PHÉNOMÈNE NATUREL OU ASTRONOMIQUE
Messieurs,
Il'y a quelque temps, je me trouvais, au déclin du jour, non loin de la lisière du grand désert. L’air était calme, le ciel pur, le soleil se couchait, l’énorme disque flamboyant descendait de plus en plus sur l’horizon : il semblait, en allant disparaître, se cacher derrière une petite colline rocheuse de la chaîne Libyque, s’enfoncer lentement dans le sol ensablé du désert. Soudain, la partie encore visible du disque devint d’une couleur verte brillante, éclatante, mais le phénomène ne dura qu’un instant : c’étaient les derniers rayons de l’astre du jour, les rayons verts.
Sur mer, lorsque le soleil se couche ou se lève, et qu’il n’y a aucun nuage à l’horizon, le disque, disparaissant dans les flots, ou en émergeant, paraît être quelquefois vert : c’est le « soleil vert » des matelots. J’ai observé un grand nombre de fois, quand le coucher du soleil a lieu au désert, que le disque entier prend une couleur verdâtre ; quelquefois ce n’est qu’une partie du disque, ou bien ce sont les derniers rayons seuls qui sont verts. J’ai constaté également
1. Publié dans le Bulletin de l’Institut égyptien, 1893, 3e série, t. IV, p. 149-156; tirage à part sans titre ni date, non mis dans le commerce.
LA PLUS ANCIENNE OBSERVATION
ce phénomène pour le soleil levant. Alors les premiers rayons de couleur verte m’ont paru même plus brillants que ceux du soleil couchant 1 .
1. Pour les personnes que peut intéresser cette question, voici le résultat d’une série d’observations faites à la lisière du grand désert, à l’ouest de Ghizeh ; les mêmes observations doivent naturellement s’appliquer au soleil levant, mais en quelque sorte en sens inverse, car, avec le soleil levant, le phénomène commence et cesse au matin avec le lever- du soleil.
1" Quand l’horizon est obscurci par des nuages, ou par un brouillard (même quelquefois quand, en apparence, il n’y a ni nuages ni brouillard), le phénomène n'a pas lieu.
2° Quand il y a de très légers nuages ou de fins brouillards à l’horizon, le disque entier, ou une partie seulement, prend quelquefois une teinte verdâtre, qui devient de plus en plus foncée au fur et à mesure que le soleil disparaît, mais, dans ce cas, les derniers rayons sont rarement d’un vert brillant; plus la surface du disque est de couleur verdâtre, moins les rayons ultimes sont de couleur vert foncé.
3° Quand il n’y a pas de nuages, ni même de léger brouillard à l’horizon, la dernière partie du disque disparaissant est de couleur verte; — mais le vert le plus brillant, le vert éclatant, se montre quand ce ne sont que les derniers rayons (alors, quelquefois, le dernier rayon paraît bleu). — Dans ce cas, le phénomène ne dure qu’un instant (peutêtre deux secondes). La dernière partie du disque ressemble à une étoile de première grandeur, Sirius, Canope ou, quelquefois, comme Vénus ou Jupiter, mais de couleur verte ou bleue, qui reste un instant sur la crête de la chaîne Libyque, ou, au soleil levant, au Mokattam.
4° Plus la surface du disque du soleil couchant est de couleur verte, plus le ciel est de cette couleur après son coucher; le ciel semble être illuminé par le soleil qui vient de disparaître. Au ciel, cette couleur devient de plus en plus faible au fur et à mesure que le soleil s’éloigne de l’horizon ; je crois avoir constaté que, quand il y a des rayons verts très brillants, le ciel, après la disparition du soleil, ne prend pas la couleur verdâtre.
Les phénomènes décrits aux paragraphes 1. 2, 3 et 4 existent au ciel du matin naturellement.
Voici quelques observations supplémentaires. Un soir, il y avait un nuage épais, large cl’à peu près cinq degrés, dont le bord inférieur se trouvait environ à quatre degrés au-dessus de l’horizon. Lorsque le soleil disparut derrière le bord supérieur du nuage, je constatai nettement le