Quatremère, Mèm. gèogr., t. II, p. 19 et suiv
4. Voy. éd. Evetts, texte arabe, fol. 95, a, b, et trad-, p. 263 et note,
ORIGINE DES NOMS GÉOGRAPHIQUES
désigné par plusieurs noms n’aurait rien de surprenant ; nous l’avons constaté pour le fleuve d’Égypte dans l’antiquité. Que le Bahr el azreq ait été désigné tantôt par les noms « le noir », « le vert », peut-être le « jaune1 » ët el azreq ou Bahr el azreq , selon la couleur, ou mieux, les couleurs de ses eaux, cela est parfaitement admissible.
Il s’agit maintenant d’expliquer pourquoi un de ces noms a prévalu, et comment un fleuve, dont les eaux sont noirâtres, a reçu le nom Bahr el azreq.
Quand on consulte le dictionnaire arabe, on y trouve le
mot traduit « bleu »s, mais Lane fait observer, à propos »
du mot Jjj', que, « de nos jours, il est souvent employé » improprement comme signifiant noir, et est appliqué à » un cheval, un âne, un mulet, un oiseau et à un animal » quelconque, quelquefois à d’autres objets, avec la signi- » fication gris ou couleur de cendre3 ».
Dozy dit : « J/J bleu. L’emploi de ce mot dans le sens de » noir n’est pas un néologisme, comme on serait tenté de
» le croire quand on consulte Lane, car J/f était déjà la » couleur du deuil sous les Abassides... et l’on sait que sous
et Yacoub-Artin Pacha, Note sur le Nil bleu, dans le Bulletin de l'Institut égyptien, novembre 1895.
1. Le nom « le Jaune », dans le passage précité d’Abu Salih, est peutêtre un autre nom du fleuve « le Noir », et l’écrivain aura supposé qu’il s’agissait d’un autre fleuve. Peut-être est-ce bien un autre fleuve, le Sobat (?) ou l’Atbara, par exemple (voy. Yacoub-Artin Pacha, Note sur le Nil bleu, dans le Bulletin de l’Institut égyptien , novembre 1895).
2. Par exemple, Cherbonneau, Dict. arabe-français , p. 408 (en espag. zarcos).
3. Lane, Arabic-English Lexicon, p. 1228. La couleur bleu pâle ou bleuâtre se distingue à peine de la couleur vert pâle ou verdâtre ; <J/j
dans le sens de verdâtre (S /a/) serait admissible, mais, du moins à ma connaissance, ce sens n’est pas bien établi (voy. Lane, Arabic- English Lexicon, p. 1227-1228).
LE NIL NOIR
,» cette dynastie les vêtements de deuil étaient noirs-gris » (cheval) . . . Chevaux bleus ; les Arabes appellent bleu le » cheval gris étourneau foncé1 2. »
Il me semble qu'il serait plus correct de dire que les Arabes appelaient azreq le cheval étourneau foncé; en tout cas, puisque le mot azreq signifie « bleu », il faudra bien admettre la signification «gris», c'est-à-dire blanc et noir mêlé, en un mot « noirâtre » et enfin « noir ».
Maintenant, quant au nom Bahr el azreq , n'ayant jamais moi-même séjourné dans le Soudan (égyptien), je me suis renseigné auprès de personnes qui y avaient passé de nombreuses années. Selon l’opinion de ces personnes, les eaux du Bahr el abyad sont blanches, mais celles du Bahr el azreq sont noirâtres ou même noires*. Des personnes m’ont dit que dans le Soudan égyptien le mot dont on se sert habituellement pour indiquer ce qui est de couleur sombre très
foncée, noirâtre ou noire, est Jjjl, le mot étant très peu employé dans ce sens, et servant à indiquer plutôt ce qui est néfaste3 ; enfin on indique la couleur bleue par le mot
Il semble probable que le mot J;j' servait, et sert, à indiquer la couleur bleue foncée, qui se distingue a peine de la couleur noire ; puis on aura assimilé, c'est-à-dire considéré comme étant une seule, et indiqué par le même mot les deux couleurs bleu foncé et noir, de même que les nuances intermédiaires. D’un autre côté, la couleur