Renan, Vie de Jésus, p
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expressions des formules du papyrus1, font voir qu’il a pu être bien agréé chez les gnostiques en Égypte, et que VA pocalypse était connue, directement ou non, des magiciens assurément, au moment delà rédaction des Notes d’un sorcier. La tradition, par un cycle de légendes, avait entouré comme d’une auréole le souvenir de Jean l’apôtre, et tout nous porte à croire que les magiciens ne pouvaient manquer d’évoquer son ombre de chez les mânes, comme étant celle d’un de leurs prédécesseurs les plus célèbres. Nous avons reconnu qu’on invoquait Jésus2 et Jean, ce qui constitue le
1. Dans les Actes des Apôtres (xix, 19, voy. mes Études sur In sorcellerie, p. 345 et suiv.), on parle, précisément à Éphèse, des écrits sur la sorcellerie, selon toute probabilité, analogues à celui qui nous occupe. On reconnaît des analogies frappantes entre, d’un côté, le Poimandrès des livres hermétiques et le quatrième évangile (voy. Ménard, Hermès trismègiste, p. liv et suiv.) et, de l’autre côté, des croyances des livres hermétiques et des formules du papyrus (voy. Maspero, Recueil de Tracaux, t. I, p. 21, note 7). D’ailleurs certaines expressions particulières du quatrième évangile, telles que « vérité, lumière, ténèbres », etc. (voy. Renan, Vie de Jésus , p. lxxix), semblent avoir été, ainsi que l’attestent des formules du papyrus, familières aux sorciers. Des prédécesseurs qui avaient rédigé des notes dont le sorcier, l’écrivain du papyrus, s’est servi, auraient pu avoir connu personnellement saint Marc, et, si les hasards de la vie les avaient amenés à Éphèse, ils auraient pu, ou dû, y avoir connu les disciples de Marc et de Jean. Nous signalons ces faits et espérons les développer dans une discussion spéciale; peut-être les croyances courantes alors en Égypte ont-elles laissé plus de traces qu’on ne le croit généralement dans les écrits attribués à Jean l’apôtre. Par moments on se demande si le chapitre vi du quatrième évangile (particulièrement à partir du verset 47 et suiv.) n’a pas été écrit sous l’influence égyptienne (cf. Apocalypse, li, 11, etc., et l’égyptien « mourir de nouveau dans l’autre monde » ; cf. l’égyptien serref et le biblique sera f. Voy. Bull., 1897, p. 68 et suiv.[; et', p. 368 du présent volume].
2. Le texte porte : « Iési (Jésus) a (est) tremblé la terre » (peut-être « celui qui fait trembler la terre » ou « étant un tremblement de terre »), « autre terre » (Papyrus, XVIII, 21) (cf. 17 et VIII, 6 et suiv., et XIX, 25); cf. Matth., xxvu, 51 et 54, xxvm, 2 ( Hébreux , n, 5, 2; Pierre, ni, 13; Apocalypse , xxi, 1); cf. Marc, xvi, 19); cf. encore Isaïe, lxv, 17; lxvi, 22, etc.; Lucius (Luc); cf. Papyrus, VU, 26; cf. Philippe
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fait capital que les magiciens invoquaient des personnages célèbres du christianisme. Il est vrai que ceux-là sont parmi les premiers dont on devait avoir eu connaissance, mais, du fait qu’ils sont invoqués, il ressort que les sorciers connaissaient l’existence du christianisme. 11 est évident que leurs connaissances à cet égard ne devaient pas être si restreintes, mais qu’elles s’étendaient au delà, et, par suite, qu’il doit être possible d’en trouver des traces. Avec Jésus et Jean, le personnage le plus important du christianisme est Pierre, compagnon de Jean et qui paraît avoir eu des rapports des plus intimes avec Marc, à qui la tradition attribue la fondation de l’Église d’Alexandrie1. Donc, puisque les sorciers invoquaient Jésus et Jean, on peut supposer, avec vraisemblance, qu’ils devaient également invoquer Pierre.
Dans une formule on invoque Pétéri, pater-énphé^. Pris isolément, ce passage paraît être sans importance ; mais, du moment que nous reconnaissons que Jésus et Jean étaient invoqués, en faisant une étude approfondie de la formule, elle devient des plus intéressantes, car, ainsi que nous l’avons dit, ce passage semble venir à l’appui de l’interprétation que, dans l’invocation de Ioané ou Ioanné, c’est bien de Jean l’apôtre qu’il s’agit.
Voici maintenant la discussion dont nous avons parlé et qui vient à l’appui de cette conclusion.
Les magiciens semblent avoir attaché beaucoup d’importance à la formule Pétéri, pater-énphé (ou êmphé), car on la
(Philémon), xxviii, 4 et 13, Nasira, cf. N az arien, vii, 28. J’espère revenir en détail sur cette question.
1. Cf. Max de Zogheb, L’ Église d' Alexandrie, dans 1 eBull. de l'Inst. ègypt ., 1894, p. 7 et suiv. ; Renan, Vie, de Jésus, p. liv (cf. p. lxvi et suiv.). Si saint Marc a réellement prêché en Égypte, ce dont je ne suis nullement sûr, il aurait dû sûrement avoir souvent parlé de Pierre (?).
2. Notes d’un sorcier , colonne V, ligne 17 ; planche, fig. VI. Pétéri et Pater-énphé (ou émphè) sont suivis du signe « bis ».
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trouve quatre fois dans le papyrus1. Elle paraît faire partie, ou, peut-être mieux, elle aurait été interpolée dans une sorte de formule qui montre de fortes traces de l'influence biblique2 3 4 5. Il y est question du dieu qui demeure dans le feu, qui s'est révélé à Moïse, c’est-à-dire iVdonaï (Yalio- Jékovali). On y parle du feu qui ne s'éteint pas, et on s’est inspiré, évidemment, de l’épisode du buisson ardent qui ne se consumait pas. Sont aussi invoqués Joël, Aniël, Baal, Jean et enfin Jésus, Pétéri, pater-énphé (ou émplié):l. Il ne faut pas perdre de vue que les magiciens n’invoquaient pas des noms propres \ ni des mots ou des expressions vides de sens. Il fallait, pour eux, que le nom fût bien celui d’un personnage célèbre dont l’ombre fût évoquée, que le nom personnifiât une puissance quelconque qui leur servirait, ou, enfin, fût celui d’une divinité qui répondrait à l’appel. Par le fait que Jésus et Jean sont invoqués, nous sommes amenés à croire que, dans l’invocation de Pétéri, c’est bien saint Pierre dont il s’agissait’; Jésus, Jean et Pierre font
1. Colonnes V, lig. 17; VII, lig. 13; XIX (X), lig. 9 et 31. Planches VI-IX.
2. On trouve cette formule, sous diverses formes, V, 9 et suiv., particulièrement 12, 23; VII, 8 et suiv.; XIX (X), 1 et suiv., petite invocation, 21-26 ; cf. VII, 6 et suiv., XVIII (IX), 20-21, 16 et suiv.; voy. Hess, Dcr (jnostisclie Papyrus ton London , Einleitung ; cf. mes Études sur la sorcellerie , p. 353 et suiv., et 361 et suiv. Page 362, lig. 1 et 8, lisez « feu » au lieu de « dieu ».
3. Joël, col. V, 11 (pl., fig. X), Aniël, Baal; voy. mes Éludes sur la sorcellerie , p. 410, 412; Jésus, XVIII (IX), 21; XIX (X), 25; cf. VII, 6 et suiv.; XVIII (IX), 17 (pl., fig. V), Pétéri, pater-énphe ou émphé; col. V,etc. (pl., fig. VI, etc.).
4. On ne trouve pas invoqué, dans les formules du papyrus, de nom propre en usage courant au moment de la rédaction, ni égyptien, ni grec, pas même le nom d’un roi.
5. On s’attendrait à trouver le grec Pctros (latin Pctrus ) transcrit Petrus (cf. Brugsch, Grammaire domotique, § 124), ce qui m’a fait hésiter pendant longtemps à reconnaître une mention de saint Pierre. L’importance que le sorcier semble attacher à l’invocation de Pétéri
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une suite très naturelle et qui est bien d’accord avec ce qu’on doit trouver dans un document écrit en Égypte vers le commencement du IIe siècle de l’ère chrétienne.
Quant à l’invocation de pater « père », ce nom est très souvent employé dans le langage du Nouveau Testament, de même que chez les gnostiques, à désigner Dieu. Chez les sorciers, pater « père » (= « dieu ») paraît avoir été qualifié d ’énphé (ou émphê).
Ainsi, les sorciers invoquaient Pétéri, pater énphé (ou émphë). En ce qui regarde ce dernier mot, on voit, par le déterminatif, qu’on l’aurait considéré comme s’appliquant à un personnage auguste, ou à une divinité. On le trouve écrit tantôt énphé, tantôt émphé; la signification, en égyptien, de énpliô est é (au) « être », n (ne) « les » et phé « ciel », ou, à cause de l’article pluriel, « cieux » ; dans émphé, m serait la préposition « en, dans ». Le sorcier, lui-même, paraît avoir considéré les deux mots énphé et émphé comme synonymes, ou mieux comme deux formes d’un même mot, car il a fait une annotation sur le bord du papyrus énphé B1, c’est-à-dire, énphé est la seconde forme2; on trouve
(( Pierre » (vu le nombre de fois qu’on le trouve dans le papyrus) serait un indice favorable à la tradition qui voudrait que Marc soit venu en Égypte et qu’il ait fondé l’Église d’Alexandrie : car il aurait dû parler souvent de Pierre. Mais on trouve la terminaison i, aux noms Ièsi et « Jésus », et Lotèli, forme pleine du nom de Lot (probablement); peutêtre i est une terminaison sémitique (ethnique ?) qu’on avait ajoutée aux noms propres. C’est précisément par les Sémites que les personnages du christianisme auraient dû être connus aux Égyptiens, mais peutêtre la terminaison i a-t-elle été ajoutée par un sorcier (ou des sorciers).