‹ Œuvres égyptologiques de William N. GroffChapitre 187 sur 309 · E. de Rougé, Mèl. d' Arch., t. II, p. 269 s · texte numérisé non relu

E. de Rougé, Mèl. d' Arch., t. II, p. 269 s

2. Voy. Meyer, Set-Typhon, p. 57 : « ... der Held ( maher ) der Anta » ( Anat ), Stier des Set ». Le verbe m aller signifie « se hâter, accélérer », etc., ainsi Malier-bar (baal) signifie «celui qui s’empresse autour de Baal » (voy. Renan, Des noms thèophorcs apocopes , dans la Reçue des Études juives , 1882, p. 161, 172), c’est-à-dire celui qui est dévoué, l’adorateur de Baal, Anta, etc. — C’est de même qu’il faudrait expliquer le nom Mâhar du Papyrus Anastasi I, en supposant un nom divin sous-entendu.

3. Voy. Mèl. d’ Arch., t. II, p. 285; Brugsch, Egypt under the Pharaohs , t. II, p. 413.

4. La déesse Anta paraît avoir été révérée chez ce peuple (voir Chabas, Voyage , p. 343).

5. Denkmaler, III, 175, et Maspero, Histoire , p. 255; mais en tout cas, probablement, une Sémite.

6. Voy. Meyer, Set-Typhon, p. 57 s., et Chabas, Le Papyrus magique Harris, p. 55 s.

LA FILLE DE PHARAON

déesse Anta paraît avoir eu bien mauvaise réputation ; elle et Astarté sont qualifiées « les deux grandes déesses qui conçoivent et n’engendrent pas1 ». C'est une allusion, même une mention du rôle de la déesse Anta comme divinité des prostituées, ou plutôt la déesse elle-même est assimilée à une femme publique; aussi, à cause de cette mauvaise réputation, nous doutons qu’une princesse, postérieurement à l’époque de Ramsès II, ait pu porter un nom où entrait comme élément divin celui de la déesse Anta2.

Les Juifs modifièrent, par horreur de l’idolâtrie, des noms où entrait celui de la déesse Anta3. En effet, la tradition biblique semble avoir attribué à Dent (ou B et h) - anta , fille de Ramsès II, l’honneur d’avoir trouvé et fait élever Moïse, et d’abord on aurait conservé la forme hébraïque de son nom, Bethanta ; mais ensuite, pour éviter qu’une personne aussi respectable, sinon vénérée, s’appelât d’un nom signifiant « fille » de la déesse des prostituées », de pieux admirateurs de la princesse auraient modifié son nom en traduisant la partie messéante, c’est-à-dire Anta , par Yâ, l’équivalent de Yahô (Jéhovah), d’où le nom Bith-yâ , inadmissible comme nom propre hébreu, mais admissible quand on reconnaît que ce

1. Chabas, Mélanges, t. II, p. 251 s. Notons l’observation médicale par les anciens Égyptiens.

2. Ramsès III « poussa l’esprit d’imitation jusqu’à donner à ses enfants le nom des fils de Ramsès II » (Maspero, Histoire , p. 266, n., d’après Erman, Zeitschrift, 1883, p. 60 s.). Nous doutons qu’une princesse de son temps ait pu porter le nom de la déesse Anta à cause de sa mauvaise réputation ; elle aurait dû d’ailleurs être attachée au sacerdoce d'Ammon. Quand même rien, à ce que je sache, no m’indiquerait que ce fût son sarcophage plutôt que celui de la fille de Ramsès II, au contraire, les renseignements et le double nom {Beat arabe et Bctli hébreu, et, à l’époque de Ramsès III, on est après l’époque de l’Exode) indiqueraient la hile de Ramsès II; voy., ci-après, n. 3.

3. Voy. Maspero, La Liste de Thoutnxcs III, p. 19; cf. ci-dessus, p. 64, n. 5.

n’est qu’une transcription et une traduction d’un nom propre étranger 1 .

Il serait permis de croire qu’à l’époque de la XVIIIe dynastie, après l’expulsion des Sémites, on n’aurait pas donné à une princesse, pour des raisons politiques, un nom aussi ultra-sémitique que Bent (ou Beth)-anta. D’un autre côté, à l’époque de la XXe dynastie et des suivantes, la déesse Anta avait une si mauvaise réputation qu’il aurait été bien messéant pour une princesse de s’appeler d’un nom signifiant qu’elle était sa fille2. Ainsi ce n’est qu’à la XIXe dynastie, ou mieux à l’époque de Ramsès II, que le nom de Beat (ou Beth) -anta convient bien.

Quant aux titres, selon le sarcophage, de Bent (ou Beth)anta , elle est dite, un nombre de fois, suten-sa-t « royale fille», c’est-à-dire « princesse».

Elle aurait été Klierpi-t-Hathor-nuter-hon « maîtresse du sacerdoce de Hathor3 ».

Nous avons vu qu’il y avait une assimilation entre les déesses Hathor et Anta. On comprend bien que la princesse

1. Le nom Bith-ijà n’est pas égyptien, voy. la 1IC partie de cette ëtude[; et', p. 279 sqq. du présent volume].

2. Un exemple, peut-être un peu brutal, mais qui servirait à exemplifier le cas : s’appeler autrefois Kelb ou Kelb-el, chien, chien de Dieu, c’est-à-dire l’obéissant, celui dont Dieu était le maître, était un beau nom (voyez Renan, Histoire du peuple d’Israël , t. I, p. 105 s. ; et., en égyptien, au Musée de Ghizeh, le nom sur le sarcophage, salle 88,

à côté de l’escalier, « le chien d’Horus »); mais s’appeler

ou n’est Pas en usage de nos jours. Ainsi, à l’époque de la XIXe

dynastie, sous Ramsès II, on pouvait bien être nommé Bent (ou Betli)anta, mais, à l’époque de la XXe dynastie et des suivantes, il semblerait bien avoir été aussi inadmissible de s’appeler ainsi que de nos

jours de nommer une princesse

3. On rencontre de fréquents exemples de princesses a revêtues du sacerdoce des déesses Hathor et Neith » (E. de Rougé, Les six premières dynasties, p. 60).

LA FILLE DE PHARAON

Bent (ou Beth) -anta, fille de Ramsès II, pour des raisons politiques, ait pu avoir été nommée maîtresse du sacerdoce de Hathor. C’était un titre très haut, très ancien, et en même temps inoffensif ; peut-être la princesse aurait-elle été ainsi nommée comme par une sorte de compromis entre les Égyptiens et les étrangers. Les Éigyp tiens orthodoxes, les fervents adorateurs d’Ammon, en quelque sorte les dougri , auraient été satisfaits; les Sémites, les amis de la princesse, n’auraient pas été choqués1.

Selon le sarcophage, la princesse aurait été hes-uer-t « la grande favorite » et am-uer-t « (la) grande des grâces », c’est-à-dire du roi, son père, en un mot sa fille favorite ; ces titres conviendraient bien à Bent (ou Beth) -anta, Tille de Ramsès II2.

Sur le sarcophage, la princesse est dite être erpa-t. C’est un des titres à la fois les plus hauts et les plus anciens de l’Égypte, et on peut l’expliquer étymologiquement ainsi. Er ou ro, variante d’an, signifie « gardien, chef », tandis que pa-t, ou paît, est « un très vieux mot qui sert à désigner les » hommes de même origine, le clan, la tribu ». Erpa-t « est » donc, à proprement parler, un chef de clan, un gardien » d’hommes3 ». Ainsi, la signification fondamentale serait analogue à celle de l’accadien-sumérien sirra « celui qui amène, qui va au-devant» de la tribu4. On peut considérer le titre à! erpa-t comme étant l’équivalent de celui de « régente des deux terres », qui « ... implique un pouvoir réel, en l’ab-

1. Voy. Renan, Histoire du peuple d’Israël , t. I, p. 178, et Pierret, Dict. d’Arch ., p. 249; cf. Exode , xxxii. — D’après ce qu’on m’a dit, la déesse Hathor est mentionnée, un nombre de fois, dans le tombeau de la princesse Bent-anta.

2. Voy. E. de Rougé, Les six premières dynasties , p. 57, 60, etc.

3. Maspero, Journal asiatique , 1888, t. I, p. 264 et suivantes.

4. Schrader, Die Keilinschriftcn und das Alte Testament , p. 23,

note.

LA FILLE DE PHARAON

sence du roi1 » et qu’on trouve donné à la princesse Bent (ou Beth) -anta dans son tombeau2.

On peut remarquer comment le nom et les titres qui se trouvent gravés sur le sarcophage, et qui font connaître, en quelque sorte, l’état civil de la princesse, s’accorderaient bien avec le rôle amical qu’aurait pu, sinon aurait dû, jouer la princesse Bent (ou Beth) -anta, fille de Ramsès II, envers les Sémites en Égypte, et que la Bible et la tradition semblent lui attribuer. On peut supposer qu’elle était réellement une bienfaitrice des Sémites et que la tradition en aurait gardé fidèlement le souvenir3.

Nous arrivons maintenant à un titre que le sarcophage donne à la princesse et qui est parmi les plus intéressants. Elle aurait été suten... (?) « royale...4 (?) ». Ce titre est bien connu, mais la signification et la lecture du dernier signe sont douteuses ; en tout cas, c’est un « titre porté par quel- » ques princesses de l’ancien empire». Il paraît qu’il « in- » dique un rapport avec le pharaon et qu’il est difficile à » définir, mais il prouve certainement un rang très élevé..., » puisque nous le trouvons donné à des filles royales et » même à des reines5 6 ».

Sur des monuments, Bent (ou Beth) -anta est qualifiée suten-him-t «femme royale0 »; nous ne serions pas trop surpris si le titre de suten... (?) que nous venons de voir correspondait à celui de suten-him-t « femme royale7 ».

Page 1