COULEURS EMPLOYÉES SUR LE SIGNE KHA, L’IDÉOGRAMME DU SOLEIL LEVANT
Nous allons maintenant étudier l’emploi des couleurs dans un cas particulier, sur un signe hiéroglyphique, idéogramme syllabique, où il semblerait bien qu’on ait voulu le représenter ou le colorer d’après un phénomène naturel. A l’origine, le système d’écriture employé par les anciens habitants de la vallée du Nil fut purement idéographique. On représentait graphiquement l’objet dont on voulait éveiller l’idée, c’est là la base, l’âme, pour ainsi dire, du système, et, malgré les modifications qu’il a subies pendant les siècles, on trouve cette base vivace jusque dans les derniers écrits qu’on possède. Les signes employés dans l’écriture égyptienne peuvent être divisés, en quelque sorte, en 1° idéogrammes, 2° déterminatifs, 3° alphabétiques, 4° syllabiques, puis, 5° en idéogrammes-sujets, et, enfin, 6° en idéogrammes syllabiques. Quant à ces derniers, on
pendant le jour, ou l’année solaire, ce qui aurait amené une certaine perturbation ou confusion dans les couleurs attribuées au soleil pendant les différentes saisons de l’année. Dans le temple de Hib (Brugsch, Thésaurus, p. 528) on trouve la progression : électrum, jaune... (?) et vert; on serait tenté d’y reconnaître le matin, le jour (l’après-midi?) et la nuit. Peut-être ces qualifications s’appliquaient-elles soit à l’année solaire, soit à l’année agricole; peut-être signifiaient-elles le printemps, l’été (l’automne) et l’hiver (pourtant, en Égypte ancienne, il n’y avait que trois saisons), ce qui ne serait pas en contradiction avec le passage précité de Macrobe. Mais la signification de ces couleurs ne serait pas d’accord avec la nature, c’est-à-dire avec l’année agricole. Peut-être aussi est-ce par l’assimilation entre la signification des couleurs du soleil pendant le jour appliquées à l’année agricole qu’il faudrait expliquer qu’à Edfou le soleil d’hiver est dit être jaune (Brugsch, Thésaurus , p. 425), se rapprochant de l’éclat du soleil (cf. Oberziner, Il Culto ciel solo , p. 138-140, et Brugsch, Die Ægi/ptologie , p. 328 et suiv., la lune, cf. p. 330). Aux cours des temps ces diverses croyances semblent s’être en quelque sorte amalgamées.
CHEZ LES ANCIENS ÉGYPTIENS
représentait graphiquement un objet, puis on lui attribuait comme valeur phonétique son nom dans la langue parlée et on lisait ainsi l’idéogramme ; ensuite, par extension, l’idéogramme syllabique était employé pour écrire des mots qui étaient des dérivés ou bien qui avaient une relation ou un rapport de signification avec l’idéogramme primitif1.
Lorsqu’on veut déterminer ce que représente, ou représentait primitivement, un signe hiéroglyphique employé comme idéogramme syllabique, on doit, d’abord, rendre compte des diverses formes de ce signe. La lecture doit ensuite indiquer le dérivé présumé dans la langue copte, et on doit prendre connaissance de la signification de ce dérivé, c’est-à-dire, noter l’ordre d’idées auxquelles il appartient ; puis on doit réunir les diverses indications fournies par les mots que ce signe est employé à écrire dans l’ancienne langue et dans le démotique, et seulement alors on peut rechercher quel serait l’idéogramme qui aurait été employé pour écrire ces mots, et essayer de déterminer ce que représente, ou ce que représentait primitivement le signe qu’on voudrait déterminer, en un mot, ce qu’était l’idéogramme primitif.
Appliquant ce raisonnement à un signe écrit tel qu’on le voit 2 à la figure 1 3, et dont on trouve des variantes graphiques, la forme telle qu’on la voit à la fig. 2 4 indiquerait que la partie fondamentale du signe est qu’on voit
1. Cf., par exemple, le rôle joué par le signe représentant le disque solaire, ou par le signe de l’oreille, etc., etc. Cette règle n’est pas sans exceptions.
2. Voy. la planche, Bulletin de l'Institut égyptien, 1896-1897.