‹ Œuvres égyptologiques de William N. GroffChapitre 186 sur 309 · Denkmaler , III · texte numérisé non relu

Denkmaler , III

LA FILLE DE PHARAON

Ba-ta-u-anth' , c’est-à-dire Beth-antar . Ainsi il y a une équivalence entre l’orthographe du nom de la princesse Bent-anta, autrement dit Beth-anta, fille de Ramsès II, sur les monuments et sur le sarcophage.

Le nom ou plutôt les noms de la princesse ne sont pas égyptiens, mais sémitiques, et signifient « fille d’Anta ».

Le même esprit qui avait porté l’homme à supposer l’espace rempli d’êtres invisibles, capables de bonnes ou de mauvaises actions, l’aurait porté également à chercher aide et protection auprès d’eux. Le nom d’une personne devait indiquer l’état de la personne : s’appeler « fille d’Anta » signifie que cette déesse est comme la mère, protège la personne comme une mère sa fille3 4 5.

Nous avons déjà dit quelques mots sur l’histoire de la déesse Anta'i 2, et comment, originaire de la Mésopotamie, elle aurait été adoptée en Chanaan3, puis transportée en Egypte. Quant au caractère de cette déesse, on croit que son nom, Anta-t, signifie « délices » et est l’équivalent de Kades-t, la « sainte » dans le sens de « prostituée ».

Anta était « connue des Grecs sous le nom d’Anaïtis; » elle porte, sur un monument égyptien, le titre de régente

1. Et d’ailleurs Ba-tha-antha ; voy. E. de Rouge, Orig. de l’alph., p. 33 ; Pierret, Foc., p. 123, et Lepsius, Kônigsbuch, 2° Abt., XXXV, 452.

2. Les exemples de ce nom que j’ai relevés sur les monuments sont entourés d’un cartouche et sur le sarcophage le cartouche manque; peutêtre au moment de sa mort la princesse était-elle déchue et méprisée. E. de Rougé {Orig. de l’alph.) donne ce nom sans cartouche. Cf. Pierret, Foc., p. 123, et Lepsius, Kônigsbuch , XXXV, 452. On trouve les noms d’autres filles de Ramsès II écrits tantôt avec et tantôt sans cartouche.

3. Pour des noms propres, voyez mon étude, Reçue èggptologique , t. V, p. 85 s.[; cf. p. 24-32 du présent volume].

4. Voy. 1" partie de cette étude, Bull, de l'Inst., décembre I895[;cf. p. 280 du présent volume].

5. A propos de la déesse Anta en Chanaan, voy. Maspero, Sur les Noms géographiques de la Liste de Thoutinès III qu’on peut rapporter à la Judée , p. 19.

La fille de pharaon

» des dieux et du monde; mais elle n’en est pas moins consi- )) dérée comme déesse de la stérilité et de la prostitution. » Son culte existait à Thèbes, au temps de Thoutmès III ; » elle avait même une famille de prêtres. Elle était là con- » sidérée comme fille de Râ ; on l’assimilait à la déesse » égyptienne Hathor1 ». Sous la XIXe dynastie, la déesse Anta paraît n’avoir pas été trop mal vue; Ramsès II est qualifié « le dévoué à Anta, le taureau de Set2 ». Mais Ramsès n’était pas un fanatique religieux, il adorait les dieux de l’Égypte et respectait ceux des étrangers. Sa fille favorite s’appelait d’un nom sémitique « fille d’Anta », et on a cru même que sa mère était une princesse de Khéta3 que Ramsès aurait épousée4 5 6 ; pourtant, selon un témoignage égyptien, Berd (ou Beth) -anta aurait été la fille d’Isis-nefer-t3. Je n’en crois pas moins que sa mère doit avoir été une Sémite; le nom de la princesse, si purement sémitique, serait bien d’accord avec celui qu’une princesse d’origine asiatique aurait pu ou même dû avoir donné à sa fille.

Selon un papyrus qu’on croit avoir été rédigé sous la XXe dynastie0, un peu après le temps de Ramsès II, la

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