‹ Œuvres égyptologiques de William N. GroffChapitre 104 sur 309 · Voy. Pierret, Petit Manuel de mythologie, p · texte numérisé non relu

Voy. Pierret, Petit Manuel de mythologie, p

3. Notons que : 1° sur les sarcophages, la couronne qu’on a nommée

« couronne blanche » se trouve assez souvent peinte en vert. On se demande si, peut-être, la réunion de la couronne rouge ^ et de la couronne « verte » (?) ^ n’aurait pas eu la signification d’une puissance

sur la vie et la mort, le jour et la nuit, ce monde et l’autre, ou si elle ne se rattacherait pas à quelque idée analogue. 2° On voit le ciel Nout , sous la forme d’une femme soulevée par Sliou peint en rouge; à ses pieds, Seb, la terre, est peinte en vert. Ici, il est douteux que la couleur verte ait un rôle funéraire, mais son emploi doit s’expliquer d’une autre manière : Seb est souvent figuré couché à terre, les membres couverts de feuillages (voy. Pierret, Dict. d’archàol. égyptienne, au mot Seb).

4. Voyez, par exemple, le papyrus funéraire du roi Pinotem, au Musée de Ghizeh, salle n° 63. Ahmed-bey-Kamal me fait observer que

d’un phénomène naturel ou astronomique 179

Il reste encore une question des plus intéressantes à discuter : à quelle époque les anciens Égyptiens auraient-ils remarqué, découvert le phénomène du soleil vert?

Il existe une stèle qui fut gravée et peinte à l’époque de la Y0 dynastie; par conséquent elle compte parmi les monuments les plus anciens conservés au Musée de Gliizeh. Elle est du tombeau d’un personnage nommé An-kheft-ka , qui était prêtre d’une pyramide nommée Kha-ba, du roi Sahu-ra ; « il avait aussi le sacerdoce de la pyramide d’ Usur kaf et du monument Ra-sep » ou « prêtre de Ra à Ra-sep ». Le monument Ra-sep est représenté par le disque du soleil à la pointe d’un obélisque. Il semble bien qu’on ait voulu figurer le passage du soleil sur le méridien1. Cette même stèle contient, croyons-nous, une figuration qui indiquerait que les anciens Égyptiens avaient observé un phénomène naturel ou astronomique encore bien plus intéressant. Le

nom de la pyramide du roi Sahu-ra était /\ Kha-

ba , c’est-à-dire « l’âme se lève ou apparait». Le caractère hha est écrit par le signe idéographique-syllabique e , le soleil levant, le soleil à l’horizon; la bande extérieure de ce signe est peinte en bleu2, les deux bandes inférieures en

précisément un des noms de l’âme, chez les anciens Égyptiens, est Khou, le lumineux, en d’autres termes, la chaleur vitale, qui est, selon d’aucuns, l’âme. Ainsi, Shou, peint en rouge, élève le ciel.

On trouve souvent l’âme ou le défunt peints en rouge. Il est vrai que les Égyptiens se représentaient peints en rouge. L’association de la couleur rouge avec la vie fait penser à l’association entre la vie, principe de vie ( nèpès ), et le sang (voy. Genèse, ix, 4; Lècitique , xvii, 11, 14; Deutéronome , xn, 23), et aux mots hébreux, -âclani «être rouge»; âdâm « homme », et dâm « sang », qui est de couleur rouge.

1. Stèle qui porte le n° 65. Voyez Notice des principaux monuments exposes au Musée de Gliizeh , p. 17 ; E. de Rougé, Recherches sur les monuments qu’on peut attribuer aux six premières di/nastics de Manèthon, p. 81 et suiv., cf. p. 79.

2. Le ciel (?), la couleur tahen (?). Sur l’exemple un peu mutilé, il y a sur le disque un point bleu.

180 LA PLUS ANCIENNE OBSERVATION

vert1. Un autre exemple de la même figuration se trouve sur la même stèle ; quoique légèrement mutilé, on y reconnaît bien aussi les couleurs verte et bleue, précisément la couleur (ou les couleurs) du soleil à l’horizon, soit au matin, soit au soir.

Les traditions des divers peuples parlent d’observations astronomiques très anciennes, mais la conception des croyances religieuses des Egyptiens est également de la plus haute antiquité. Le rôle joué par la couleur verte dans leurs représentations relatives à la mort s’explique par l’assimilation de la mort au soleil après son coucher, au soleil mort censé être de couleur verte ; le fait que les derniers et les premiers rayons sont verts aurait donné naissance à cette croyance. Donc, en s’appuyant sur ces faits, nous croyons qu’on doit reconnaître que la représentation du soleil dans l’horizon sur la stèle, gravée et peinte il y a cinq mille ans, conservée actuellement au Musée de Ghizeli, a été peinte en vert (et bleu), d’après l’observation du phénomène que le soleil, à son coucher ou à son lever sur le désert, est de cette couleur (ou de ces couleurs); ainsi, croyons-nous, on peut revendiquer en faveur de l’Egypte la plus ancienne attestation de l’observation d’un phénomène naturel ou astronomique conservé sur un monument original, ou bien, la plus ancienne observation astronomique, celle du « soleil vert ».

1. MafekÇï). Si l’on maintient que les deux bandes vertes représentent les rayons du soleil levant, ou bien le ciel près de l’horizon illuminé par les rayons du soleil levant, et que la bande extérieure indique le ciel plus loin de l’horizon, le petit point bleu étant le premier rayon du soleil levant, on arrive au même résultat, quant à la constatation du phénomène naturel ou astronomique qui s’observe encore de nos jours. Les exemples sur la stèle n° 65 du Musée de Ghizeh ne sont pas les seuls où l’on voit le soleil dans l’horizon peint en vert; j'en connais un certain nombre d’exemples ailleurs.

PETITES COMMUNICATIONS

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