‹ Œuvres égyptologiques de William N. GroffChapitre 18 sur 309 · Revillout, Chrestomathie dèmotique, p · texte numérisé non relu

Revillout, Chrestomathie dèmotique, p

4. Voir le Dictionnaire copte de Parthey au mot et le Dictionnaire de Brugsch au mot t'ethu.

5. Voir Maspero, Recueil de Travaux, vol. II, liv. 4, 1880, p. 142.

UNE QUESTION DE PRIORITÉ

Plus loin le roi dit à ses soldats, par. reproche de n’avoir pas pris la ville au lieu du butin abandonné par les fuyards : « Si ensuite vous aviez pris Magiddi, il [m’]aurait donné » [une grande faveur, mon père] Râ, en ce jour, car tout » chef de tout peuple [est enfermé] en elle, si bien que c’est » prendre mille villes que la prise de Magiddi. »

Voici les tribus renfermées dans la ville. Après la prise de la ville, il est dit : (« Voici qu’ils) vinrent vers ses esprits )) avec leurs tributs d’argent et d?or, de lapis, de mafek, » afin d’apporter des grains, du vin . . . aux soldats de Sa » Majesté, et des esclaves à chacun d’eux pour les tributs » du retour. »

Voilà des captifs amenés en Egypte.

Maintenant, la fin de la Genèse nous représente les Hébreux divisés en deux familles, Jacob et Joseph, vivant en paix et tranquillité. Alors vient la révolution qui se termina par l’expulsion hors de l’Égypte vers la Palestine des Sémites [et parmi eux des deux petites tribus de Jacob et de Joseph (?)]. Peu après, ainsi que nous avons eu l’honneur de le démontrer, parmi les tribus faites prisonnières par Thoutmès III à Mageddo, il y en avait deux, l’une s’appelant Jaqob-el, l’autre Josep-el, et, selon les récits hiéroglyphiques de la guerre, des captifs furent amenés en Égypte. L’Exode nous représente les descendants de deux tribus, Jacob et Joseph, esclaves en Égypte1.

Page 2. M. Meyer remarque2 que dans les listes de Karnak se trouvent des désignations de localités, tels que : cain pu source, har m montagne, Ophra la grande, Ophra

1. En confirmation de ces vues, voir Comptes rendus de V Académie des Inscriptions , 1886, p. 132-133.

2. « ... andere geben sich als gewôhnliche palàstinensische Orts- » bezeichnungen zu erkennen, wie 'ain (pu Quelle), har (in Berg), )) Gross — 'pr und Klein — 'pr = 'Ophra, ba’rutu = lYHKS « Brunnen » » (plur.), gb'u = uaj « Hôhe », ‘mqu — pttU « Thaï », rhbu = am « Markt ».

UNE QUESTION DE PRIORITÉ

la petite, bcCrutu (sic) mn«n puits (plur.), gblu (sic) mu hauteur, lmqu(sic) p&s? vallée, rlibu am marché.

Je ne vois pas bien clairement sur quoi M. Meyer s’appuie s’il veut faire une distinction et en conclure que ces noms sont des noms de localités plutôt que des noms de villes, car am entre dans la composition des noms d’un certain nombre de villes bibliques; pu se trouve comme nom d’une ville (Jos., xix, 7; Nomb., xxxiv, 11); ni-iKS nom d’une autre ville (Jos., xvm, 25); ma encore le nom d’une autre ville (Jos., xvm, 24); mai?, deux villes portaient ce nom; sans parler d’une ville (Jos., xvm, 21) dans la composition du nom de laquelle piau entre, permettez-nous de citer un passage du /er Chron. (xn, 15) d’après le texte hébreu où nous lisons : trpûuivbrrriK urns’n « ils mirent en fuite tous les habi- » tants des vallées ».

Quand même nous aurions dans les listes de Karnak des désignations de localités, le roi ne peut pas vaincre (sic) les sources, vallées et montagnes de la Palestine à Mageddo, ce sont forcément les habitants des localités portant ces noms1, et nous reviendrons à ce que nous avons soutenu dès le commencement, c’est-à-dire : les listes de Karnak sont, comme le dit formellement le titre, « la réunion des peuples » confédérés contre le roi Thoutmès III, peuples parmi lesquels sont forcément des tribus nomades ; et là où nous trouvons les mentions des lieux ou des noms portés par des lieux, soit villes, soit villages, soit localités, ce sont les habitants, et non pas les lieux mêmes qui furent dans la grande coalition.

1. Par exemple, il est dit au Livre des Juges (i, 9) : « Puis les enfants de Juda étaient descendus pour faire la guerre aux Cananéens qui habitaient la montagne (m), le midi (?) (SJ3) et la plaine ))

ce qui correspondrait très bien au har, nckbu et âmequ des listes de Karnak.

UNE QUESTION DE PRIORITÉ

M. Meyer dit1 : « Il y a en outre de nombreux noms, qui, » du moins jusqu’à présent, n’ont été en aucune manière » identifiés2.

» A ces derniers appartiennent les deux noms dont nous » voulons ici nous occuper, le n° 102, ( [ ~ ^ J {

» J'qb’ar “ixapir’, et le n° 78,

Jsp’r

« La première moitié du n° 102 est une transcription » exacte du nom de Jacob, tandis que pour le Jsp du n° 78 » il est difficile de ne pas être amené à penser à Joseph, » malgré le changement de la sifflante (s Vf au lieu de s a). » Si même Joseph ne devait pas s’y trouver, nous aurions » de toute façon affaire ici à un nom d’une construction » tout à fait analogue. Nous devons en conséquence tran- » scrire iKap»' Ja'qob-el, et Josep(?)-el3. »

Le signe égyptien lYbT s correspond, il est vrai, souvent à Vf s. Dans notre travail, nous avons été amenés à voir dans la transcription du d s hébreu par le Ifîlt s égyptien une simple variante archaïque. Car les listes de Karnak nous présentent

1. « Daneben stehen dann zahlreiche Namen, die wenigstens bis jetzt » noch in keiner Weise identiflcirt sind.

» Zu den letzteren gehôren auch die beiden Namen, mit denen wir

» uns hier beschàftigen wollen, Nr. 102,

J'qb’ar

» ‘îKSpy und Nr. 78,

Jsp’r . . »

« La transcription hébraïque donne for-

» cément “iK"3pïP )) (E. de Rougé, Reçue archéologique , 1861, p. 370); voir Reçue èggptologique , 1885, p. 97 [et p. 5 du présent volume].

3. « Die erste Hâlfte von Nr. 102 ist eine genaue Transcription des » Namens Jakob, wâhrend man bei dem Jsp von Nr. 78 schwerlich » umhin kommen wird an Joseph zu denken, trotz des abweichenden » Zischlauts (s Vf anstatt s D). Sollte aber auch nicht Joseph darin » stecken, so haben wir es jedenfalls mit einem ganz analog gebildeten » Namen zn thun. Wir haben demgemâss zu transcribiren bKipU’’ » Ja'qob-el und Josep(?)-el. »

UNE QUESTION DE PRIORITÉ

le i d transcrit par le "jj 0 qui sert plus tard à rendre le n ; le : g y est rendu souvent par le k qui correspond

plus tard au d k.

Mais la confusion entre le s et le d s en hébreu est si grande que,, peut-être, il est inutile d’y chercher un archaïsme. Comme il a été déjà dit, la prononciation de ces deux lettres variait de tribu à tribu. Quand les Galaadites voulaient savoir si un homme était un Éphraïmite, ils lui disaient : dites torrent (nbdtr sibboleth). S’il disait nbdd sibboleth, ils savaient qu’il était un Éphraïmite1 2. Ce mot est

rendu en égyptien par

siboleth.

Mais M. Oppert me fait remarquer que les noms propres qui sont écrits en assyrien avec un s sont souvent rendus en hébreu par un d s’. Par exemple, le nom du roi Assarhaddon, en assyrien T-VA- Asur-ah-idin (pm»«), est rendu en hébreu par prr-m3. Le nom de Joseph étant un nom propre, c’est à cette classe de noms que nous devons limiter nos recherches. Comme l’a déjà remarqué M. de Rougé, les noms des localités de la Palestine ne nous présentent pas un exemple du d rendu en égyptien4 5. Quant au nom du roi Sabacon, il est écrit par la Bible avec un d s et il est rendu en égyptien par tïîYf s\

1. Est-ce la prononciation éphraïmite du nom de Joseph que la Bible nous donne? Toutefois il est â remarquer que selon le récit biblique Joseph est le père d’Ëphraïm.

2. Voir J. Oppert, Les Rapports de l’Égypte et de l’Assyrie, p. 112 et suiv.

3. Puisque dans ce nom propre les Hébreux transcrivaient le nom du dieu Assur par “iDK, n’est-il pas possible que, parmi les noms propres phéniciens que nous trouvons composés avec "idK, il s’en trouve où il s’agit du dieu Assur de l’Assyrie plutôt que d’Osiris, le dieu des morts des Égyptiens.

4. Cf. E. de Rougé, Origine de l’Alphabet égyptien , p. 68-69.

5. Voir J. Oppert, Les Rapports de l’Égypte et de l’Assyrie , p. 12

et suiv.

22 UNE QUESTION DE PRIORITÉ

Chez les Arabes, les deux lettres te à et d s sont ordinairement confondues dans une seule ^ s, et le te s hébreu est rendu par J- s. Peut-être ne saurais-je mieux faire pour

résumer cette question que de citer ici les conclusions de M. Hincks1 2, qui, après avoir étudié la question des transcriptions du d hébreu, dit : « On ne peut s’appuyer sur )) aucune transcription hébraïque contenant d, aussi est-il » absolument impossible de décider la question de savoir » si les textes originaux avaient d ou ». »

Le nom de Joseph, tel qu’il se trouve dans les listes de Karnak, est un nom propre, transcrit par l’écriture égyptienne vers le XVIIe siècle avant notre ère. Comme nous venons de le voir, rien ne s’oppose à l’identification du n° 78 avec ce que la Bible nous représente comme la famille de Joseph et le n° 102 avec celle de Jacob.

Nous ne suivrons pas le savant professeur de Breslau dans ses pages 3 à 16, où ses conclusions s’écartent notablement des nôtres. M. Meyer termine en livrant aux méditations de son lecteur ces belles hypothèses : « Abram est-il une » divinité de la tribu de Kaleb*? » « Abraham est-il iden- » tique avec le dieu Dusarès des Nabatéens3? »

Le nom Dusarès se décompose en Dhu = maître , et

sarès = Sarah. Le maître de Sarah (femme d’ Abraham) fut Abraham, alors Abraham = Dusarès, si j’ai bien compris. Mon travail, qui a pour base l’histoire et les hiéroglyphes, n’a rien à craindre des hypothèses. Qu’on en change le détail,

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