préparation à base d’antimoine » (Cherbonneau, Diction
naire arabes-français , p. 102G).
SUIl LE NIL NOIR
« noircir », j£î « noir », « bleu très foncé » et îj£" la
a voûte azurée, le ciel1 ».
En berbère 'JèSh£\ « noir» « est pris quelquefois au Gourara dans le sens de bleu foncé2 », et, également en berbère, le mot j'Jrj' sert à indiquer et le bleu et le vert3. Nous croyons qu’il est probable que indiquait les couleurs noire et
bleue foncée et )\jff les couleurs bleue et verte pâle. On peut
de même supposer qu’en arabe Jjj' indiquait le bleu, puis, dans le Soudan égyptien, plus spécialement le bleu foncé auquel on aurait assimilé le noirâtre et le noir ; d’un autre côté
le bleu (et le bleu pâle) est indiqué par le mot joLJ et, probablement, le bleu pâle par « labani ». Il ressort clairement des passages précités des voyageurs, d’accord en cela avec les lettres du père Ohrwalder, que les eaux du Bahr el asreq ne sont jamais bleues. Quant au fait que les eaux do ce fleuve sont quelquefois jaunâtres, il porterait â supposer que ce fleuve aurait pu être nommé el asjar « le jaune » ou Bahr el asfar « le fleuve jaune ». Le fait qu’à l’étiage les eaux sont vertes expliquerait l’origine du nom el akhdar « le vert », donné à ce fleuve. Quand il y a beaucoup de
1. Voy. , par exemple, Cherbonneau, Dictionnaire arabc-frcinçais , p. 1026; cf. Marcel, Dictionnaire français-arabe.
2. René Basset, Notes de Lexicographie berbère , dans le Journal asiatique , 1887 (novembre-décembre), p. 421.
3. René Basset, Notes de Lexicographie berbère , dans le Journal asiatique , 1885 (août-sept.), p. 333-369; 1887 (nov.-déc.), p. 403 et 429.
En berbère, sert à indiquer la couleur rouge, mais ce même mot
peut également indiquer la couleur jaune (voy. René Basset, Journal asiatique , 1887, nov.-déc., p. 416 et 426). Ce qui aurait aidé â l’assimilation, à la confusion entre ces couleurs, c’est le fait de la ressemblance entre elles. Ainsi le «bleu foncé» et le «noir» se distinguent à peine, — le «bleu» et le «vert» dans le spectroscope sont contigus, — le «jaune» et l’« orange» auraient été considérés comme une seule couleur, car le rouge, l’orange et le jaune sont contigus.
ORIGINE DES NOMS GEOGRAPHIQUES
limon, la couleur des eaux doit être noirâtre1. Ainsi que nous l’avons vu, les deux fleuves qui se réunissent à Kliartoum coulent dans un même lit. Les eaux de l’un étant blanches, celles de l’autre sombres, en quelque sorte l’un blanchâtre, l’autre noirâtre, l’un aurait été nommé elabyad « le blanc » ou Bahr el abyad « le fleuve blanc », l’autre, el isoued « le noir », ou Bahr el isoaed « le fleuve noir » ; puis le même sens aurait été rendu par le mot couramment employé pour indiquer cette couleur, « azreq », d’où le fleuve aurait été nommé el asreq « le noir » ou Bahr el asreq « le fleuve noir ». Supposant que ce nom ait été d’abord appliqué au fleuve Bahr el asreq « le fleuve noir », dans la région de Khartoum, ou bien encore, plus exactement, â la jonction des deux fleuves, il est admissible qu’au fur et â mesure que l’on remonta le fleuve on ait gardé la même désignation.
Enfin, en résumé, dans le Soudan égyptien, de même qu’un vêtement de couleur bleu foncé est nommé serka ou derlm, un homme dont la peau est de couleur noirâtre ou noire est qualifié el asreq, et un drapeau parfaitement noir est nommé Raya Zerka, de même, un fleuve dont les eaux sont généralement de couleur sombre (ce qui fait ressortir encore davantage cette couleur, c’est l’opposition avec les eaux blanches), est nommé el asreq « le noir », ou bien Bahr el asreq « le fleuve noir ». Ainsi, dans le Soudan égyptien, les indigènes entendirent, et entendent, par l’expression Bahr el asreq « le fleuve noir », et, par suite, on doit le traduire ainsi, mais cette désignation serait un peu trop vague; il vaudrait mieux dire « le Nil noir ».
1. Cf. « ... of a clark brown colour » (Petherick, passage précité).