Voy. Dillmann, Exodus und Lcviticus, p
3. C est un fragment indépendant inséré dans le texte; lisez V, 17, d’après les Septante, BîxQta.
LA FILLE DE PHARAON
aurait demandé à Jésus : El A et, 6 XpiTrâ; ô ulôç tcO Beoü, et où Jésus aurait répondu : sî> ef-rraç. Alors le grand prêtre aurait déchiré ses vêtements en disant : « Il a blasphémé », et on aurait dit : « Il doit mourir1. » Ainsi on voit combien il est surprenant de trouver dans le texte hébreu de la Bible mention d’une personne nommée Bithyci « fille de Ya » (Jéhovah) 2. Mais il est dit que la femme Bithyâ était « fille de Pharaon » et par suite aurait été une Égyptienne. Or, chez les Égyptiens, s’appeler l’enfant d’une divinité n’avait rien de messéant3 4 ; nous aurons occasion de reprendre, un peu plus loin, cette question si intéressante.
Revenons maintenant à la narration biblique des premiers chapitres du Livre de l’Eæode. Assurément, l’auteur connaissait l’Égypte et jusqu’à un certain point l’histoire égyptienne1. Pour donner une couleur locale au récit, on introduisait dans le texte hébreu des mots égyptiens 5 * * * * * ii,, et, si on
1. D’après Mcitt., xxvi, 63 s. — Cf. Marc , xiv, 61 s., et Luc, xxii,
70 s. — Cf. Marc (xiv, 62) : èyw sïj«, et Luc (xvn, 70) : te cm
èyw slfju — Voy. Lèmtique , xxiv, 16 : « et celui qui blasphème le nom de Yaho mourra » ; cf. I Rois, xxi, 10, 13.
2. Il est étrange, mais, à la rigueur, explicable, qu’on ait laissé un pareil nom dans le texte hébreu. — Gesenius, Handicœrterbuch , p. 135, sous ce nom renvoie à Olshausen, Lehrb. (1er hebr. Spr., § 227 b. Je n’ai pas sous les yeux l’ouvrage cité.
3. Cf. mon Étude sur les noms propres elles les Égyptiens, dans la Rev. èggptol. , vol. V, p. 85 s.[; cf. p. 24-32 du présent volume],
4. Ainsi que l’atteste la mention de la construction des villes de Pithom et Ramsès, et qui est historiquement plausible.
5. Voy. les observations dans mes études : L’Égypte et la Bible au
point de vue gèogr., et Les Orientations primitives , dans le Bull. Soc. hhôd. de Gèogr., IIIe sér., p. 801 s., et IVe sér., p. 145 s.[; cf. p. 152-170 et 206-216 du présent volume]. — Notons que, dans le récit de l 'Exode,
par exemple, il est dit que la femme prit une tebath gomè. On a rap¬
proché le premier de ces mots de l’égyptien teb « caisse, coffre » (Pierret,
Voc ., p. 705), démotique tebè, copte ; ce mot paraît avoir passé
dans le grec alexandrin sous la forme diS^ (voy. la traduction de l’Exode,
ii, 3, 5, — cf. Genèse, vi, 14, etc., où tebè est traduit xi6co t<5ç) et le mot
LA FILLE DE PHARAON
ne donne pas le nom propre du « roi d’Égypte », on indique ce souverain par son titre « Pharaon » 1 ; mais il résulte clairement du contexte que ce roi ne pouvait être que Ramsès IL
Quant à savoir si la tradition avait gardé ou obtenu des renseignements relatifs à la famille de ce souverain, ce serait bien difficile à décider ; c’est cette question que nous allons étudier maintenant.
La fille de Pharaon qui, suivant la narration biblique, aurait trouvé Moïse, devait avoir au moins de quinze à vingt ans, si l’on admet que Moïse naquit vers le commencement du règne de Ramsès II ; elle serait alors l’une des filles aînées, sinon la fille aînée du roi. L’autorité qu’elle est représentée avoir exercée, la façon peu respectueuse avec laquelle elle est censée traiter le décret de son père relatif à la mise à mort des enfants mâles des Hébreux, nous engageraientà reconnaître en elle une fille favorite du roi. L’indifïérence et le sans-gêne qui découlent du fait relaté, c’est-à-dire qu’elle se montrait entourée par des gens forcément hostiles au gouvernement de son père, ses rapports amicaux, même familiers avec eux, indiqueraient une amie, même une protectrice des Sémites, et on la représente même comme parlant hébreu2; ainsi, en résumé, on peut la considérer comme étant presque une Hébreue. Lorsqu’on réunit ces indications, puis qu’on se reporte à la famille de Ramsès II, on arrive à conclure que, parmi les filles de ce roi, celle qui y répondrait le mieux, celle qui, en quelque sorte, serait indiquée, est
gomè est l’égyptien gémi , copte kô.jul, arundo, juncus (cl. Job, vm, 2, et Isaïe , xvm, 2). Voy. Maspero, Du genre ôpist., p. 14, n., et cf. Gesenius, Handwœrterbuch über das Alte Testament , p. 875 et 162.
1. Voy. mes observations sur ce titre au Bull, de la Soc. khèd. de Gèogr ., IIIe série, p. 810 et note 3.[; cf. p. 160, n. 3, du présent volume], — Les Hébreux l’avaient assimilé à l’hébreu pèra a prince », d'où la transcription un peu étrange ; voy. Gesenius, H. W. B., p. 690.
2. Moshé de Meshithihou serait un étrange hébreu, mais le fait est que, selon la Bible, la fille de Pharaon aurait parlé hébreu (Exode, n ; cf. Dillmann, Exodus , p. 15 s.).
LA FILLE DE PHARAON
la fille de Ramsès, universellement connue, nommée Bent ou Bet-anta 1 ; ainsi ce serait elle que la Bible aurait désignée par le titre « fille de Pharaon 1 2 ».
Le nom de Bent, ou Bet-anta 3, est des plus intéressants. Il est composé de deux éléments : le premier est écrit tantôt bent, c’est le sémitique arabe, ^ « fille», tantôt bet (beth),
c’est le sémitique hébreu, beth «fille4 5 »; le deuxième élément de ce nom est anta, c’est-à-dire la déesse Anta. — On peut tracer ainsi, à grands traits, l’histoire de cette déesse. Parmi les divinités principales du panthéon babylonien assyrien était Anou, dont le dédoublement féminin fut Anat. Lors des migrations des peuples sortis de la Mésopotamie vers l’Occident, cette divinité fut adoptée en Chanaan, puis elle fut agréée en Egypte”. C’est sous sa protection, et la fille, disait-on, de cette vieille divinité sémitique, qu’on trouve la princesse Bent ou Bet-anta « fille de Pharaon ». Son nom Bent ou Bet-anta montre, mieux même que de longs textes écrits, les rapports intimes qu’elle devait avoir avec des peuples sémites en Égypte, et, par suite, il expliquerait le rôle que la Bible, semblerait-il, la représente jouant envers Moïse.
Maintenant, rappelons un autre fait intéressant. Nous avons vu que, selon I Chroniques, Bithyâ est dite être
1. Voy., par exemple, Lepsius, Dcnkin., III, 172 c, 175 h, etc. — « Minéphtah paraît avoir partagé avec la princesse Bit-Anati et le » prince Khâmoïs, tous deux, comme lui, enfants de la reine Isinofrit, » la faveur particulière de Sésostris » (Maspero, Histoire, p. 255).
2. Ce résultat ressort si naturellement, forcément, pour ainsi dire, d'une simple étude comparative du texte hébreu et de l’histoire égyptienne, que j’ai été surpris de ne pas le trouver dans les ouvrages que j’ai sous la main ; j’espère compléter la bibliographie à ce sujet dans la suite de cette étude.