III. Les noms théophores
Le même esprit qui a porté l’homme à remplir l’espace d’êtres invisibles, bienfaisants ou malfaisants, l’a porté également à chercher protection auprès d’eux. Un lien invisible entre l’homme et la divinité, c’est le nom.
Un nom théophore est ordinairement composé de celui de la divinité protectrice, soit sous-entendu, soit écrit2, et d’un attribut. Dans l’onomastique biblique, le verbe ]r3 «donner», que nous choisissons à dessein, servira d’exemple : employé comme nom propre, jn3 signifiait « (celui qu’)il a donné » (Il = Dieu) et serait la forme apocopée des noms tels que jrobK, pw, « (celui que) Dieu a donné » (au nominatif), ou bxsru, !T3n3, « don de Dieu » (au génitif). Ces noms ayant la même valeur réelle, urfe question bien naturelle se présente à l’esprit, pourquoi ne variaient-ils pas entre eux? ou, pour mieux dire, pourquoi la même personne n’est-elle
1. Il n’y a, du moins à ma connaissance, d’autres exemples de personnages qui portent le nom de ce roi (?) qu’aux époques relativement modernes (!).
2. En hébreu, voir Renan, Revue des Études juives , 1882, p. 161 et suiv. Quant aux noms théophores apocopés en assyrien, je citerai un passage de l’Appendice sur le droit de la Chaldée (p. 512), par MM. Victor et Eugène Revillout : « Guzanu est évidemment le même » esclave dont nous trouvons le nom théophore écrit plus haut en son » entier : Itti nebo guzu. Notre cher maître, M. Oppert, a, depuis » longtemps, fait la remarque que souvent les noms théophores, même » lorsqu’il s’agit de personnages beaucoup plus importants qu’un » esclave, se trouvent ainsi abrégés, non seulement, comme ils devaient » letre le plus souvent, dans la conversation, mais dans l’écriture. » Cf- Schrader, K. A. T., p. 329 et suiv.
à, aurait la signification de « celui qui
var.
de fl(] i
CHEZ LES ÉGYPTIENS
pas nommée tantôt à la forme apocopée, tantôt à la forme pleine? Nous croyons qu’en réalité cela existait, mais qu’en mettant les noms propres par écrit, la Bible les égalisa en adoptant une seule forme, et par cela même empêcha une confusion.
Les noms théophores en égyptien sont, à notre avis, quoique très anciens, légèrement plus modernes que ceux du premier groupe que nous avons indiqué. Ils se divisent en plusieurs classes selon la relation établie entre la divinité et la personne.
a) Le nom de la divinité est au nominatif.
Le premier roi de la IVe dynastie, auteur de la grande
pyramide de Gizéh, fut nommé ; iu-f-u «il me
protège»1. Qui ?7? La réponse se trouve dans la forme pleine du nom de ce même roi, écrit xnum-
yu-f-u : le dieu ynoum, fabricateur des dieux et des hommes, «il me protège». Le nom du prédécesseur de ce roi fut
fP V'j S-nef er-u, « [il] me rend beau »2. Ici, non seulement le nom de la divinité est sous-entendu, mais aussi le pronom de la troisième personne. Ce pronom reparaît dans
la variante du nom de ce même roi, écrit ("fl J ^ ^ J S-nef erf-u, « il me rend beau »3. La forme pleine se trouve dans les noms propres, | Pteh-s-nefer-u (132), le dieu
1. Voir Pierret, Explication des Monuments de l’Égypte et de l'Éthiopie , édités par C.-R. Lepsius, p. 1. ^ u est employé comme pronom régime de la première personne, au plur. III (cf. Pap. d’Orbineu, 3/7, et var. , , , , 5/1).
2. jl ^ <n=> s-nefer, « embellir, protéger » (Pierret, Vocabulaire hiéroglyphique , p. 261).