Nous avons déjà vu, peut-être, une allusion à ce sujet
2. Maspero, Contes popul., p. 115; Hérodote, II, 81, traduction Buchon, p. 69 s. — Bull, de l’Inst., 1886, Maspero, p. 267 s., et Mathey, p. 186 s. — Voy. Virey, Catal. du Musée de Ghùc/i, p. 397 et s.
3. C’est-à-dire qui n’était pas à son nom, qui, probablement, netait pas, qui ne répondait pas à son image. Je soupçonne que ce sarcophage
Quand on regar de le sarcophage de la princesse Bent ( Beth)-anta, on se demande si Ton ne serait pas en présence d’une vengeance des prêtres d’Ammon. Il paraît incontestable que la princesse avait dû être assez mal vue par eux, sans doute à cause de ses rapports avec les Sémites, -rapports indiqués par son nom et dont la Bible et la tradition semblent se faire l’écho ; il est admissible que les pieux dévots d’Ammon durent cherchera se venger en maudissant lame de celle qui aurait été une bienfaitrice des Sémites, adorateurs d’un autre dieu que celui (ou ceux) des Egyptiens.
Pourtant la famille royale avait le devoir de surveiller de bien près les funérailles de la princesse. Ses parents auraient dû avoir veillé, non seulement aux faits importants, mais jusqu’aux menus détails, afin que rien ne manquât, et que le double où l’âme de la princesse fût établi convenablement chez les mânes. Bien des gens voyaient et savaient ce qui se passait dans un enterrement royal ; ces sortes de cérémonies devaient avoir lieu publiquement. La princesse devait avoir été connue par un grand nombre d’Egyptiens, et, si le portrait gravé sur le couvercle de son sarcophage ne lui ressemblait pas, on s’en serait aperçu tout de suite : on aurait constaté un manque d’égards envers la princesse dans la partie la plus importante de ses funérailles, celle de son sarcophage, et cela aurait vicié toute la cérémonie funéraire. Et, plus encore, le fait d’avoir damné pour tout le temps et l’éternité l’âme de la princesse en mettant sa momie dans un sarcophage appartenant à un autre, aurait provoqué un scandale épouvantable ; il me semble donc qu’on peut croire qu’un pareil outrage n’a pas eu lieu 1 .
était celui d’une femme; des textes gravés sur le couvercle du sarcophage de Bent (ou Beth)-anta semblent avoir été destinés à un homme (!).
1. J’écarte l'hypothèse qu’on lui aurait donné ce sarcophage à une époque plus moderne ; il aurait été plutôt un sarcophage moins important, et le monument paraît bien être de la XIXe dynastie. Voy. plus loin, p. 314, n. 3.
Maintenant, quant au fait qu’on trouve le nom et les titres de la princesse écrits clans des sortes de dépressions sur la pierre, dans des cas analogues à celui qui nous occupe, il faut absolument renoncer à savoir cl’une manière certaine et absolue comment les faits se sont passés ; tout au plus peut-on se figurer comment ils ont dû, ou mieux ont pu se passer. Il faut donc bien se garder de conclure à la légère et d’un fait, peut-être mal compris, tirer une conclusion définitive. Rechercher la vérité là où tout est obscurci par les brouillards du temps, où tant de siècles ont passé en effaçant les traces des faits d’autrefois, est un travail bien délicat ; il faut procéder très lentement, réunir tous les faits possibles, examiner les moindres indices qui peuvent servir à jeter le moindre rayon de lumière sur la question qu’on veut résoudre, puis, après avoir bien médité tous les renseignements qu’on a pu obtenir, il serait encore la plupart du temps, quant à la question principale, plus sage de s’abstenir de décider, surtout dans les cas où l’on croit voir une exception aux règles établies1.
En critique biblique, là où l’ancienne école exégétique voyait des mystères sublimes, l’école moderne voit un texte rendu inintelligible par les fautes du copiste 2 ; avant de conclure qu’on aurait maudit pour tout le temps et l’éternité l’âme d’une princesse célèbre entre toutes, voyons si on n’a pas plutôt affaire avec un sarcophage utilisé, préparé hâtivement par des ouvriers graveurs.
Voici comment je crois devoir comprendre le sarcophage. Il paraît être, ainsi que nous l’avons vu, de la XIXe dynastie, mais ce n’est pas un monument unique : les textes qu’on y voit gravés sont analogues à ceux qu’on rencontre, avec des variantes, sur des sarcophages de la même époque.