Peut-être suivant la couleur ou les couleurs des eaux
240 ORIGINE DES NOMS GÉOGRAPHIQUES
se réunissent, leurs eaux, de couleurs différentes, pâles et sombres, blanches et noires, sont mises en contraste frappant. Le mot employé habituellement, dans le Soudan égyptien, pour indiquer ce qui est de couleur noirâtre, étant azreq, ainsi, l’un des deux fleuves, qui se réuniraient à Khartoum, fut nommé Bahr el abyad « le fleuve blanc », et en opposition, l’autre, Bahr el azreq « le fleuve noir; ce nom, étant celui qui indiquait l’état habituel du fleuve, fut généralement adopté et les autres lui cédèrent peu à peu place. Lorsque les désignations de Bahr el abyad et Bahr el azreq furent répandues dans le monde et qu’on éprouva le besoin de les traduire dans les langues étrangères, pour le Bahr el abyad « le fleuve blanc » il n’y eut pas d’équivoque, mais, pour la traduction du nom Bahr el azreq , il y eut un malentendu curieux ; le mot azreq, dans l’acception généralement reçue, signifiant « bleu », on traduisit, sans se rendre compte ni de la raison d’être ni de l’origine de nom, Bahr el azreq par « le fleuve bleu ». En faisant ainsi, on qualifiait un fleuve comme étant ce qu’il n’est pas et ce que les auteurs de ce nom n’avaient aucune intention de le qualifier; car Bahr el azreq signifiait et signifie pour eux « fleuve noir ».
Il semblerait donc qu’on devrait indiquer les deux fleuves qui se rejoignent à Khartoum, l’un par le nom « le fleuve blanc », l’autre par le nom « le fleuve noir ». Mais ces désignations seraient un peu trop vagues et pourraient donner lieu à des équivoques ; peut-être vaudrait-il mieux dire : « le Nil blanc », — « le Nil noir » — et « le Nil ».
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