre vos mains, si ne l'eussiez fait tailler après l'avoir fait malheureusement languir, il en fut advenu ce que vous voyez maintenant.
Brancasse. Tout beau, Monsieur, et ne nous pressez pas si fort les mains; je veux parler pour monsieur le docteur, et vous maintiens que, sans ouvrir l'hernie, avec mes receptes tres-singulieres je divertiray l'humeur qui corrompt le boyau.
Tourrinel. Ce sont brides à veaux, et croiray que cela est aussi possible comme que vostre mère soit pucelle, d'autant que, depuis que la dissolution est faite, quand vous y mettriez toutes les décoctions du monde distillées et soufflées, je
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VOUS dépite, tous tant que vous sçauriez estre d'enguillemineurs, de pouvoir rendre la guérison. Premièrement vous sçavez que toutes les drogues que vous donneriez ne pourroient recalciner ou repatrier l'exulceration, qui pourroit s'estre gangrenée sur le coùillon (puis qu'il le faut nommer par son nom) d'une superfluité et trop grande abondance d'humeur aqueuse. En après, où trouverez vous que puissiez ou reboucher le tuyau qui aura esté froissé, ou revirer la defluxion de l'humeur peccante? Si les conduits uretères n'estoient si proches, je diroie qu'il y auroit apparence en vostre dire.
Brancasse. Par raisons naturelles, et qui tombent sous nostre sens, je sçay bien que gaignerez vostre cause contre moy ; mais à l'espreuve je suis asseuré que je l'emporteray. J'en ay fait de si belles et signalées cures que tout homme qui voudroit en douter devroit estre renvoyé à celle qui fait sages les fols; mais ce qui fait que je ne puis bien vous mettre en veuë le secret de ma conception et de ce que j'exploite est que les parties qui sont sujettes à une transcendentele et mercuriale excariation ne sont communiquées à nos yeux : si bien que ne pouvez mordre où ne mettez les dents. Or nous autres avons une maxime d'admirer les vertus cachées de certaines
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créatures, encores qu'elles ne tombent sous la fresle capacité de nostre entendement.
TouRRiNEL. Ha ! que vous en feriez acroire de belles aux gens delà l'eau î Ce sont les routes que tiennent ces maistres donneurs de canars à moitié, qui promettent montaignes d'or, et à peine sçauroient nantir une poignée de sable. Ditesmoy, je vous prie, pour combien eussiez vous voulu entreprendre la cure du seigneur Nicodeme?
Brancasse. Si je m'y mettoie à moins de deux cens cinquante escus, je n'y gaigneroie pas la housse de mon mulet; d'autant que, pour la guerison de ceste maladie, outre quelques minéraux, qui nous reviennent préparez au poids de l'or, il me faut de quatre plantes qui sont fort rares, et qui ont esté descouvertes il n'y a pas trente cinq ans au pays d'Ochelagua, aux montaignes Riphées, et au coupeau du mont Hecle. J'en ay quelques vingt cinq livres qui me reviennent à plus de dix mil ducats : devinez à quel pris je puis m'en dessaisir.
Tourrinel. C'est là où je vous attendoie, d'autant que vous estes tous frapez à ce coin, de nous faire estât de quelques singularitez estrangieres qui ne dissipent point seulement la composition du corps, mais aussi éclipsent d'une ter-
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rible façon les bourses de ceux qui sont si maladvisez que se resigner en vos mains : de fait je me souviens avoir oûy autresfois discourir le seigneur de la Rivière en plaine audience à Paris, où, pour exalter le Paracelsisme, il faisoit promesses de guérir la fièvre avec trois gouttes de poivre, et ce sous la gageure de sa teste. Mais, pour la Faculté de médecine, on fit entendre à messieurs de la Cour de Parlement qu'au lieu qu'il promettoit allégement, que cela estoit pour briser les corps et destruire le peuple, attendu que, pour tirer ces trois gouttes de poivre, il en faudroit gaster une grande quantité. Vous demandez deux cens cinquante escus, et je sçay homme auquel vous ne sçauriez avoir donné la demie douzaine d'escus qu'il ne vous rende vostre braguette vuide de deux ripons, et vous frais, gaillard et dispos, au reste legier de deux grains. Brancasse. Je ne sçay comment le prenez; si est ce que je sçay bien que ce que je fais pour un escu, les autres en voudront bien tirer la demie douzaine; et s'il y a bien plus, que je cognois damoiselle de bon lieu et de bonne part qui s'inscrira avec moy, si besoin fait, poiïr tesmoigner qu'il y a un gros maistre operateur l'ancien, qui a mieux aimé laisser m.ourir un gentil-homme par faute de le tranchecoûiller que de prendre
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trois cens escus. Le gros porc qu'il est en vouloit quatre cens cinquante tout contant. Je vous voudroie demander si ceste incision valoit ce prix, et si pour l'opération d'une heure il luy falloit tant d'escus : le vilain qu'il estoit n'avoit pas trop grand' peine à monter jusques au logis de l'opération, son diable de mulet l'y portoit. De penser le malade n'en estoit question, car il falloit la vingtaine d'escus pour son substitut et suffragant, qui devoit sur-veiller le patient.
TouRRiNEL. S'il y en a qui soient vilains et tyrans, si feriez vous une illation trop cornue de préférer vostre empyrie à nostre profession : il y a autant à dire que du jour à la nuit.
Margaire. Si me semble il que messer Brancasse le prend fort bien; aU moins voudroi-je de ma part tirer ceste conséquence, puisque vous vous formalisez de ce qu'il demande une partie trop excessive, dites vous. Il vous bat de deux poincts : le premier est qu'il prétend guérir l'hernie sans vuider la boursette, qui est un bien qui ne sçauroit estre assez prisé; l'autre est qu'encores que vous arrachiez la pièce, ce neantmoins il s'en trouve entre vous autres (je cognois celuy dont il parle) qui sont si inhumains que, parce qu'on ne leur crache les escus à gros tas, ont laissé mourir un fort brave et honeste gentil-
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homme. Est ce ensuivre non point la reigle de Jésus Christ, mais des glorieux frères saints Cosme et Damien, qui ne prenoient pas la maille pour penser les pauvres malades? Et toutesfois vous vous advoiiez et voulez vous ranger sous leur enseigne! Où pensez vous, pauvres gens? Ce que j'en dis n'est pas que je vueille tenir le party de ces maistres brouillons, je déteste trop l'empyrie. Mais, puis qu'il faut en dire sa ratellée, je soustien que c'est se dénaturer d'ainsi gehenner les pauvres malades.
Lemougrand. Vous estes donc maintenant en quartier, et avez vostre compte : il faut que vous ayez mangé des pigeons; je ne vous demanderay point si avez esté payé de vos peines et vacations, vous n'estes pas bélier pour vous laisser tondre la laine sur le dos. Pourquoy vous topiquez vous contre le seigneur Tourrinel? Il n'est pas de ceux, je vous promets, qui voudroient tyranniser les malades et affliger les oppressez. Comme vous avez le mot en gueule, vous nous donnez des petis brocards que nous pourrions bien rabattre, si mestier estoit, et ne faudroit aller que chés vous ; mais, afin que nous ne formions nouveau incident, je passe legierement sur vos gausseries. Vous supplie que doucement et sans nous eschauffer nous conférions de ceste
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matière, non point pour rendre la guerison au seigneur Nicodeme, il n'y a pas demie heure qu'il vient de payer le tribut à nature, mais à celle fin que je puisse apprendre quelque chose de vous. Il semble que vous partisiez pour messer Brancasse, parce qu'il promet de guérir sans estropier la braguette de ses deux principales et essentielles parties. Promettre et tenir sont deux ; c'est tout ce qu'un homm.e de bien peut faire que de promettre et tenir. Souvenez vous, je vous prie, de ces beaux vers d'Horace :
immedicabile vulnus Ense rescindendum est, ne pars syncera trahatur,
c'est-à-dire :
De glaive faut trancher l'incurable gangreine Qui pourroit infecter la partie plus saine.
Pource vous voyez que nous coupons les bras, les jambes, les doigts, les mains et autres membres si tost que nous voyons qu'il n'y a remède pour les guérir. Et vous autres, messieurs les poliiics, pratiquez mesmes ceste reigle en vostre gouvernement civil : s'il y a quelque garnement au corps de la cité qui puisse gaster et infecter le reste des concitoyens, vous vous mettez après
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luy à belles reprimendes, et, si besoin est, et qu'il ne veuille se corriger, vous ne faites point de difficulté, et en ce faites sagement et justement, de l'exterminer et retrancher de la compaignie des autres qui symbolisent avec le bien public.
Margaire. Cela est bien dit, mais il n'y a aucune nécessité pour l'illation, d'autant que vous reprenez tousjours vos premiers erres, et supposez qu'on ne vous niera point ce que debattoit messer Brancasse avec le seigneur Tourrinel. Par ainsi, afin que vous peussiez à propos conclurre, faudroit qu'on vous accorda qu'il est impossible de pouvoir guérir la douleur des boulettes, si ce n'est par dislocation et evisceration. Et, puis qu'il vous a pieu prendre mire sur nostre disposition politique, je prise fort la comparaison que vous en faites pour le rapport qu'il y a du grand au petit monde. Si vostre argument avoit lieu, il faudroit dire que, dés qu'il y a des malvivans en une ville, qu'il faut ou les dechasser ou foudroier sur eux: cela ressentiroit plus sa témérité estourdie et cruauté que justice. Voila pourquoy, comme aux loyers et recompenses il y a des degrez, aussi aux peines et supplices y a diverses marches, qui font que par douceur on commence à apprivoiser ceux qui sont farrouches; que s'ils sont trop tenax, obstinez et opi-
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niastres, et que la verge ne puisse rien, après la parole on descharge la barre pour froisser ces cœurs félons et indomtez. Mais direz vous qu'aussi tost qu'un pauvre misérable fait quelque sursaillie, du premier coup on luy doive sauter sur le colet, le resigner entre les mains de l'exécuteur de justice? Cela seroit s'armer contre tout ordre politique et contre le sainct advis que nous donnent les Apostres, que, si nostre frère nous scandalise, nous offense, et ne se porte en sa charge ainsi qu'il doit, voire que par ses insolences il se manifeste trop pétulant, faut que par bénignes, humaines, et fraternelles remonstrances on tasche à le radoucir ; que si après il se rend indocile et incorrigible, alors certainement il ne deffend-pas qu'on suive la voye de rigueur. Il y a bien plus, qu'un homme, pour estre mis hors de la cité, ne pert pas l'espoir d'estre rappelle ou de vivre en un autre lieu; mais, dés que les drôles sont ostez du bissac, il ne faut plus en parler. Ce qui me fait si fort insister pour empescher toutes voyes de faict, sur tout quand il est question de desraciner les deuxvirolets de nostre naturalité, est que j'ytrouveplusieurs inconveniens, tant à l'opération qu'à ce qui pourroit s'ensuivir : considérations si tres-prés prenantes que l'on aura bien affaire à me persuader qu'un homme doive estre chastré.
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Lemougrand. Vous estes comme les anguilles de Melun, et criez avant qu'on vous escorche : je vous prie, donnés plaisir à la compaignie. Cela vient bien à propos, car coustumierement, vous autres messieurs les juristes, ne faillez par le bec. Si vous bronchez, ne craignez pas que l'on ne vous redresse,
Margaire. Et bien, puis qu'estes d'advis que je me mette en rue, j'en suis tres-contant. Ne faut pas que vous estimiez que je veuille icy introduire une interdiction nouvelle, et de laquelle on n'ait oûy parler. Nos jurisconsultes, et entre autres Ulpian, tiennent que celuy est à condamner au quadruple lequel, pour rendre son esclave mieux de vente et de plus grand pris, l'aura fait chastrer. Le texte y est formel en la loy Si serviis D. ad l. Aquil.Et quant à ceux qui, de gayeté de cœur et seulement pour leur plaisir, auroient fait désarçonner de la gibecière de leurs serfs leurs parties orbiculaires, ils sont poursuivis à mort comme attaints, convaincus et prévenus des crimes punis par la loy Cornelia. De cecy nous avons tesmoignage es loix 3, 4, 5 et 6, ff. ad L Cornel. de sicariis. Mesmes les historiens nous apprennent qu'il y a un chef en la loy Julia, lequel directement regardoit ces maistres chastreurs; ce qui mesmes a esté approuvé par plusieurs ordon-
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nances de l'empereur Domitian. Les autres princes ont dépossédé les maistres de l'authorité et puissance qu'ils avoient sur leurs esclaves, lesquels pource ils ont confisqué. Vous avés à ce propos la constitution de l'empereur Constantin en la loy première C. de Eiiniich. Par la Nouvelle 142 de l'empereur Justinien est disertement porté que ceux qui auront fait chastrer aucun soient mis à l'examen de la coupelle, et que, s'ils rechapent, leurs biens soient acquis et confisquez au public, et qu'ils soient reléguez en l'isle du Piastre. Que si ce sont des femmes qui, pour gaigner d'avantage à la vente et débite de leurs esclaves, leur auroient voulu faire desgarnir l'escarcelle, qu'elles soient chastiées exemplairement, leurs biens confisquez, et elles condamnées en un exil perpétuel. Celuy qui les a traité le plus doucement, c'a esté l'empereur Léon, lequel par sa Nouvelle 60 a rabattu la peine de la pareille, qui avoit esté introduite par Justinien, et a voulu que celuy qui auroit appelle et fait venir le maistre operateur pour faire telle incision et exection, s'il est couché en Testât des officiers de la maison du roy, il en soit biffé et rayé; en après l'a condamné d'amender dix livres d'or, et au bannissement pour dix ans. Quant au capitaine tailleur de caillettes, il l'a condamné au fouet, à estre tondu et rasé, et à
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estre privé de son bien et de son pays par le mesmes espace de dix ans. Par le droict canon, ceux qui se sont monstrez tellement ennemis de Nature que de se rendre orphelins de leurs belaus, encores que ce fut par dévotion, si ce n'est par nécessité et pour éviter pis, sont forbannis des SS. ordres, can. ij. Qui se; can. Si quis à médias, distinct. 55. Et, encores que, par la constitution de l'empereur Léon, celuy qui de son gré s'est fait deviriliser ne soit puny pour ne s'estre meffait, si est ce que les ordonnances ecclésiastiques ne l'en tiennent point quitte : car, s'il s'est mutilé pour empescher qu'il ne fut clerc, il estoit tenu tant pour homicide et cruel bourreau de soy mesmes que pour ennemy de ce qui a esté créé de Dieu, can. 22, Apos/o/.; s'il estoit desja clerc, on le deposoit, can. 22 ; s'il estoit lay, on le separoit de la communion et fréquentation des autres durant trois ans, pource qu'il avoit luy mesmes dressé embusches à sa propre vie, can. 23. Par les loix des Ripuaires, si un homme franc chastroit un autre aussi de condition franche, libre et ingénue, il estoit condamné en deux cens sols d'amende, tit. 6, § primo legis Kipnariorum. Puis donques que vous voyez que tant de loix se bandent contre ceux qui veulent dénaturer la nature des masles, devez vous trouver estrange si
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je plaide, pour empescher qu'on ne vienne à retranciier ces parties viriles?
Lemougrand. Jusques icy n'avez pas encores failly. Poursuivez et monstrez pourquoy vos législateurs ont défendu si exprés ces retranchemens : car il faut que vous croyez que je suis médecin, et que, si ne me donnez raison de vostre dire, je ne suis tenu de vous croire, attendu mesmes que, puis qu'il s'agit de la nature, et que ma vocation m'appelle à y mettre le nés, c'est bien la raison que justifiez de vostre dire par raisons. Nous sommes en faits contraires, et en un besoin seriez condamné si n'entriez en preuve. Les authoritez qu'avez proposé ont grand poids en eschole de droict, mais devant tous juges j'obtiendroie tousjours ma cause. Ce dont nous disputons est de mon gibier. Il est à présumer que mon art m'y aura descouvert quelque chose, et que j'en parleray comme bien advisé; et quant à vous, en clerc d'armes.
Margaire. Ne vous eschauffez point tant, je vous supplie. Ces prohibitions ne sont sans juste occasion : car, outre celles que j'ay cy dessus particularisé, l'empereur Justinien, en sa Nouvelle 142, cotte disertement ceste raison, que maintesfois, de plusieurs qui se sont laissé faire ceste ouverture extractive, bien peu en sont es-
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chappez, de sorte que ceux qui ont esté sauvez ont tesmoigné en la présence de Sa Majesté que, de nonante qui ont esté estendus sur les tréteaux, à peine trois s'en sont relevez. Et, comme la charge de la dignité des princes et seigneurs ne gist point tant à entretenir les sujets qu'à empescher qu'eux mesmes, par leur folie, indiscrétion et cruauté, se meffacent, on doit tenir ces ordonnances pour tressaintes et tresjustes, lesquelles coupent le chemin aux délits et forfaits. En après, quand mesme la mort ne surviendroit, les pauvres chastrez sont sujets à tant de maladies qui leur sont peculieres, à estre moquez et huez, à estre mal veus et caressez des femmes; mesmes ils sont esloignez et forclos des dignitez. De fait, un chastré ne peut prétendre à la chaire et grandeur pontificale, et autres-fois les chastrez ne pouvoient tester, tant pourautant que la liberté et puissance de pouvoir faire testament estoit ottroyée à ceux qui portoient barbe [ubi quxstio locl et situs est). Or est il que messieurs Non sunt ne sont gueres souvent barbeaux. En après, l'empereur Alexandre Severe tenoit que les eunuques faisoient un troisiesme canton entre les hommes (au rapport de Lampride), où le consul Mamereus prit advis quand il refusa à Genutius la recreance ou possession des biens de Nenianus,
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esquels il requeroit estre intronisé par vertu du testament du deffunct. Mais ce sage consul l'esconduisit tout à plat, parce que (dit Valere le Grand, au septiesme livre, septiesme chapitre) Genutius, s'estant fait estropier des deux seaux de sa nature, ne devoit estre conté entre les hommes ny entre les femmes.
Lemougrand. Ce sont donc là les moyens qui vous poussent à faire difficulté à l'exection testiculaire : si je puis les vous sapper et miner, j'estime que vous ne serez si opiniastre que ne me quittiez la partie. En premier lieu, le rapport que prétendes avoir esté fait à Justinien est fort crud pour vous dissuader de la diiocation riponesque. Il se peut faire que ainsi soit esté, et qu'on n'en ait point preste d'une à ce bon empereur; mais, à votre advis, si en droict cela doit avoir lieu.? Si vous le disiés, vous dementiriés vos jurisconsultes Celsus et Paulus es loix 4, 5 et 6, D. de legib., qui ne veulent point que, puis qu'une arondelle n'ameine point l'esté, aussi qu'un ou deux cas soient suffisans pour establir une loy. Au contraire, je vous feray soustenir par le tesmoignage et un millier de personnes que pour le jourdhuy bien peu en meurent. Voila le seigneur Tourrinel, qui en a depesché en sa vie plus de trois ou quatre milliers; mais de sa vie ne luy en
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sont demeuré quatre entre les mains. Du temps (paradventure) de Justinien, il y avoit de ces maistres trancheurs, lesquels estoient si mal adextres ou mal fortunez que tout ce qu'ils esventoient tournoit à mal, ou faut que l'infirmité du malade le presse à la mort, parce qu'il ne pouvoit endurer le martyre, soit de l'exection, soit de l'eradication et arrachement, Aujourdhuy il y a des maistres de cet art qui y sont si bien duits et versez qu'il n'est besoin d'avoir crainte aucune. Par ainsi, si la raison est l'ame de la loy, et que les loix se changent selon les diverses circonstances et dispositions du temps, du lieu et des personnes, il faut que vous m'accordiez encores que (possible), du temps de ces princes, il y eut un trèsgrand danger pour ceux qui estoient appliquez à la couppelle, et que par conséquent tres-prudemment on a prévenu aux morts qui ensuivoient; que neantmoins à présent, puis que le danger cesse, qu'il n'y a plus d'occasion de peur et affre, on ne doit tenir si resserré le rasoir dans l'estuy que quelques fois on ne le desploye pour faire ouverture à l'hernie. Voila donques toutes vos ordonnances qui vont à val l'eau. Voyons à ceste heure si les inconveniens que vous avez proposé pourront avoir plus de poids et authorité. Vous alléguez que les chastrez sont sujets a plusieurs
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maladies et imperfections, ce que je recognoistray estre vray (sans que toutesfois telle confession puisse vous servir de préjugé) tant pour les defluxions, qui, ne pouvans prendre cours par le tuyau spermatique, tombent sur les jambes, que pour la débilité de la voix, claire et minse comme celle d'un enfant; mais, si vous faites rapport des maladies de ceux qui sont garnis de leurs pièces, et les mettent en besoigne, avec les accidens qui accompaignent les chastrez, vous treuverez que la condition des chastrez est beaucoup plus advantageuse que n'est celle des coqs.
Brancasse. Monsieur le docteur, encores que ce ne soit nostre coustume de vouloir recercher les raisons de toutes choses, si seroy-je bien content d'apprendre de vous pourquoy nos chappons sont battus de ces maladies que vous dites. Par expérience j'apperçois qu'ils grisonnent, et deviennent chenus plustost que les entiers, qu'ils ne portent point de barbe au menton, qu'ils ont les jambes tortues et renversées, et qu'ils ont la voix gresle.
Margaire. Je suis bien contant d'oûir la resolution de ces questions. Poussez, Monsieur le médecin, il vous faschera fort : si faut il que vous nous en esclaircissiez le cœur; autrement et à faute de ce, je croiray que vous
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parlez en perroquet et par oûy dire seulement.
Lemougrand. Ces quatre questions ne sont pas si difficiles que vous criez. Quant à la première, faut que vous teniez que, parce qu'ils ne laschent aucune semence, mais que l'excrément qui devoit servir à engendrer et procréer le sperme s'espand par tout le corps avec le sang, toute ceste humeur, qui eut esté spermatique si les deux battans n'eussent esté détachez, est convertie en pituite, qui, les rendant froids et humides, fait que fort soudainement ils grisonnent.
Margaire. Mais pour la barbe que direz-vous? car cela est arresté entre vous autres médecins, que la matière du poil ne doit point estre attribuée à la chaleur, et pource on dit que l'occasion qui fait que les femmes ont plus longs cheveux que les hommes est qu'elles sont beaucoup plus humides et phlegmatiques que les masles; d'où s'ensuit qu'il y a en elles plus de la matière du poil. Si donques l'humidité de la femme fait qu'elle a les cheveux plus grans que l'homme, il s'ensuit que le chastré devra avoir plustost de la barbe que celuy qui est saisi et enharnaché de ces deux boulets. Vous ne pouvez respondre à cest argument : car mesmes vous tenez que, si un homme n'a point de barbe avant qu'on descharge son escarcelle des deux pièces, il n'en pourra
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avoir par après : voire que, s'il en a, et il la face couper, elle ne recroistra point. Il faut donques, de deux choses l'une, ou que l'humidité ne soit pas cause des cheveux, ou que le chastré puisse porter barbe. Or j'ay une raison, à laquelle vous ne sçauriez que dire, pour monstrer que les cheveux proviennent de l'humidité : car les plus advisez philosophes qui ont voulu décider les dépendances de la question qui est en droit, pourquoy on tient la puberté de la fîUe à douze ans, et qu'on recule les masles jusqu'à quatorze, ont laissé par escrit que c'étoit parce que le tertre du naturel des femmes estoit plustost toffu et moussu que celuy des hommes : dequoy la raison estoit parce que les masles ont entre la poictrine et le nombril la bouche de la vessie qui lasche Turine, d'où les cheveux sont engendrez en ce lieu là , au Heu qu'es femmes la conjonction qui se fait de leur matrice et de leur vessie fait roidir une grande abondance de fumée humectée, d'où la génération des cheveux est accélérée.
Lemougrand. Vous estes un grand philosophe, et ne sçavez distinguer les espèces des cheveux. Il faut que vous estimiez (peut estre) que les cheveux de nostre barbe soient de mesmes naturel que ceux de nostre chef et d'autres parties. Premièrement, vous n'ignorez pas que ceux
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de nostre teste ne soient les premiers qui nous croissent, et sont plus aagez que les autres de dix ou douze ans.
TouRRiNEL. Pose icy : je vous diray ce que j'ay veu. L'année passée, il y eut une bonne commère qui accoucha de deux filles, l'une desquelles, au sortir du ventre de la mère, rapporta sa motte tertrée et chargée de cheveux : je l'ay veu, je l'ay tenu, je sçay qui est la mère; vous la cognoissez,
Lemougrand. Pour un cas adventuré vous ne deviez m'interrompre. Cela est contre l'ordre de nature. Donques, pour reprendre mon propos, s'il y a de la distinction pour raison de l'aage entre les cheveux, sera ce merveilles si leurs qualitez sont diverses? Les cheveux de la barbe sont plus forts et plus roides que ceux de la teste : tesmoignage tres-evident que c'est la chaleur qui prédomine à leur génération. Puis donques que les chastrez sont froids et humides, que la chaleur leur manque, on ne doit treuver estrange de ce que leur menton n'est barbu.
Margaire. J'ay une belle réplique contre vous, si je la vouloie enfoncer : les Alemans, Suisses et autres peuples des nations situées au froid sont coustumierement plus barbus que les Espaignols et autres, lesquels approchent de l'Orient. Toutesfois, je vous prie, poursuivez les autres ques-
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tions, et nous apprenez pourquoy les chastrez ont coustume de tortiller les jambes de travers.
Lemougrand. Cela provient à cause de leur humidité surabondante, qui leur rend les parties du corps molles et flacques; et ainsi, parce que les jambes ne peuvent supporter le fais et la masse de tout le corps, elles se plient, tout de mesmes que feroit un roseau si vous le chargiez et affaissiés de quelque fardeau. La solidité de ceste raison peut estre prise de ce, que ce qui est dur et sec est fort et roide; mais ce qui est humide, mol et mat n'a moyen de résister : un bois sec supportera mieux une charge que ne fera un osier.
Margaire. Hé bien! quant à la voix, qu'en dires vous? pourquoy l'ont ils ainsi gresle et aiguë?
Lemougrand, Retenés tousjours l'affluence de l'humidité que j'ay touché cy dessus, et vous trouvères que de vous-mesmes vous vous donnerés la raison pourquoy la voix des chappons est ainsi menue. De fait, il faut que vous remarquiés que l'humidité, remplissant à floc l'aspre arterie, l'estressit : d'où advient que l'esprit, passant par l'estroit, tient ceste fresle et délicate voix. Or, que les chastrez soient exuperamment humides, entre autres choses appert par ce que
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les mammelles leur enflent tout ainsi qu'aux femmes.
Brancasse. Quand je vous entens discourir de messieurs les chastrez, il me semble que je resve, et ne puis penser à quel propos vous tirez à leur incommodité leur voix aiguë. Ce leur est une chanterelle qui leur fait trouver entrée en de bons lieux, voire jusques en la maison des princes. Vous en cognoissez un de vostre pays, lequel, pour s'entretenir l'air de sa voix menu , s'est fait chapponner. Qu'y a il perdu? Vous direz les deux bolettes, desquelles il eut peu jouer à la fossette; mais vous ne dittes pas qu'il a par le moyen de ceste perte acquis plus de dix mil livres de rente. Si tous ceux qui font passer par le fil du rasoir leur pauvre marchandise pouvoient faire tel eschange, j'auroie grand' peur que la confrairie des chappons ne s'accreut en bien peu d'heure : de sorte qu'encores que la gendarmerie escaille bien ceux du Mayne, si formilleroient ils et pourroient aller en potence parmy nostre France; ne seroient toutesfois bons à manger, pour certaines considérations.
Lemougrand. Je ne veux pas. Monsieur le docteur, vous laisser prendre barre dessus moy, et puis que vous faites si grand alleluya des incommoditez et imperfections qui accompaignent
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les chastrez, je vous prie, contre-balancez les avec les maladies qui nous sont causées pour mettre en besoigne nos outils naturels. Vous trouverez que ceux qui se peuvent passer de l'accouplement des femmes s'en portent beaucoup mieux et plus dispos, voire vivent plus longtemps que ces estalons qui par sursaillie se brisent et cœur et corps.
On sçait que l'acte vénérien débilite les forces de nostre corps, les rompt, les énerve et les consomme, voire qu'il abbrege de beaucoup le cours de la vie. Ce qui a esté bien pris par Aristote et les autres philosophes, qui tous tiennent que le vray passaige pour poster à la mort est de bander souvent à l'atelier de Venus. Pource Hésiode, en sa Théogonie, défend à celuy qui veut atteindre longue vieillesse de tendre aux femmes, d'autant que sans tison elles ont (dit-il au second de ses Journées) un brasier dans leur fournaise qui dessèche toute l'humeur vitale de ceux qui veulent entrer en party avec elles. Et pour ceste occasion un certain docteur remarque que nos anciens pères vivoient plus long temps que nous ne faisons à présent, parce, dit-il, qu'ils ne prenoient pas tant du poil de la beste qu'il leur vint à cœur, ainsi qu'il se pratique aujourdhuy. Au troisiesme des Rois, chap. xj, Salomon long temps aupara-
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vant qu'il mourut est appelle vieillard et ancien, quoy que, quand il deceda, il n'eut passé sa cinquantiesme année, mais il avoit avancé son aage par la Visitation qu'il luy convenoit faire de l'haras de ses femmes et concubines. Le mulet vit plus long temps que le cheval, parce qu'il ne sçait que c'est de chauderonner et battre sur l'enclume. Plutarque, au livre qu'il a fait de conserver la santé, nous apprend que l'acte vénérien engendre beaucoup de superfîuitez et excremens qui, si on ne les divertissoit, seroient trespropres pour nourrir et entretenir le corps. J'ay honte de parler de la vérole, des poulains, des bouches chancreuses, de la pelade, de la pissechaude et autres danrées qui se gaignent à la luyte cupidique. Ceux qui ont passé par les piques peuvent sçavoir à quel marché ils en sont sortis, et com ■ bien en vaut l'aune : voire que, si dés leurs jeunes ans on eut nettoyé leur bissac, ils y eussent gaigné beaucoup d'argent, et n'eussent enduré tant de tourmens qu'ils ont fait. A tout rompre, c'estoit à faire à deux cens escus et à tenir la chambre au plus six semaines pour estre chapponné. J'en cognois un qui, sans conter ce qu'il a despendu après les maquereaux, maquerelles, putains, et ses bastards, qui luy revient (il me l'a ainsi juré) à plus de cinquante mil escus, et en
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une année passé par les piques trois fois, et à ciiacune fois trois cens escus : il n'y a gueres que quinze ans que tous les ans il prend ceste purgation, qui luy dure à chasque coup six semaines; devinez si la diette ne luy couste, en toutes façons que le voudrez prendre, plus que n'eust fait le desengonnement de ses deux belaus. Je ne vous demande pas s'il est gentilhomme. Trois fois quinze sont quarante-cinq; quand il n'y en eut eu que neuf, il pouvoit passer; ainsi voila de soubre pour quatre : en prenne qui voudra, je quitte tout. Mais le pis est qu'il n'a dent en gorge qui ne relevé de quelcun ; son corps luy tombe en pièces.^ Et après vous direz que les non sunt sont misérables, qu'ils sont sujets à maladies! Je cognois un personnage qui est monsieur sans queue, et n'a plus que sa gibessiere pendante et debiffée, de telle sorte que le pauvre homme cent et cent fois le jour ne fait que maudire l'heure qu'il n'a jette au diable ces boulets ensoulphrez qui luy ont mis le feu au corps. Comme bien peu de maladies me pourriez vous trouver qui ne servent comme d'estafîers aux deux compaignons que sçavez. Contemplez moy ces bons supposts de la bande vénérienne, vous leur verrez les yeux rouges, chassieux et à demy perdus; et d'où cela, sinon que par expérience nous trouvons que, lors
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qu'on s'est dételé du colis cupidique, vous avez un esblouissement d'yeux. Les uns ont les yeux battus, les autres hâves. A la continue, ils se chargent si fort que, pour loger ou héberger l'aveugle, on devient aveugle. Les poètes ont eu esgard à cecy quand ils ont feint leur dieu Cupidon aveugle. Ce qui a esté remarqué par le poëte constantinopolitain Marulle, au premier livre de ses Epigrammes, en la description de Cupidon. A ce aussi se doit rapporter l'histoire que S. Ambroise descrit au quatriesme livre, chap. dixsept, de ses Commentaires sur saint Luc. Theotime estant fort affligé de sa douleur des yeux, les médecins luy defendoient hanter les femmes. Toutesfois, comme il ahannoit à faire la recognoissance de la sienne, il ne peut se commander qu'il ne la joignit; estant au plus fort de la besoigne, il se ressouvint de la défense que luy avoient fait les médecins, si luy faschoit il de retirer son espingle du jeu. « Adieu, dit-il lors, chère lumière! » Quant à la goutte, par espreuve on recognoit que (selon le dire du poëte) elle est fille de Venus, de mesmes qu'est la chiragre : je m'en rapporte aux nodus, tremblemens de mains et titubations, qui ne justifient que trop de mon dire. Quant à la voix, vous parlez des chastrez, mais le combat vénérien luy est beaucoup plus
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contraire que la privation et défaut de ripons. Et pource Aristote tesmoigne que les chantres, s'ils veulent bien entretenir leur voix, doivent faire trefves de brayette. La raison de cecy a esté (à mon advis) prise de ce que nous voyons que la voix vous mue dés que vous commencez à tendre vos approches du calibre.
Margaire. Vous nous en contez de belles, et semble que prendriez bien fantaisie que l'on se passast de cognoistre les femmes : voulez vous que nature se perde? Si vous me croyez, vous retracterez tout ce que venés maintenant de déduire.
Lemougrand. Par faute de nous entendre, nous nous contredisons : vous estimez que je suis ennemy de nature, et je n'y songis onques. Car, à dire vray, et vous le pouvez bien cognoistre, ce que je viens d'alléguer n'est que pour vous donner une contremine aux imperfections de l'exection testiculaire, car vos deux boulets pourroient vous endommager de beaucoup plus que vous n'endureriez de mal et tourment par leur absence et extraction radicale. Voire mais, dites vous, on se moque des chastrez. Ce ne sont que les fols et mal advisez qui s'en rient. Si deux hommes avoient chacun un chancre qui les rongea et tourmenta, et qu'il y eut l'un d'eux qui se le fît arracher, l'autre auroit il occasion de se gaber?
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Le moqué seroit guery, et le moqueur en oppresse. Les chastrez sont pour la plus part exemps des furieux assauts de Cupidon. Nous autres portons, nourrissons, et entretenons le feu qui nous embrase.
Margaire. C'est bien arguer! ainsi vous tenez que nous sommes assortis de nos tesmoins tout ainsi qu'est messer Julian de son chancre. Nostre assortissement nous vient de nature à tous; et de ma part je sçay bien que je n'ay aucun chancre, n'en eus onques, et si ay encores moins d'opinion d'en avoir : tellement que je tiens que ces escrevisses gravissent sur messer Julian outre son naturel, par accident, et par les humeurs peccantes qui luy créent et produisent son indisposition.
Lemougrand. Vous prenez tousjoursà contrepoil mes raisons : le rapport que je fais du chancre h vostre naturalité n'est pas que je les veuille apparier par ensemble; il y a autant à dire que du jour à la nuit; il faut que vous estimiez que je ne vous tiens point si grue que je puisse vous faire acroire que le rapport soit égal en toute façon. Il n'en y a point qui ne cloche^ mais je pretens monstrer que, tout ainsi que le chancre endommage fort messer Julian, aussi peuvent luy prejudicier ses genitoires, de sorte que , puis qu'on
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auroit tort se moquer de luy s'il avoit peu se faire oster son cliancre, aussi doit on taxer et reprendre ceux qui monstrent au doigt les seigneurs non sunt.
Margaire. Mais que direz-vous des femmes? Quand on leur parle d'un qui est léger de deux grains, ne craignez ja qu'elles s'en approchent : elles le fuyent. Quel plaisir (disoit une que je sçay bien) auroit on avec cela? Il n'en a non plus que sur ma main. Cela fourgonnera, mais quoy? Il y mettra le feu, l'esteigne qui pourra. C'est un regrigné, un jaloux, un floùet pour tout potage; c'est un capitaine Hongre.
Brancasse. Laissez moy respondre, je vous diray que ce sont des sottes et testes mal burinées, de la parenté des enfans de Zebedée, qu'elles ne sçavent ce qu'elles demandent. Elles ont ce qu'elles cherchent, et se mescontantent de ce qu'elles n'ont, et que cerchans elles seroient bien marries de rencontrer. Elles se plaignent (dites vous) parce qu'on ne fournit à l'appointement. Et combien y a il qui voudroient battre l'estrade, et que le coup ne porta point? Il y en a dix mille et plus de cent fois autant qui, ou par drogues et illégitimes receptes font tarir, perdre et enaigrir la présure de leur formage, ou, crainte de pis et pour jouer au plus seur,joùentà mets couvert.
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Je m'en rapporte aux godemichr de velours et d'yvoire qui sont enfournez en la grottesque. Mais, en toutes ces singeries et autres marmoteries de la Celestine, il n'y a pas la centiesme partie du plaisir qu'ont celles qui supportent le fait de nos chappons. Ne pensez pas que je vous presche icy chose nouvelle; il y a si long temps que la pratique en a esté commencée^ estant certain qu'il y en a infinis qui ont ceste force en eux, comme ceux ausquels telle section a esté faite bien tard : d'autant que, la semence ayant une fois pris son cours par la vertu des parties attrayantes, si puis après telles parties sont ostées, le cours toutesfois ne laisse pas de quelque peu continuer et servir de chatouillement, qui engendre une envie et encourage la personne, dont procède la vigueur et la force. Juvenal, en sa sixiesme satyre, monstre que les chastrez peuvent estre employés pour chevaux de service, quoy qu'ils ne puissent estre estalons. De fait S. Hierosme, sur un pareil discours que celuy du poëte Juvenal, au livre premier contre Jovinien, reproche aux femmes spadonem in longam securamque llhid'mem exectiim . Et lisons dans le premier de Philostrate, en la Vie d'Apollonius, qu'en la Cour du roy de Babylone fut trouvé un eunuque couché avec Tune de ses concubines. A quoy se
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doit rapporter ce que l'on nous raconte des Turcs, que ce qui leur a fait couper et bourse avec ce qui estoit dedans, et le flageolet, fut parce qu'un prince de Turquie, ayant veu qu'un cheval chastré ne laissoit à sursaillir une jument, se donna à entendre que les messiers du serrail pourroient de mesmes monter sur les arbres : cela a esté cause que dés ce temps là on a raclé et mis à net la gibbessiere des povres esclaves destinez à la garde des poules.
Lemougrand. Non, je passeray plus outre, et diray qu'il y a des chastrez, les femmes desquels leur ont produit de beaux enfans, quoy que cela soit formellement contraire à l'ordre de nature. Et, afin que je ne vous envoyé gueres loin, je prendray preuve de ce qui est de vostre cognoissance ; je m'en rapporte à la fille de M. Nicolas l'hongre, vostre grand amy, qui fit son premier coup d'essay en advocasserie à esgousser des fèves : voulez vous dire qu'il soit confrère de la lune? Il portera donc sur sa teste plus de quatre cornes.
TouRRiNEL. Je sçay qui et quel il est, ce suis je qui fus employé à luy des-engonner son pacquet; j'en suis payé, je l'en tiens quitte : aussi de ma part'je tiens tant de luy qu'il se tient pour contant de moy. Je tesmoigneray, et telle est la
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vérité, qu'il y a du vuide en sa gibessiere. J'ay, il y a plus de trente deux ans, ses compaignons: voila pourquoy je suis si asseuré de mon baston, et neantmoins je sçay que sa femme a eu une fille. Brancasse. a d'autres, Messieurs, je ne vous passeray point cest article, et, afin que l'on ne soit point abusé sur ce fait, je suis bien contant vous en dire ce qui en est : je sçay qui est le pèlerin duquel vous parlez. Il n'a point de ripons, ils se sont transformez en cornes, lesquelles il porte grandes comme un bouc, et si ne les sent pas. Il faut que vous sçachiez que ce M. Nicolas prit à femme une dame, laquelle n'imputoit point l'absence delà barbe, qui lui apparoissoit, au deffaut de cliquaille, ains à la jeunesse ou à une tardiveté-, et d'ailleurs, pendant qu'il luy faisoit l'amour, elle voyoit qu'il n'y avoit que pour luy à faire des cabreoles priapesques. Mariée qu'elle fut, au point du choc elle se trouva deceuë d'outre moitié de juste pris : on luy avoit donné une bourse, toutesfois il n'y avoit rien dedans. Il battoit fort la porte, mais d'enfoncer, il y avoit un contre-fort trop dur. Quant à luy, il la mesuroit à son aulne, et presumoit que, puis qu'il se lassoit à la foule, qu'elle devoit de mesmes prendre sa bonne volonté et la peine qu'il prenoit en payement. De fait, pour l'entretenir en ceste opi-
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nion, il vous luy vouloit jetter des petits mots de la luite nocturne. Mais cela n'estoit que vent, elle n'y prenoit aucun goust. Apres qu'elle eut long temps trampé sous l'ennuy d'une si crue vanité, chatouillée par ce boute-feu, à l'improviste se trouva invitée de recevoir un amy entier au lieu de son M. Nicolas, lequel elle avoit beau produire en son inventaire, elle y trouvoit tousjours déficit. Pour remplir sa production, elle prend party, Monsieur le docteur, avec un, hé! vous ne le cognoissez pas. Cest amy se fourra si avant qu'au bout de deux mois la bonne dame trouva que son sac estoit plein : tant de deffaux de cœur, de chagrins; dont M. Nicolas s'apperceut, qui en fut fort aise, et s'en boursouffloit comme un petit crapaut. La neufvaine des lunes passée, elle eut la vuidange de son procès, et vous posa une belle fille. Chacun se met à crier : « Miracle! miracle! » d'autant que, par succession de temps, plusieurs avoient descouvert que M, Nicolas estoit Dominus non siint, et d'ailleurs ne pouvoient se mettre en teste que la commère tint chambre garnie que pour son mary. Toutesfois quelques uns, qui se faschoient de ce qu'ils voyoient qu'on en donnoit une si chaude à cest advocat, luy monstrent par vives raisons que ceste fîUe ne pouvoit estre procedée de son escarcelle,
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le pressèrent par tant de moyens qu'à peine sa femme fut hors de couche qu'il commença à la mal mener, entre en reproches, délibère de la quitter. Les parens se jettent a la traverse, qui appaiserent si bien tout l'affaire que M. Nicolas ne faisoit tousjours que bonne mine; mais, quand la fille commença à marcher sur sa treiziesme année, il avoit bien envie de se secouer d'elle, et ne la marier; bref dit tout net à sa femme qu'il la desadvoûoit, et partant qu'elle ne vaudroit jamais d'un liard de tout son bien. Représentez vous icy les troignes et putes cares d'une femme lors qu'elle est en tel affaire. Maistre 'Nicolas n'avoit que du groin, qu'il portoit mal en gré, et pource prit l'air des champs et y retira toute sa famille, pensant que, changeant l'air de la ville, elle se changeroit : nulles nouvelles. Sa femme avoit une chambrière assez affectée sur laquelle maistre Nicolas tascha de se rembourser des arrérages qui lui avoient esté refusez par sa femme; mais quelqu'un survint qui empescha l'exécution. La chambrière fait entendre à sa maistresse le tort qu'on luy vouloit faire, la prie d'y remédier. <( Non (dit-elle) tien bon; je te veux marier avec mon serviteur, et te feray bon et honneste party moiennant que tu faces ce que je te diray, c'est que tu te laisses aller à mon mary; il n'a pas
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garde de te dépuceler. « D'ailleurs souz main elle parle au valet, luy met si bien le feu en ses chausses, qu'il ne cessa, souz la promesse de sa maistresse, qu'il n'eut versé la chambrière par terre. Si bien jouèrent qu'elle se trouva enflée. Maistre Nicolas aussi y trampoit, et par ce moyen ne pensoit plus au groin de sa femme, laquelle, ayant espié l'heure de cette grossesse, prend sa chambrière à part, luy fait le bec, l'asseure que, quoy qu'elle la tance, elle luy tiendra sa parole moiennant qu'elle vueille charger maistre Nicolas de cest enfant. La chambrière luy promet merveilles. Souz ceste asseurance, la maistresse biaise sa pratique fort adextrement. Et, comme son mary se fut allé pourmener à une lieuë du logis, elle fait appeller trois ou quatre bonnes femmes ausquelles elle conte le meschant et lasche tour que sa chambrière luy avoit fait : on l'appelle; la maistresse à belle langue la vous bat de ce qu'elle avoit fait un bordeau de sa maison. Apres plusieurs dénégations, la fine chambrière, faite au badinage, en fin confessa, et, se prosternant à genoux, cria mercy à sa maistresse, laquelle ne se tenoit pas pour contante : car, outre que les femmes sont curieuses, le nœud de la matière gisoit à faire recognoistre l'enfant. On vous presse de si brusque façon la pauvre hydropique qu'en
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fin elle advoûa (mais ce fut avec des sanglots et simagrées que pouvez penser) que l'enfant luy avoit esté fait par maistre Nicolas l'Hongre. « Tu as menty, vilaine, luy répliqua la maistresse; il ne sçauroit avoir enfans, il n'a point de choses. » La chambrière formellement insista. En fin, pour refrein de cette spécieuse information, la maistresse fait mine, comme outrée de colère et despit, de la vouloir outrager. M. Nicolas ne fut plustost arrivé qu'il trouva tout son mesnage dérivé, sa chambrière déplorée, sa femme si tres-depite qu'il ne pouvoit luy arracher un seul mot de la bouche. « Voy, et qu'y a il? » Alors la femme commence à le festoier de belles injures et reproches : « Vilain chastré, tu disois que tu ne pouvois rien faire à une femme, tu l'as bien monstre à ma chambrière;, tu fais difficulté de nourrir ta fille pour engendrer des bastards. « Les autres femmes se mettent encores dessus luy, et après, et vous en aurez; le vous venent de telle sorte que, si le pauvre homme eut eu encores ses deux compaignons, je croy que son hernie en eut peu avorter. Pour faire mine virile se mettoit en termes de ny ; mais la chambrière luy detrampa si proprement les qualitez et circonstances du fait, du temps et du lieu, que le pauvre hongre fut contraint de demourer tout coy, et perdit la pa-
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rôle, recognoissant, pour éviter plus grand scandale, que l'imputation dont on le chargeoit estoit véritable. Voila le procès à moitié gaigné pour la femme; si ne voulut elle arrester en si beau chemin; elle fait moyen que son mary la prie de faire en sorte qu'on fit prendre ceste chambrière pour femme au valet. Elle se fit fort long temps tirer Taureille; en fin elle traitte l'accord de mariage entre ces deux bonnes pièces aux despens de son mary, auquel par ce moyen elle fit advoûer sa fille.
Margaire. Je vous retiens, Seigneur Brancasse, pour nous en fournir; vous en sçavez donner. Si le conte n'est vray, asseurez vous que la bourde est belle.
Lemougrand. Si n'y a il point de menterie, je vous promets : que les femmes se plaignent donc tant qu'elles voudront, elles sont indiscrètes, et ne sçavent ce qui leur faut, voire ce qui est séant. Je me souviens avoir leu que la Glose^ au chapitre 2, De Frigid. et malef.j est d'advis que le mariage est bon, cum eo qui habet virgam erec^ tam, par ce que, quoy qu'il n'ait les boules, si peut il, jouant à la fossette, donner plaisir à une femme. Il y a plus, qu'entre les Chrestiens le mariage n'est pas afin d'avoir des enfans, comme estoit la loy de nature; mais est seulement per-
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mis, afin de subvenir à l'infirmité humaine, ne urantur, can. Niiptiarum 27, qaœst. 1. can. Solet. 82. quœst. 2. et pource on appelle prolem boniim et non causam conjugii, can. Omne 27. quœst. 2. De fait nous ne voyons point aucun canon de concile ou decretale constitution de pape qui défende à un chastré de se marier,
Margaire. Vous tordez le nez aux passages qu'avez allégué, car la vérité est que le mariage est aujourdhuy interdit aux Non sunt suivant le droict civil des Romains, lesquels n'ont jamais approuvé le mariage de ceux qui sont castrati vel thlibise, id est quorum testiculi sunt ab infantia in aqua calida contriti. La cause de ce reffus est parce que notoirement telles gens ne peuvent avoir des enfans, pour raison desquels estoit ordonné le mariage. Ainsi donc le mariage est permis aux Chrestiens in solatium infirmitatis , modo insit aliqua spes prolis. Que si on accordoit le mariage des chastrez, ce seroit pervertir le mariage, attendu qu'outre l'espérance, qui est perdue, d'avoir lignée, la compaignie des femmes ne pourroit leur servir d'aucun relaschement, nihil emittendo : ce seroit les vouloir faire coignefestus. Si vous n'avez point d'argument plus roide, ne me bandez point ces hongres contre les femmes; vous, eux et elles ne perdriez que
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vostre temps; eux, la peine qu'ils y prendroient, et elles la patience qu'elles auroient. Je vous prie, tranchez court; voyez si avez autre chose à dire : la matière que maniez est legiere de deux grains, partant je ne m'esmerveille pas si vous syllogisez si fort à la legiere.
Lemougrand. Un petit mot d'audience. Vous reprochez qu'ils sont esloignez et forcloz des dignitez. Distinguo : pour la royauté et principauté, vous avez apparence de raison, d'autant que vous voulez avoir hoir et successeur des reins de celuy qui vous commande, ce que je treuve bon; mais pensez vous qu'auprès des grans il n'y ait point de place pour les chastrez? Ceux qui avoient la garde de la chambre impériale, et qui sont nommez en vostre code pnepositi sacro ciibicLilo, n'avoient ils point de crédit? Vous ne direz pas que, pour estre chastré, un homme soit incapable d'exercer charge, office et dignité en la justice. Je cognois un président qui n'en a non plus que sur ma main, et si on ne tient pas qu'il se mouche du pied. Quant à la dignité sacerdotale et pontificale, je recognoistray véritablement que les prestres doivent estre entiers, ce que je treuve mesmes avoir esté ordonné des siens par Romulus; mais cela ne doit estre pris tellement à la lettre qu'il s'ensuive que ceux qui ont perdu
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les mereaux de leur naturalité, doivent perdre la qualité de prestres. Vous avez un tesmoignage cap. 5, de Corp. vitiat., où nous sommes appris non exigi sacerdotio eum qui propter lepram, pltiliginem et elephantiasmum sibi execiiit vinim.
Margaire. La raison est icy toute évidente, d'autant que cela est tres-veritable, que celuy qui a mis bas le canon et les boulets n'est pas coustumierement surpris de ladrerie. Et d'ailleurs j'ay oùy parler de plus de dix mil qui ont leur gibecière desgarnie, vi majore beUiqiie impetu, ausquels vous ne sçauriez oster le titre et nom de prestres. Mais parlons d'un que cognoissez et rêverez, car l'eschapatoire qu'avez trouvé pour les roys et princes séculiers ne peut estre icy em.ployé : direz vous que sa naturalité luy soit nécessaire pour produire lignée? Je tiens de vous que non; le vœu gênerai de perpétuelle pudicité et continence vous dementiroit.
Lemougrand. Je ne suis pas si mal apris, mais j'estime qu'aujourdhuy, quand on viendroit à en recréer un cui deficerent gemini orbes, pourtant il ne seroit demis de sa chaire et dignité, moyennant qu'il apparut que véritablement il fut masle. La raison qui a donné cause à la loy ne peut plus avoir lieu : je n'en parle qu'après les autres; si je faux, c'est sans y penser.
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Margaire. Encores suis je bien aise que de vous mesmes vous recognoissiez.à demy la debte, car tous les subterfuges que vous prenez ont aussi peu de nés que vos chastrez de marchandise. Mais que pourrez vous dire à ce que nous trouvons que les chastrez ne pouvoient testamenter pour les raisons que je vous en ay cy dessus cottées?
Lemougrand. Je vous respondray que vous tordez le nés, puisque nés y a, à la lettre, et n'entendez pas bien les escritures. Car en premier lieu le fondement que prenez sur ce que ceux qui ne peuvent engendrer ne peuvent establir des héritiers est fort fresle : vous voyez que M. Nicolas, quoy qu'il ne porte rien en son escarcelle, est père d'une fille. Joint aussi que, si besoin estoit, je vous monstreroye que testiculi non siint sine quibus on ne puisse engendrer. Il y a plus, que l'argument a paternitate naturali ad legitimam et ftctitiam ne doit point avoir lieu entre nous, qui tous les jours voyons que les prestres, quibus jure ipso interdicta est generatio, testamentent, nomment et instituent des héritiers. Mais qu'est il de besoin de vous battre par raisons, puis que vous avez au sixiesme livre du code de Justinien, tit. Qui test. fac. l. 5, l'ordonnance de l'empereur Constantin qui vuide tout ce différent.
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« Qu'il soit loisible (dit il) aux chastrez de faire testament, dresser, à l'exemple d'un chacun, leurs dernières volontez, escrire des codiciles, moyennant qu'ils gardent la commune pratique des testamens, » Et maintenant vous oserez faire les Non sunt intestables?
Margaire. Attendez, et prenez advis à la constitution des empereurs Valentinien, Theodose et Arcade, laquelle est au code Theodosien, tit., De lis qui super religione conlendunt : Eunomiani spadones nec faciendi nec adipiscendi habeant licentiam testamenti. Vous devez sçavoir qu'en droict on octroyé beaucoup plus de privilèges à ceux qu'on nomme spadones qu'aux chastrez, encore qu'ils soient tous d'une mesmes confrairie. Ils peuvent estre mariez, adopter et exploiter plusieurs actes légitimes, ausquels les povres chastrez n'oseroient se présenter.
Lemougrand. Conférez les dattes des ordonnances, et vous vous trouverez vaincu : voire, que si vous voulez feuilleter dans le code Theodosien, vous trouverez que les mesmes empereurs ont rabattu ceste intermination testamentaire. Je diray bien d'avantage, car, selon que la suite du discours nous meine, nous voyons que dés qu'un esclave, ayant esté chastré, estoit présenté pour vaquer au service de la chambre sa-
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crée, il n'estoit point seulement n:iis en pleine et franche liberté, mais aussi il pouvoit tester de ce qu'il y acqueroit, sans l'authorité de son propre père.
Brancasse. Ne sera ce jamais fait? Je n'entens rien à cecy; voila les chastrez qu'on pourmene d'une terrible façon. Je trouve que vous gaignez. Monsieur le Docteur, dont je suis bien aise ; par ce moyen je pourray faire bien mes ferrettes, et voudroie qu'il m'eust cousté ce que je n'ay pas, et les deux boulets de M. Nicolas, que j'ay, que cinq cens que je cognois prinssent aussi grande fantasie à se faire nettoier leur pacquet comme j'ay bien envie de leur y faire bon devoir: il y auroit à gaigner pour moy plus de vingt mil escus. J'en cognois un qui ne voudroit pas passer à moins de cinq cens escus.
Margaire. Et tousjours après ceste avarice! Vous n'en aurez jamais assez : vous voulez vuider les gibecières d'autruy pour remplir vos bouges.
Lemougrand. Non, je ne tens pas là, car par le discours que j'ay fait vous voyez que je vous ay rabattu tous les moyens qu'aviez pour empescher le retranchement que je pourchasse. Je vous ay fait toucher les occasions qui vous dévoient semondre à tenir mon party. Maintenant je n'ay plus qu'un petit mot pour seeller et boucler la
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vérité de ce que j'ay maintenu. Je vous mets en face l'authorité sacrée du Sauveur de tout le monde. Il y a des eunuques, dit-il, qui se sont chastrez pour le royaume des cieux.
Si donques l'apparence des affaires humaines, la nécessité que nature vous impose d'abbattre ce qui abrège vos jours, et la raison mesmes, ne peuvent vous faire prendre courage pour déplacer les tesmoins de vostre folie, au moins que l'authorité de Celuy qui ne ment point, et lequel ne tasche qu'à vostre proffit et de nous tous, vous achemine à une si sainte et honneste espreuve. A quelle fin le ferés vous ? Ce sera pour le royaume des cieux. On vous monstrera au doigt, et pourtant vous lairrez à faire vostre devoir. Vous ne serez pas le premier qui, faisant bien, aurez esté moqué. Vous ne serez le premier qui aurez obey au saint advis du Rédempteur des humains. Vous avez pour patron ce grand docteur Origene, lequel, pour la grande affection qu'il avoit de garder sa chasteté, et qu'il voyoit que sa charge le necessitoit à hanter parmy diverses personnes d'aage et sexe différent, à l'aage de trente ans, pratiqua sur son corps cest advertissement du Sauveur. Du commencement, il n'y avoit celuy qui ne prisa grandement un acte si tresdigne, mesme l'evesque Demetrius l'approuva et luy en
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sceut fort bon gré. Mais, comme il vit qu'Origène entroit en réputation et le devançoit pour la saincteté de vie et intégrité que luy causoit sur tout l'absence de sa naturalité, il voulut l'en attaquer : de fait forma son accusation pour ce à rencontre d'Origene; mais il n'y gaigna qu'une honte, qu'il s'acquit à sa grande confusion,
Margaire. Je prise grandement le sçavoir d'Origene, et recognois que c'a esté un personnage doué de plusieurs grandes grâces ; mais il a eu des opinions assez cornues et de travers, de sorte que ses œuvres ont esté condamnées au concile célébré à Cypre, en l'an de salut 4o5. Joint qu'il n'y a celuy des docteurs qui ne tienne qu'Origene a pris trop cruement les paroles de l'Evangile.
Lemougrand. Pensez vous que nous n'ayons d'autres personnages, lesquels ne se treuvera que, pour s'estre fait chapponner, ils aient perdu un brin de ce qui peut mettre un personnage en estime? Vous avez l'eunuque Narsete, qui fit de si beaux exploits sous l'empereur Justinien. Ce fut luy qui desconfît Bucellin et Amingue, chefs des François, lesquels ravageoient l'Italie, Les Goths aussi esprouverent combien pesoit le courroux de Narsete; dequoy rendra t'esmoignage la deffaite qu'il fit de Totile et Thoias, roys des
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Goths. Bref, par ses vertus et martiales prouesses, il acquit telle authorité auprès de la personne de Justinien qu'il n'y avoit que pour luy a tailler et roigner des affaires de l'empire. Les historiens, entre les louanges qu'ils luy donnent, remarquent ceste cy, que certainement il estoit grand pour son bon et prudent conseil, mais que l'affection qu'il avoit à sa pieté et religion estoit encores plus grande. Pour éviter prolixité, je ne vous ramentevray point Phavorin le philosophe, ny ce chambellan de l'empereur Constantin Euterius, duquel vous pouvez apprendre grandes choses d'Ammian Marcellin, liv. xvi. Je me commence à ennuyer d'entretenir si long temps ceste dispute.
TouRRiNEL. Si faut il tenir bon; autrement, si vous laissez faire à monsieur le docteur Margaire, nous pourrons bien aller nous faire planter pour reverdir : les buscherons n'ont pas garde de gaigner beaucoup, s'il n'y a rien à abbattre aux forests.
Margaire. Ouy, mais de mettre à bas ce qui pourroit faire proffit, et qui ne peut estre renversé qu'au grand préjudice de l'arbre, il me semble que Ton ne me sçauroit fournir de raison pertinente pour me le persuader. Vous estes un fin homme, mon amy; tous ceux qui tiennent tel langage que vous faites ne procurent pas nostre
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proffit, ils nous aiment mieux pauvres que riches. Nostre procès est prest à mettre en estât; nous avons produit, et maintenant on nous veut faire oster les deux principales pièces du sac. Cela, qu'est-ce autre chose, sinon vouloir faire condamner à platte cousture celuy du sac duquel on aura tiré ces deux principales pièces? Il y aura des délais; mais, quand vous aurez reculé en arrière cinq cens ans, jamais vous ne pourrez remettre les pièces au sac; je dis mesmes, quand les jetteriez dedans, qu'elles ne vous seroient admises pour bonnes et suffisantes. Encores si pour un temps on les pouvoit mettre dehors, et après les remettre, ce seroit affaire à recognoistre le clerc qui nous feroit ceste gratieuseté. Nostre procès est une information qui doit estre close et scellée : s'il appert qu'il y ait eu infraction ou ouverture, ne pensez que, pour la reclorre et reseeller, vous la validiez. Jamais les pièces de l'information ne doivent estre veuës que par le juge.
Lemougrand. C'est ainsi qu'il en faut parler, et quant à moy, j'ay en partie envie de me ranger avec vous; mais pesez bien ceste raison, seigneur Margaire, c'est à vous à qui le fait touche, non pas qu'on veuille mettre vostre marchandise à l'examen de la coupele, mais parce que vous
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sçavez bien si ce que je viens de dire est vray, et si en matière de procès il ne fait pas fort dangereux, sur tout en matière de mort, de tirer du sac les deux pièces principales justificatives de l'intégrité du personnage poursuivy.