Voy. Pierret, Dict. d’Arch. égr/pt
3. On peut rencontrer des exemples de ces diverses règles dans la même représentation. Relativement aux couleurs, voyez les observations
régulière1. L’artiste, ayant un certain nombre de couleurs, se servait de l’une après l’autre, alternativement, jusqu’à ce qu’il eût terminé son travail ; ainsi, la même figure pouvait recevoir, un peu au hasard selon la place qu’elle occupait, tantôt l’une, tantôt l’autre des couleurs.
2° D’après nature. — On représentait les objets avec la couleur ou les couleurs qu’ils ont en réalité. Il semble qu’on n’ait qu’à signaler cette règle, mais elle donne lieu à quelques observations intéressantes.
D’abord, quant à la couleur grise, — « les Égyptiens sub- » stituaient presque partout le bleu au gris. Pour les petits )) objets, on ne rencontre presque jamais le gris, et môme » des animaux gris de grande taille sont peints en bleu » plutôt qu’en gris. Les poissons ont toujours le dos gris, » le ventre et les nageoires rougeâtres et jaunâtres ; les oies » et les hérons sont en bleu ; les chiens de toutes les cou- » leurs sont en gris, quelquefois même en bleu : les souris et » les chauves-souris sont rougeâtres, et même l’éléphant est » orné d’un rouge clair. L’âne seul fait exception à la règle. » L’eau est peinte sans exception en bleu. Parmi les hiéro- » glvphes bariolés la couleur grise n’est jamais repré- » sentéeb » Quant à l’emploi des couleurs reproduisant
de M. Virey, Mémoires de la Mission archéologique française au Caire, t. V, p. 203, note 2, p. 204 et 205 (dans la présente étude j’emploierai l’abréviation, Mèm. de la Miss.)', cf. Bénédite, Mèm, de la Miss., t. V, p. 382 à 336. Dans cette étude on écarte sans discussion les textes écrits entièrement en noir.
1. Répétition de couleurs par la nature, voy. plus loin, p. 289, note 2.
2. Lepsius, Les Métaux dans les inscriptions égyptiennes, traduction par AV. Bcrend, p. 56-57. La substitution du bleu au gris fait penser à l’emploi du mot asreq « bleu » pour indiquer le «gris »; voy. mon étude, Le Nil noir , dans le Bulletin de la Société khédiciale de Gèogr., IVe série, 1896, p. 614 et suiv.f; cf. p. 236 et suiv. du présent volume]. On voit la couleur grise sur des oies (salle n° 1) et sur des hiéroglyphes; par exemple, sur les sarcophages (salles 17, etc.) au
Chez les anciens égyptiens 323
ou qui sont intimement associées avec des phénomènes naturels, la scène de la création fournit des exemples intéressants1. On y voit le ciel, Nout, sous la forme d'une femme parsemée d'étoiles, qui est soulevée par Shou sous la forme d’un homme ou dieu qui est représenté de couleur rouge ; sous ses pieds est la terre Seb, sous la forme d’un homme étendu qui est représenté de couleur verte3. Il est évident que les étoiles sur le corps de la déesse Nout , personnification du ciel, sont dues au fait naturel de la voûte céleste parsemée d’étoiles. Quant à la couleur rouge du dieu Shou, on peut l’expliquer soit par une représentation de la réalité, les hommes vivants, les anciens Egyptiens, étant probablement de couleur rougeâtre (ou brune), ou bien, et plutôt, la couleur rouge de Shou serait conforme à la règle de l’emploi des couleurs suivant les croyances religieuses, le rouge étant dans ce cas la couleur de la vie. Quant à la raison d’être de la couleur verte de Seb, personnification de la terre, des variantes de cette scène nous l’indiquent : Seb, la terre sous forme d’un homme, est couvert de feuillage vert h
Enfin il est un cas où les couleurs semblent être employées pour correspondre intimement aux croyances religieuses. Il nous paraît intéressant à étudier. Nous avons vu que le soleil est, de jour, blanc, rouge et jaune, et que pendant la nuit il était censé vert ou bleu4. C’est à
Musée de Ghizch. on voit employée une couleur se rapprochant bien du gris.
1. Voy. sur divers sarcophages des grands prêtres d’Aramon au Musée de Ghizch.
2. Voy. mon Étude sur une question de Géographie historique, dans le Bull, de la Soc. hhèd. de Gèogr , IV' série, 1894, p. 149 et suiv.[; cf. p. 208 sqq. du présent volume].
3. Bulletin de l'Institut égyptien, 1893 (mars), p. 154, notes[, cf. p. 178, n. 3, du présent volume], et Pierret, Dict. d’Arch. égypt., p. 500.
4. Voy. la première partie de cette étude [, p. 258 sqq. du présent volume].
cause de cela qu’on voit, dans les représentations faites par les anciens Égyptiens, le disque de couleur rouge ou jaune, lorsqu’il s’agit de ce monde-ci ; vert ou bleu, quand il s’agit du soleil de l’autre monde. Macrobe fait mention de cet emploi des couleurs, en disant que chez les Égyptiens la représentation du disque ailé du soleil n’est pas toujours de la même couleur, car il est représenté tantôt de couleur bleue, tantôt de couleur plus claire ; le disque de couleur claire est nommé le supérieur, et le nom d’inférieur avait été donné au soleil quand il est dans l’hémisphère inférieur, c’est-à-dire quand il traverse les constellations d’hiver, supérieur, quand il circule dans les signes d’été1. A ce propos on doit se rappeler que, chez les Égyptiens, il y avait une assimilation entre la vie, le jour et l’année2. Ainsi, la naissance d’un homme était assimilée au soleil du matin ou à l’époque de l’année qui suit le solstice d’hiver ; l’adolescence correspondait au matin et au printemps, et l’homme parfait, au midi, ou plutôt à l’aprèsmidi et à l’automne ; enfin, la mort correspondait au soir, ou mieux à la nuit et à l’hiver. Ainsi on constate une équivalence entre la vie, le jour et l’été ; la mort, la nuit et
1. Voy. Maspero, Du genre èpistolaire , p. 78, note; Brugsch, Die Æggptologie, p. 329, et mon étude, Bull, de l’Inst. ègxjpt.,\%'èh, p. 261 (lisez-y aten-n-inafek). Peut-être Macrobe ou ceux qui l’ont renseigné se sont-ils trompés. Le soleil dans l’hémisphère inférieur (cf. Pierret, Dict. d’Arch. ègypt., p. 395, et M. de Rochemonteix, Le Temple d’Edfou, Mèm. de la Miss., t. X, p. 25, dernière ligne de la page, etc.) serait le soleil invisible dans l’autre monde, puis, par extension, les termes du soleil supérieur et inférieur, du jour et de la nuit, auraient été appliqués au soleil dans les diverses époques de l’année ; le soleil du jour aurait été assimilé à celui d’été, celui de la nuit, ou de l'autre monde, au soleil d’hiver.
2. La même assimilation était appliquée à la lune et au Nil (voy. Brugsch, Die Æggptologie, p. 330, cf. 173, et Oberziner, Il Culto del sole, p. 140). Rappelons que le Nil est de différentes couleurs selon les saisons de l’année.
0HEZ LES ANCIENS ÉGYPTIENS
l’hiver1. Chez les anciens Égyptiens, il y avait encore une assimilation entre le soleil au solstice d’hiver2 3 ou pendant l’hiver et le dieu Soker, une forme du soleil nocturne. Le soleil du printemps était assimilé à Ammon, celui d’été à Horus l’ainé et celui d’automne à Atoum, c’est-à-dire au soleil qui se couche, ou au soleil de nuit. Selon les gnostiques, le soleil à l’équinoxe d’automne, c’est-à-dire lorsqu’il devenait soleil d’hiver, était ou devenait « Sérapis invisible ))2, en d’autres termes, Osiris-Apis, ou Osiris dans l’autre monde. Ainsi le passage précité de Macrobe revient à dire que les Egyptiens représentaient le soleil d’été, l’équivalent de celui du jour de ce monde-ci, de couleur claire, et celui d’hiver, de la nuit ou de l’autre monde, de couleur bleue, ce. qui nous montre que la croyance que le soleil était de couleur verte ou bleue dans l’autre monde était restée vivace chez le peuple, en Égypte, même après la chute de la religion égyptienne4.
1. L’hémisphère supérieur = le jour = l’été = la vie ; l’hémisphère inférieur = la nuit = l’hiver = la mort.
2. Il faudrait comprendre que le soleil devient enfant (naît) au solstice d’hiver, devient adolescent à l’équinoxe du printemps, homme fait au solstice d’été, et enfin, à l’équinoxe d’automne, vieillard ou mort.
3. On peut se demander s’il n’y a pas un rapport quelconque entre la légende Hélios Sarapis, sur le numéraire alexandrin signalé par M. Dutilh, et le soleil Sérapis invisible des gnostiques (voy. Bulletin, 1895, p. 65, novembre 1896).
4. Pour ces questions, voy. Pierret, Dict. d’Arcli. êgr/pt ., p. 253, et Mgtholoc/ic, p. 117, 141 et suiv.; Oberziner, Il Culto del sole, p. 137 à 154; Brugsch, Die Ægyptol., p. 327 et suiv., cf. mon étude. Bull, de rinst. èggpt., 1895, p. 261 et suiv., et 1896, mars, Lajille de Pharaon, [p. 308, note 3, du présent volume]. L’année réelle, agricole, dépendant du fleuve, ne correspondait pas à celle du soleil, car, pour la végétation, l’été était la saison morte et l’hiver celle de la croissance, de la vie. Les Égyptiens semblaient peut-être avoir qualifié le soleil dans ses diverses positions pendant l'année selon celle du jour, puis, d’un autre côté, d’après les phénomènes naturels, agricoles, de l’Égypte, mais, tout en conservant aux couleurs les significations qu’elles avaient