‹ Œuvres égyptologiques de William N. GroffChapitre 105 sur 309 · FAITES A L’INSTITUT ÉGYPTIEN ET A LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE EN · texte numérisé non relu

FAITES A L’INSTITUT ÉGYPTIEN ET A LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE EN

Séance du 7 avril 1893'

M. Groff. — J’ai l’honneur d’offrir, pour la bibliothèque de l’Institut, un Vocabulaire hiéroglyphique comprenant le nom des plantes, d’Ahmed-bey-Kamal. J’ai souvent, dans mes travaux personnels, reconnu l’utilité de ce vocabulaire. Cet ouvrage fait ressortir un fait bien curieux : le nombre des noms des végétaux qui se trouvent mentionnés dans les textes égyptiens et qui sont indiqués actuellement par les mêmes noms en arabe. Ce n’est pas une simple affaire de dialecte égyptien, les noms employés par les anciens Égyptiens étant transmis comme dans le copte ; mais les mêmes mots se trouvent employés dans l’ancien égyptien et dans

l’arabe littéraire. Par exemple, il est dit : dl»j h!

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Passons en revue le nom des végétaux contenus dans ce passage. D’abord ji « légume » correspondrait (le n étant

1. Publié dans le Bulletin de l’Institut égyptien, 1893, 3° série, t. IV, p. 175-176 et 180.

2* S >aJI o .

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changé en /) à bqn de l’ancienne langue ; « concombre »

à l’égyptien gat; ^ (<uy) « froment» équivaudrait à foumu (?) ; « lentilles » paraît être en hébreu àdâsâ (au plu¬

riel àdâsim), cf. l’égyptien âtina et âirsena, « oignon » serait le correspondant exact de l’ancien beslu. On peut presque dire, quant aux végétaux, depuis le précieux blé des

champs, le qemhu d’alors (cf. hébr. gâmâ), le de nos jours, jusqu’aux fèves, en égyptien fuil (cf. hébr. pol), en arabe Jy, ou la pastèque bettek (cf. hébr. 3 abattihim) ,

l’arabe , qu’un ancien Égyptien parlant sa propre

langue comprendrait et serait compris par les Arabes d’aujourd’hui.

On trouve, en égyptien, mention d’un végétal de la Syrie, asbu(r)r ou asbor. Or, il est bien intéressant de constater que la transcription de ce nom en arabe serait ^

« myrte sauvage ». Il semble bien que nous avons là un nom sémitique (arabe ?) transcrit en égyptien. Enfin on se rappelle comment, selon la légende, les antiques aïeux de l’humanité employaient les feuilles de la tëénâ, en égyptien tein qui, dit-on, ne fut autre que l’arbre Jdl « le figuier ».

Dans la même séance, M. Grofï fait observer que le nom de Ménès ne désigne pas un personnage historique, mais signifie le fondateur. Le nom grec de Memphis était la transcription de l’égyptien Men-nefer. Le nom sacré dé cette ville en égyptien était Ha-ka-ptali, nom qui ne se retrouve, du moins à ma connaissance, dans aucun texte démotique. Dans le décret de Memphis, les traducteurs des textes grec et démotique n’ont pas compris le nom Ha-kuptah, car ils paraissent l’avoir rendu, partie traduit textuellement, partie d’après le sens général.

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Séance du 29 avril 1893 1

M. Groff soumet à l'attention de l’assemblée une proposition relative au méridien initial :

« Dans la haute antiquité, dit-il, les grands peuples avaient tous un système géographique à eux ; avec la multiplication des rapports entre les peuples et avec le progrès des connaissances, ces systèmes, après s’être croisés quelquefois, ont fini par s’unifier dans le résultat moderne généralement accepté. Mais, tandis que tout le monde est d’accord aujourd’hui sur l’ensemble des connaissances terrestres, il y a un point sur lequel la divergence emprunte au sentiment national une force de résistance extraordinaire. C’est la question du méridien initial.

» Or, comme la nature a fourni avec abondance les éléments pour la solution de tous les problèmes scientifiques, ainsi elle nous offre le moyen d’avoir une solution naturelle de cette question.

» Il y a sur le globe une zone qui couvre la plus grande partie du continent possible (de sorte qu’elle se prêterait merveilleusement à toute sorte de recherches) et qui sépare nettement des éléments physiques et ethnographiques différents. Cette zone, d’une largeur de 15 degrés en partant de l’équateur (25-40 L. E. Greenwich), s’étend en effet du nord au sud sur toute l’Europe orientale, sur tout le continent africain, englobe le cours complet du Nil et sépare les mondes slave et sémite du monde européen. C’est dans cette zone naturelle et si favorablement disposée qu’il faudrait tracer le méridien initial.

» Le long de cette zone on trouve, sur les parallèles, en

1. Publié dans le Bulletin de la Société khédiviale de Géographie ,

1893, 4e série, n° 1, p. 314.

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partant de l’équateur, la Nubie au 20°, Ghizeh au 30°, Constantinople au 40°, Saint-Pétersbourg au 60°, Spitzberg au 80°.

» On pourrait en outre, aux points où se présentent, sur le Nil, les 30°, 20°, 10°, de L. N., ériger des monuments signaux, de manière que le voyageur parcourant le fleuve trouverait sur son passage ces éléments assez intéressants de nos connaissances terrestres. »

NOTES SUPPLÉMENTAIRES’

1° NOTE SUR LE MOT « NIL

Messieurs,

Il est contre mes habitudes de faire une réponse; mais, avec votre permission, j’aimerais bien ajouter quelques mots aux observations que plusieurs d’entre vous ont faites à propos d’une communication dans laquelle, il y a maintenant un an, j’ai tracé l’histoire du nom du fleuve d’Égypte, le Nil, depuis la plus haute antiquité jusqu’à nos jours. Chez les anciens Égyptiens, atul-atur , qui devenait aal-aar, aulaur et iuaol-iuaov, d’où le démotique ial-iar et il-ir, puis les dérivés coptes, toutes ces formes sont purement égyptiennes et semblent être apparentées. Pendant le cours des siècles, le nom populaire, alors en usage, fut emprunté par des peuples voisins, sous une forme ou sous une autre. Ainsi la Bible transcrit, désigne le fleuve d’Égypte par le nom Je’ or ; en assyrien, on trouve Jarutu; dans un texte persan p-i-r-a-ü, c’est-à-dire la forme il-ir des textes démotiques précédée de l’article masculin singulier de la langue égyptienne traité ici comme faisant partie du mot, et suivi par a-ü. Les Grecs adoptèrent cette même forme du nom égyp-

1. Publié dans le Bulletin de l’Institut égyptien , 1893, 4e série, t- IV, p. 355-364.

NOTES SUPPLÉMENTAIRES

tien du fleuve, il-ir, mais au pluriel, à cause des embranchements du fleuve, et précédée de l’article pluriel na-ne, qu’ils transcrivirent par NsTXo;, mot dont les lettres, prises suivant leur valeur numérique, donnent une somme égale au nombre des jours de l’année, 365. Le nom employé par les Grecs, se modifiant légèrement, devint en latin Nilus et passa dans les diverses langues de nos jours1.

Lors de ma lecture, M. le Président fit observer que a le jeu sur la valeur numérique des lettres a existé et existe encore parmi les littérateurs arabes... Évidemment cette pratique nous vient des Pythagoriciens 2 ». A ce sujet, ajoutons que, de même que pour le mot NsiXoç, les sommes totales des lettres de M(0pa; et de ’Aêpaorx? font également, chacune, précisément la somme de 365 3 .

M. Ventre-bey faisait remarquer que « ... le troisième mois de la première saison ou tétraménie Scha, correspondant à la crue du fleuve, est Atyr ou Atour... Le 1er Atyr ou Atour répondait donc à ce que nous appelons aujourd’hui, dans le calendrier grégorien, le 20 août ; c’est, comme on sait, l’époque de l’ouverture des grands canaux d’inondation. Et le mois d’ A tour répond bien aussi au mois de l’inondation ; c’était bien en un mot « le mois du Nil », tirant son nom du nom même du fleuve égyptien 4 ».

L’étymologie est des plus intéressantes, mais on peut faire une réflexion. Si cette étymologie est correcte, on doit trouver une origine analogue pour d’autres noms de mois, c’est-à-dire des noms dérivés des phénomènes naturels. Il y

1. Le Nil, étude archéologique, dans le Bulletin de l’Institut èggptien, novembre 1892, p. 165 et suiv.[; cf. p. 120-133 du présent volume], Voyez-y également la théorie selon laquelle le nom grec serait un nom fabriqué du nombre 365, nombre des jours de l’année.

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