Cf. Pierret, Dict. d'Arch., p
4. Par exemple, voy. au Musée de Ghizeh le « couvercle doré du cer- » cueil de la reine Ahhoptou I (XVIIe dynastie)... Elle est représentée » le visage découvert, le corps entièrement enveloppé des ailes d’Isis. » La face est d’un travail fort soigné et paraît reproduire les traits » mêmes de la reine » (Cf. Catalogue de Maspero, p. 320, et Virey, Catalogue , p. 318). Sur le sarcophage de la reine Nitocris.., « la statue de la reine est couchée sur le couvercle de granit » ( Catal ., p. 327, n° 1278). Cf. les Observations au catalogue du Musée de Ghizeh , p. 195 et s. (n',s 878, 881), et p. 323 relativement aux portraits peints. Cf. encore p. 59, n° 179, etc., etc. Cf. Catal., p. 140.
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tre de la vie1 », car, nous le croyons, parce que c’était le support, c’était de lui que dépendait la vie du double, de l’âme, chez les mânes , de la personne dont la momie se trouvait dans le sarcophage.
Nous avons vu comment un Égyptien rappelle, comme malédiction des plus terribles, à celui qui dégradera un monument funéraire, que Dieu fera venir des gens 2 3 qui martèleront l’image du profanateur ; le mot khent « image » est déterminé par l’image d’une momie ou, peut-être mieux, d’un sarcophage en forme de momie (ou peut-être le couvercle). Ainsi compris, l’Égyptien aurait menacé celui qui oserait profaner son monument, qu’on viendrait marteler son portrait qui est gravé sur le couvercle de son sarcophage', qu’on le rendrait méconnaissable de sorte qu’il ne pourrait plus être le support de son double ou de son âme chez les mânes. Nous reviendrons sur cette question.
Ainsi, pendant la vie, le corps servait de support au double ou à l’âme; après la mort de la personne, le support du
1. Voy.E. de Rougé, Les six premières dynasties, j). 136, et Brugsch. Gram., § 396.
2. Le texte dit bien « Dieu », mais il faut comprendre que Dieu enverrait des gens.
3. Le mot tut signifie « avoir de la ressemblance ». Quand il s'agit d’une statue ou image du défunt, c’est-à-dire d’un support pour son double ou son âme, il peut prendre pour déterminatif (?) lamomie, peutêtre un sarcophage en forme d’une momie (ou couvercle), représentant le défunt. Le mot inesth « figure, forme, effigie » (Pierret, Voc., p. 238 ; cf. 279 fin) prend ce signe comme déterminatif. En tout cas, il paraît y avoir eu une certaine assimilation entre la momie en forme du défunt et le sarcophage en forme d’une momie, car le mot ua, boite de momie (Pierret, Vocabulaire, p. 87), c’est-à-dire « ... l’enveloppe qui se modèle sur la forme générale » [Mèl. d’Arch., t. III, p. 137), prend ce signe déterminatif. Une simple réflexion : les anciens Égyptiens auraient dû penser que lame, de retour sur la terre, reconnaîtrait le sarcophage où se retrouvait la momie, ou sa momie, non pas par le nom gravé sur le sarcophage, mais par le portrait de la personne, de son portrait, gravé sur le couvercle du sarcophage.
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double ou de l’âme était la momie avec un masque à l’image du défunt, ou une statue à sa ressemblance, ou enfin, mieux, un sarcophage combinant ces divers supports, c’est-à-dire là où, sur le couvercle, fût taillé, gravé, le portrait du défunt ; mais, pour qu’il pût servir de support au double ou à l’aine de la personne, il fallait que l’image ou portrait, gravé sur le couvercle du sarcophage, ressemblât réellement au défunt1 et, par suite, correspondit à celui du double, car alors, et alors seulement, il pouvait être le support du double ou de l’âme de la personne à laquelle il était destiné2 3.
On dit qu’Élohim créa l’homme à son image, à sa ressemblance. Elohim le créa, certes ; les anciens Egyptiens sculptaient le couvercle d’un sarcophage à l’image ou portrait de la personne à laquelle il appartenait, pour qu’il pût servir de support au double ou à l’âme de cette personne dans l’autre monde. Mais ce n’est pas tout : on se figurait l’existence qu’on menait chez les mânes à l’instar de celle qu’on avait menée en Égypte *, et il y avait les mêmes plaisirs, besoins et dangers, ici et là-bas. C’est au moment des funérailles que le double ou l’âme du trépassé allait s’établir,
1. Cf. Wiedemann, Hérodote , p. 615. — Il me semble difficile d’admettre qu’on aurait usurpé une statue, le support d’un double, sans toutefois la retailler à l’image de la personne, du nouveau propriétaire.
2. Il n’est pas admissible que quelquefois on fît des sarcophages à l’image ou assimilés à Osiris (ou Isis ?, Hathor??) comme le défunt; mais, même dans ce cas, il me semble que le sarcophage, l’image sur le couvercle, aurait dû représenter des traits de la personne, assimilée à Osiris, surtout quand il s’agissait d’une personne royale et célèbre en Égypte,
3. Voy. mon étude à ce sujet. Bull, de P Inst, èggpt., 1894, t. V [, cf. p. 221-222 du présent volume], et cf. Brugsch, Die Æggptologie, p. 329, et la suite de mon étude (Bulletin de l’Institut), la nuit = l’hiver.
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ou, si l’on aime mieux, qu’on l’établissait chez les ombres. Des objets étaient déposés dans le tombeau pour que le double ou l’âme de la personne, de la momie, pût se servir des doubles ou âmes de ces objets dans sa demeure chez les mânes, mais, pour que ce but fût réellement atteint, il fallait que toute la cérémonie eût eu lieu, depuis le commencement jusqu’à la lin, exactement selon les règles établies ; la moindre infraction aurait vicié le tout1.
Il fallait que la momie eût été soigneusement embaumée et couverte de bandelettes, avec des cérémonies réglementaires, et naturellement, qu’elle fût déposée dans un sarcophage à son nom et, en cas, à son image ; puis, grâce aux formules, l’ombre de la personne et les ombres des objets déposés dans le tombeau s’en allaient chez les mânes2.
Quand il s’agissait d’un roi ou d’une personne de la famille royale, on lui faisait des funérailles magnifiques ; des objets d’utilité et de luxe étaient déposés dans le tombeau. En règle générale, on essayait d’établir le double ou l’âme d’une personne chez les mânes conformément à ce qu’avait été la position de cette personne en Egypte. L’âme devait, en quelque sorte, continuer à mener la même vie chez les ombres que la personne avait menée en Égypte. On voit donc quel crime terrible on aurait commis en mettant une momie dans un sarcophage, pour lui servir de demeure éternelle et de support à son double ou âme, un sarcophage qui n’était pas à son image, qui n’était pas à lui et, pis encore, qui appartenait, qui servait de support au double ou à l’âme d’un autre. Un sarcophage usurpé n’aurait pas pu servir de support au double ou à l’âme du nouvel occupant si l’on ne
1. Cf. Maspero, Bail, de l’Inst. ègijpt., 1885, p. 23 et suivantes.
2. On séparait des têtes des serpents dangereux qui furent représentés dans les textes hiéroglyphiques pour rendre leur double inoffensif ; voy. Bulletin , mars 1894, p. 179 et les endroits qui s'y trouvent cités [; cf. p. 222 du présent volume].
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retaillait pas le monument pour qu’il devînt à son image1 ; même dans ce cas, on peut se demander avec doute s’il pouvait servir de support au double, ou à l’âme, pour lequel il n’était pas destiné. Il semblerait plutôt que, si l’on commettait une faute aussi grave que de mettre la momie dans un sarcophage appartenant à une autre momie, on aurait vicié toute la cérémonie funéraire, et le double ou l’âme de la personne serait arrivé chez les mânes, si même il y arrivait, nu, pauvre, dépourvu de tout. Il aurait été un double sans prestige auprès des autres doubles et pis encore, les dieux, tout-puissants dans l’autre monde, n’auraient pu voir que d’un bien mauvais oeil celui qui aurait été compromis par un vol, souillé d’un sacrilège.
Selon les croyances des anciens Égyptiens, les deux âmes pouvaient se rencontrer dans l’autre monde. Celui dont on aurait dépossédé la momie2, furieux, se serait rué sur l’âme de celui dont on aurait outragé la momie en lui donnant la couche funèbre appartenant à une autre. Elle pouvait revenir sur la terre sous la forme d’un revenant, d’un spectre ou d’un démon, pour se venger des vivants, et la luttre entre les deux âmes pouvait être terrible : elle pouvait durer pendant des siècles, peut-être éternellement, ou bien jusqu’à ce que l’âme3, destinée à être éternellement heureuse, mais maudite pour un crime dont elle n’était pas coupable, lasse de la pauvreté, de la misère, de la persécution et des tortures, se réjouît à l’approche de la seconde mort, car alors elle pouvait enfin reposer tranquille dans le sein de la nature qui l’aurait fait vivre, absorbée par elle dans l’anéantissement final, dans le nirvana, le néant.
1. De même que pour une statue, si le visage sur le sarcophage ne ressemblait à la personne, on aurait dû, nous le croyons, le retoucher pour qu’il devînt semblable. Cf. mes observations dans le Bulletin cle l’Inst., lrc séance de décembre 1 895 [; cf. p. 283-284 du présent volume].
2. On peut supposer qu’il aurait pris comme support une statue.