RELATIVES AUX PYRAMIDES DE GHIZEH
Messieurs,
Je voudrais dire quelques mots à l’Institut, sur un phénomène que j’ai observé récemment au désert et sur les légendes et traditions qui, je le crois, peuvent s’y rattacher, mais ce, bien entendu, sous toutes réserves, car, si l’observation et les conclusions qui en découlent naturellement sont correctes, elles doivent avoir été déjà signalées, quoique je ne me rappelle pas les avoir rencontrées. Toutefois, lors même que la question aurait déjà été étudiée, il serait peut-être intéressant d’y joindre cette note, ne serait-ce que pour appeler d’autres observations à l’appui de ce qui n’est ici que des hypothèses qui doivent ou être abandonnées ou confirmées par des constatations et des études ultérieures.
Il y a environ deux semaines, j’avais l’occasion de passer la nuit au désert avec notre vice-président, le Dr Abbate pacha. Nous étions près des pyramides de Ghizeh, quand, vers huit heures du soir, je remarquai une lumière qui semblait tourner lentement autour de la troisième pyramide, à peu près à la moitié de sa hauteur ; c’était comme une petite flamme, ou mieux, comme le disait un bédouin, un necjm. Il
1. Publié dans le Bulletin de l’Institut ô<j aptien , 3' série, 1897, t. VIII, pi 5-9.
CERTAINES LÉGENDES ET TRADITIONS
est probable qu’il croyait que c’était une étoile filante ; la lumière m’a semblé faire trois fois le tour de la pyramide, puis elle disparut. Pendant une bonne partie de la nuit je surveillai attentivement cette pyramide ; vers onze heures j’aperçus encore de nouveau une lumière. Cette fois-ci, elle était de couleur bleuâtre, blafarde ; elle montait lentement, à peu près en ligne droite, et, arrivée à une certaine hauteur au-dessus du sommet de la pyramide, elle disparut et s’éteignit1. Ces faits me donnèrent beaucoup à réfléchir ; d’abord, la lumière que j’avais vue à huit heures et qui semblait faire le tour de la pyramide pouvait bien avoir été produite par trois lumières différentes, car il y avait une légère brise qui aurait pu avoir emporté la petite flamme ou lumière, et, lorsqu’elle s’éteignit, je crus qu’elle disparaissait derrière la pyramide. La lumière ou les lumières de huit heures étaient plus blanches que celle de onze heures qui était plutôt de couleur bleuâtre. Peutêtre ces lumières sont-elle dues à une cause quelconque, que je ne soupçonne même pas, mais il est naturel d’en rechercher l’origine. Je me suis d’abord demandé si, par hasard, des chauves-souris ou quelques autres oiseaux de nuit, en sortant des passages de la pyramide, n’emportaient pas avec eux, ou plutôt sur eux, une substance quelconque qui donnerait une lumière phosphorescente ; mais l’hypothèse qui me souriait le plus serait de considérer les lueurs que j’avais vues comme étant des émanations, des
1. Ce soir et cette nuit-là, au désert, l'atmosphère était très pure, la température froide, mais il y avait très peu de vent. La lumière zodiacale, de couleur blanchâtre, était encore visible vers dix heures et demie; cette lumière est distincte de celle de couleur rose qu’on voit souvent après le coucher du soleil; cf. Bull, de U Inst, ùçjupt,., 1893, p. 150, note vers la fin [, cf. p. 172, note 1, du présent volume], et Bail, de la Soe. hhèdio. de Gèogr ., t. IV, p. 603 et suiv. On pouvait même voir des étoiles de cinquième grandeur. Au matin, le premier rayon du soleil levant, le disque apparaissant, se montra de couleur verte très brillante.