Renan, Vie cle Jésus , p. li et lv
2. « Le nom hébreu Johanan devenait en grec Joannes ou Joannas » (Renan, Vie de Jésus , p. 376). Il semblerait bien qu’il se passait, chez les sorciers, des faits dignes d’être notés. Ainsi, le nom Jean est hébreu et signifie « gracié de Dieu », en hébreu Johanan, ce que le démotique et le grec transcrivent par io-an-nè et Twawr,;. Dans le Papyrus on trouve le démotique transcrit en grec noaorie. On peut supposer que les sorciers croyaient que dans la première partie de ce nom, io, il s’agissait du nom divin populaire Jaho; d’après les caractères employés pour l’écrire, ce nom aurait été assimilé, du moins chez le ou les sorciers, au mot égyptien, eno, no « Asinus, Asina » (voy. Rec. égypt., t.VI, p. 19, et mes Études sur la sorcellerie ), puis, on aurait interprété les autres parties du nom de Jean par an, ou rursus, itcrum et né, nai « hi (hae, haec) » ; ainsi le mot à mot de ce nom signifiait : « âne de nouveau, ceuxci », ce qui revient à dire : « c’est un autre âne ». Et voilà où en étaient arrivées les étymologies; c’est un bon exemple de ce qu’était l’esprit humain en Égypte, il y a environ deux mille ans, mais il ne faut pas
a l’étude sur la sorcellerie
Le fait que Jésus et Jean sont invoqués semble indiquer que les sorciers eurent connaissance du christianisme, probablement par la tradition orale, ce qui rendrait un peu plus plausible l’idée qu’on pouvait trouver dans les formules du papyrus des traces des dogmes, croyances et pratiques de cette religion alors naissante.
Cependant, tout cela serait un résultat peu satisfaisant, car, quand on se rappelle qu’en l’an 125, la religion chrétienne devait avoir été connue en Egypte dès, peut-être, trois quarts de siècle, — il est vrai qu’elle s’y propagea d’abord lentement1, — on devrait s’attendre à ce qu’elle eût fait sentir sa présence d’une façon plus claire et plus distincte dans les formules conservées par les « Notes d’un sorcier », ce qui nous porterait à faire remonter la date de la rédaction du papyrus au moins au commencement du IIe ou à la fin du Ier siècle de l’ère chrétienne.
D’un autre côté, il est question, dans les formules du papyrus, du dieu Abrasaks. Si cette divinité est une création de Basili.de 2, il faudrait nécessairement que la rédaction du papyrus eût eu lieu pendant la vie ou après la mort de ce personnage 3 .
juger sévèrement les sorciers, car il faut considérer l’esprit qui les anime. Pour eux, il y avait une sorte d’assimilation entre le dieu Jaho, le dieu Sabaoth et l’âne ; peut-être le nom de Jean, signifiant : « c’est un autre âne », aurait été interprété par les magiciens : « c’est un autre ou une autre forme de Jaho ou de Sabaoth » (à propos de ce nom, voy. les observations de M. Revillout, Un Poème satirique, p. 71; Reçue èggptologique , t.VI, p. 60; cf. mes Études sur la sorcellerie , dans les Mèm. de i’ Inst, ègijpt., t. III, fasc. IV; King, The Gnostics and their Remains, p. 230 et suiv.).
1. Voy. Actes, xvm, 24, et I Corinthiens, x; cf. les observations de M. Revillout, Mélanges d’ Archéologie, t. 111, p. 40, et Reçue èggptologiguc, t. I, p. 172, et le Romande Setna, p. 37, et mes Etudes sur la sorcellerie-, voy. Renan, Histoire des origines du Christianisme.