NOM DU FLEUVE D’ÉGYPTE
L’âme d’un peuple, c’est sa langue ; l’âme de l’Égypte, c’est le Nil. Croyant que tout ce qui a rapport au Nil est intéressant pour l’Institut, je voudrai attirer son attention sur « une petite objection » que M. Ventre bey 2 formule en disant : « Les géographes modernes ne devraient pas appeler les deux fleuves qui se rejoignent à Khartoum l’un le
Nil blanc et l’autre le Nil bleu . Disons plutôt avec
l’arabe : Bahr-el-Abiacl , Bahr-el-Azrak et Bahr-el-Nil , c’est-à-dire le « fleuve blanc », le « fleuve bleu »3, le « fleuve » du Nil » (Bahr-el-Nil).
Je crois qu’on peut faire une petite modification à ces remarques si judicieuses.
Dans la séance de novembre, j’ai attiré votre attention sur l’opinion de Wilkinson, qui veut traduire Bahr-el-Az-
1. Publié dans le Bulletin de l’Institut égyptien , 1893, 3e série, t. IV, p. 455-456-
2. Essai sur les noms du Jleiwe égyptien et sur l’étymologie du mot « Nil », dans le Bulletin de l’Institut égyptien , 1892, p. 226.
3. A part l’objection que ces noms ne désignent pas suffisamment ces deux fleuves et peuvent donner lieu à des équivoques et à des malentendus.
NOTES SUPPLÉMENTAIRES
rak par le « fleuve noir » ’ . N’ayant jamais moi-même séjourné dans le Soudan, je me suis renseigné auprès de personnes qui y avaient passé de nombreuses années. Selon Topinion de ces personnes, les eaux du Bahr-el-Abiad sont blanches, mais celles du Bahr-el-Azrak sont noires.
On m’a assuré que, dans le Soudan, le mot :yJ « noir » est très peu usité dans ce sens, étant remplacé par le mot Jjj' s, qui, ici en Égypte, signifie « bleu » ; mais, dans le
Soudan, le mot Jjj' a également la signification de « noir », d’où le nom Bahr-el-Azrak « le fleuve noir ».
On m’a cité un certain nombre d’exemples du mot Jjj' employé pour indiquer la couleur noire. Pour n’en citer qu’un, en voici qui est tout d’actualité ; récemment, ici au Caire, la presse arabe s’est occupée d’un personnage de là-bas
nommé JbjVl c’est-à-dire « Othman le Nègre». En
somme, il semble bien qu’on doive dire le fleuve Blanc, le fleuve Noir, et le fleuve le Nil, ou mieux le NiP.
1. Wilkinson, The A noient Egyptians, vol. II, p. 20; Black flag. S latin, p. 372, p. 303 et 530.
2. Peut-être la cause en est le double sens du mot « être noir », s 2- «noircir», puis «dénigrer, calomnier», etc., «noir, néfaste» (cf. ;yj , etc.). Pour éviter les amphibologies entre les sens du mot que nous venons de voir, on aurait donné, par extension, au mot Jbjl « bleu » le sens de « noir ».